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Tchad: La réponse à la malnutrition est insuffisante

Dakar — Selon une étude récente, dans certaines parties du Tchad, le taux de malnutrition aigui dépasse de loin le seuil d'urgence international. On peut notamment blâmer les mauvaises récoltes qui ont affecté des communautés déjà vulnérables où les soins de santé sont déficients et les organisations d'aide humanitaires quasi absentes.

Selon l'étude, réalisée par Action contre la Faim (ACF) en collaboration avec le gouvernement, des bailleurs de fonds et des agences des Nations Unies, la malnutrition aigui touche respectivement 27,2 et 21 pour cent des enfants de moins de cinq ans de Noukou et de Mao, dans la région occidentale de Kanem. Pour la malnutrition aigui sévère - qui peut entraîner la mort si elle n'est pas traitée - les chiffres s'élèvent à 6,4 et 4,7 pour cent.

La région de Barh El Gazel, dans le centre ouest du pays, présente les taux les plus élevés : 28,1 pour cent des enfants souffrent de malnutrition aigui et 10,4 pour cent de malnutrition aigui sévère.

Même dans une région du monde qui connaît souvent la faim, ces chiffres sont inquiétants, a dit à IRIN Cyprien Fabre, chef du bureau régional de l'Office d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO).

« Dans le Sahel, les taux de malnutrition sont toujours élevés pendant la période de soudure. Ils dépassent le taux d'urgence de 15 pour cent établi par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) », a-t-il ajouté. « Mais lorsqu'on voit des taux atteignant 27 ou 28 pour cent, c'est que la situation est vraiment critique ».

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), près de la moitié des quelque 102 000 enfants tchadiens considérés comme souffrant de malnutrition aigui sévère vivent dans la bande sahélienne du Tchad - une zone semi-aride d'environ 500 kilomètres de large qui s'étend de tout près de la capitale, N'djamena, jusqu'à la frontière soudanaise.

Les taux de malnutrition sont plus élevés au Tchad qu'au Niger voisin, un autre pays d'Afrique de l'Ouest qui a connu, en 2009, des mauvaises récoltes de nourriture et de fourrage qui ont déstabilisé les communautés agropastorales qui vivaient déjà de presque rien pendant les périodes de soudure. D'après l'UNICEF, la dénutrition au Tchad serait également due à un accès médiocre aux soins de santé et à l'eau potable, à des pratiques d'alimentation infantile inappropriées et à une pénurie de personnel formé dans les zones durement touchées.

Selon l'UNICEF, le taux de malnutrition dépasse le seuil de 15 pour cent depuis une dizaine d'années.

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Kalzeubé Payimi Deubet, gouverneur de la région de Barh El Gazel, vit à quelque 100 kilomètres du principal hôpital de la région. Il dit voir chaque jour des enfants mal nourris. «C'est difficile de vivre dans cette atmosphère », a-t-il dit à IRIN. « Vous voyez des petits enfants dont la peau est distendue et qui n'ont que la peau sur les os».

Une réponse insuffisante

Tandis que des organisations d'aide humanitaire oeuvrent depuis des années dans l'est du Tchad, où vivent plus de 400 000 réfugiés du Darfour et Tchadiens déplacés, elles se font rares dans le reste du pays. L'UNICEF désigne depuis longtemps le manque d'organisations partenaires comme un obstacle à la lutte contre la malnutrition aigui au Tchad.

Selon l'UNICEF, 6 508 enfants ont été traités entre janvier et mai dans les centres d'alimentation thérapeutique soutenus par l'UNICEF dans les régions de Barh El Gazel et de Kanem. Dans les centres d'alimentation thérapeutique sans hospitalisation, le taux de récupération est de 88 pour cent, tandis que dans les centres où les patients sont hospitalisés, les taux sont plus faibles et varient entre 16 et 75 pour cent. D'après l'UNICEF, cela est notamment dû au manque de centres consacrés au traitement des cas sévères (il n'y en a qu'un à Barh El Gazel, où vivent 260 865 personnes). Aussi, dans plusieurs cas, les enfants arrivent tout simplement trop tard pour être soignés.

