La Presse (Tunis)

Tunisie: La Bourse va bien, merci !...

opinion

Au risque de passer pour un empêcheur de tourner en rond, je remets les pieds dans le plat d'un marché boursier "ramadanesquement" haussier, au grand dam des prévisionnistes adeptes de "l'effet ramadan" qui veut que les investisseurs en bourse anticipent le boom de la consommation "ramadanesque" à court de liquidités et se délestent d'une partie non négligeable de leur portefeuille en vendant des actions. Résultat des courses, le marché se retrouve "vendeur", et les cours boursiers fléchissent.

Or, rien de tel ne se passe cette année. Pourquoi se demandent certains observateurs de la place de Tunis, dont certains et non des moindres parlent "en catimini" que "ne c'est pas normal", puisque "l'historique" de la Bvmt l'atteste : durant le mois de Ramadan, "il y a fléchissement quasi généralisé des cours boursiers" ? Certains y voient déjà "les prémices d'une correction de baisse (significative ?) des cours". Et bien sûr, on ne pourra pas dire "qu'ils ne l'ont pas prévue".

C'est oublier que le marché boursier constitue ni plus ni moins un élément de la structure économique et financière. Et à ce titre, c'est un marché connecté avec l'ensemble des autres marchés et de ce fait, tout choc (bénéfique ou non) l'affecte, de même qu'il est affecté par le fameux "sentiment" des investisseurs en bourse. Ce qui m'amène à développer un certain nombre de facteurs spécifiques qui sous-tendent l'évolution des cours boursiers à la Bvmt vers les pics historiques actuels.

Le premier facteur, objectif, est que si la Bvmt "grimpe" vers "ces pics historiques", durant le mois de Ramadan, c'est d'abord que c'est la matérialisation des fondamentaux de l'activité économique en Tunisie, et qui sont tout simplement "bons" ni plus, ni moins. Et si d'aucuns considèrent que "la Bourse c'est le baromètre de l'économie", c'est que précisément, la Bvmt est en train de bénéficier de la bonne gouvernance économique et financière, alimentée par une réactivité des pouvoirs publics aux chocs économiques externes : un plan de relance keynésien par les dépenses d'investissements publics d'infrastructure avec un accompagnement monétaire et une surveillance des taux.

Résultat des courses, le ballon d'oxygène de la demande intérieure alimente les entreprises et leurs résultat "anticipés", avec en prime une abondance de liquidités monétaires qui alimente la demande de titres sur le marché financier et donc la Bourse.

Le deuxième facteur, subjectif, est que l'année 2010 a été globalement bénéfique aux sociétés cotées en Bourse. Les résultats réels du premier semestre 2010 se révèlent, à quelques exceptions près, "systématiquement supérieurs" au sentiment du marché. Ce que le volume d'OPV et autres augmentations de capital tendraient à confirmer. Bien entendu, les observateurs et autres pythonisses "font semblant d'être surpris". Le "sentiment" va bon train et les cours grimpent et le Tunindex par la même occasion. Tout le monde y trouve son compte. Question : pourquoi "tout le monde est surpris de la bonne santé de la Bvmt" ? Réponse : un jeu de dupes alimenté par "la rumeur qui se confirme et au-delà". Un scénario en deux étapes.

La première étape : les sociétés cotées "très sérieuses" sous-évaluent très sérieusement leurs objectifs d'activité et de bénéfices en publiant leurs fameux "indicateurs d'activité" justes bons pour entretenir la "rumeur" dans le cadre d'un consensus. Les opérateurs y croient : les résultats attendus pour l'année en cours (2010) seront "juste bons", mais sans plus. Bien sûr, il ne faut pas émousser le sentiment des investisseurs ; autrement, ils risquent de se détourner vers des placements moins risqués comme l'immobilier et/ou le foncier.

La deuxième étape, en juillet (le mois des publications financières à mi-parcours) la société publie des résultats réels supérieurs au "sentiment du marché". Tous les opérateurs et autres intermédiaires en bourse savent que ces bonnes surprises surprennent "agréablement" les investisseurs. Les résultats réels qui dépassent systématiquement les attentes du marché exercent un effet de levier sur les cours boursiers.

Tout le monde est rassuré et tout le monde y trouve son compte. C'est le fameux "consensus boursier" cher à M. Jean Pierre Daloz, gourou en matière boursière. Un consensus qui a toujours fonctionné ailleurs, et maintenant, il fonctionne à Tunis, où le marché boursier tend à devenir plus mûr. Et d'ailleurs, n'est-ce pas la preuve d'une "maturité boursière" qui tardait à venir?

La question est de savoir dans quelle mesure les effets de levier des fondamentaux économiques ne seraient pas contrebalancés par l'effet pervers du biais introduit par "le consensus boursier".

Et si le sentiment du marché domine le comportement des opérateurs, une bonne communication économique et financière fiable devrait dominer l'évolution des cours des actions, et non pas les performances réelles " biaisées " des entreprises.

Et la Bourse ira encore mieux...

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