Les enfants mal nourris qui présentent d'autres complications reçoivent, en plus d'une alimentation thérapeutique, les soins médicaux dont ils ont besoin. Pour soigner la malnutrition aigui, les enfants consomment plusieurs fois par jour du lait fortifié et d'autres aliments nutritifs et leur état est étroitement surveillé par le personnel de santé. Certains enfants peuvent être traités à la maison avec le Plumpy'nut, un aliment prêt à l'emploi et riche en nutriments, et de fréquentes visites de contrôle.

D'après le gouverneur de Barh El Gazel, M. Kalzeubé, les enfants de nombreux villages de la région ne sont pas examinés du tout, même pas pour déterminer s'ils souffrent de dénutrition. « Nous n'avons pas les moyens de diagnostiquer et de traiter tous les enfants ».

ACF gère 33 centres dans les régions de Kanem et de Barh El Gazel. Selon le chef de mission d'ACF au Tchad, Jean-François Carémel, ce nombre devrait s'élever à 43 au cours des prochains mois, et une clinique mobile devrait également être mise en place.

Certaines zones qui présentent des taux de malnutrition élevés sont couvertes par Médecins Sans Frontières et d'autres organisations non gouvernementales (ONG), mais « le système ne répond pas à tous les besoins », a ajouté M. Carémel. Selon lui, les infrastructures publiques de santé sont « faibles », manquent de personnel qualifié et la qualité des soins qu'on y prodigue laisse à désirer.

Dans l'ouest du Tchad, des travailleurs humanitaires et des responsables de la santé mesurent et pèsent les enfants

En vertu d'un protocole national de traitement de la malnutrition qui vient juste d'être révisé pour refléter les nouvelles normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d'enfants peuvent être considérés comme nécessitant un traitement, ce qui, selon ACF, risque de mettre en évidence de plus belle les faiblesses du système de santé.

Pénurie de financement

Selon le Bureau d'OCHA au Tchad, davantage de travailleurs humanitaires et de fonds sont nécessaires pour remédier au problème.

« Plus tôt cette année, nous avons reçu 3,8 millions de dollars du Fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies (CERF) pour faire face à la crise, mais il reste beaucoup à faire », a dit David Cibonga, chargé des affaires humanitaires d'OCHA.

« Nous avons besoin d'autres organisations d'aide humanitaire pour combler les vides. Dans le même temps, nous avons aussi besoin de plus d'argent, car l'appel consolidé des Nations Unies pour le Tchad n'est financé qu'à hauteur de 50 pour cent ». OCHA cherche à obtenir du CERF 8 millions de dollars supplémentaires.

Parallèles avec la crise du Niger de 2005

D'après Patricia Hoorelbeke, représentante d'ACF pour l'Afrique de l'Ouest, la situation nutritionnelle actuelle du Tchad est semblable à celle du Niger en 2005. Peu d'organisations humanitaires se trouvaient sur place lorsque la crise a frappé. « Il y a un manque de partenaires pour mettre en à "uvre [les programmes] au Tchad, comme c'était le cas au Niger à l'époque. C'est encore un problème majeur ».

Selon M. Fabre, d'ECHO, la comparaison est pertinente :

« [Les organisations d'aide humanitaire et les bailleurs de fonds] n'accordent pas assez d'attention à la situation alimentaire qui prévaut dans la majeure partie du Tchad. Le problème est éclipsé par la situation des réfugiés dans l'est du Tchad et par le Niger ».

Pour Nicolas Louis, représentant d'ECHO au Tchad, la « faiblesse actuelle de la réponse humanitaire » aura des conséquences désastreuses, notamment « des taux de morbidité et de mortalité relativement élevés, ainsi que des effets potentiels à long terme sur le développement psychomoteur ».

« Les migrations irrégulières [provoquées par la crise] et le fardeau de la dette des ménages pourraient empêcher certaines familles de reprendre leur vie normale et leur gagne-pain, les rendant par le fait même encore plus vulnérables aux futurs chocs », a ajouté M. Louis.


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