Six ans. C'est le temps que Dieynaba Wélé, dite Athia, est restée sans produire un nouvel album. Les raisons de ce silence sont multiples, mais le principal est le manque de moyens. A 55 ans, la diva hal poular risque de raccrocher et de prendre sa retraite si cette situation perdure.
« Min Debbo » (moi, femme) était le titre du troisième album de Dieynaba Wélé dite Athia Wélé qui, à l'époque, avait bousculé la hiérarchie musicale sénégalaise. Cette cassette, mise sur le marché en 1995, se singularisait par la richesse des thèmes qui y étaient abordées. La chanteuse s'indignait ainsi de l'intolérance au sein des belles familles et des difficultés conjugales que rencontrent certaines femmes dans leur foyer. Bon nombre de jeunes femmes fondaient en larmes en écoutant la chanson. Le producteur n'avait pas lésiné sur les moyens pour faire la promotion du produit, rappelle la chanteuse que nous avons rencontrée il y a quelques jours au Théâtre national Daniel Sorano. Depuis 2004 Athia Wélé, âgée actuellement de 55 ans, a presque disparu de la scène, exceptés quelques apparitions lors de rares spectacles. Depuis cette date, elle n'a mis aucun produit sur le marché. « Je suis pourtant en bonne forme », nous confie-t-elle, le sourire aux lèvres.
Produire une cassette exige des moyens financiers. « Les producteurs ne s'intéressent malheureusement pas aux chanteurs qui se débrouillent seuls pour sortir des Cd, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde », déplore-t-elle. La promotion d'un produit musical constitue aussi une autre équation et rares sont ceux qui s'en sortent financièrement, ajoute la chanteuse. Sans compter l'éternelle équation de la piraterie des oeuvres musicales. Selon elle, ce fléau va au-delà de la simple reproduction d'un produit à partir de l'original. « Avant même que la cassette ne soit disponible sur le marché, elle est déjà vendue à l'extérieur. Parfois, un album fabriqué en France ou au Sénégal est reproduit en grand nombre aux Etats-Unis », explique Athia Wélé qui pointe un doigt accusateur sur les studios d'enregistrement. Sa cassette « Gaye Amadou Malick » est une autoproduction, mais le résultat a été lamentable. « Je me suis retrouvée avec des pertes énormes et cela m'a beaucoup découragée », regrette-t-elle. Sa conviction est que seuls les producteurs professionnels peuvent aider les artistes car ils y mettent les moyens et la promotion qu'il faut afin de fructifier leur investissement.
Issue des torobés, une caste noble dans la stratification sociale des Hal poular, Athia Wélé a rompu depuis longtemps le tabou qui veut que les gens de sa lignée ne doivent ni chanter ni danser. « Mes débuts étaient très difficiles car mes parents ne supportaient pas que je chante. Mon entourage me méprisait, mais quand j'ai franchi cette étape on m'a finalement compris. Ma famille s'est rendue compte que c'est mon destin », raconte-t-elle sur un ton empreint de tristesse. Est-ce sa dignité ou l'attachement à son rang social qui l'empêche de se rapprocher des célébrités afin de solliciter un appui pour produire un nouvel album ? « Dans le milieu artistique, personne n'ignore les compétences des uns et des autres. On se connaît soit de par nos noms soit de par nos différentes actions, mais il est difficile de rencontrer ces grands noms de la musique sénégalaise ou d'obtenir une audience auprès d'eux.
Et il n'est pas évident qu'ils répondent positivement à mes attentes même si je parvenais à les rencontrer », poursuit Athia Wélé. Ce qui est curieux, selon elle, est que ces stars savent où vous trouver lorsqu'elles ont besoin de vous. Toutefois, elle précise qu'elle n'a pas encore tenté de les saisir. « Ces gens-là savent bien que les chanteuses ont besoin d'être aidées car si je suis restée tout ce temps sans produire une seule cassette c'est pour des raisons financières », explique-t-elle.
« Mes deux enfants morts par noyade »
Le répertoire musical d'Athia Wélé est très riche. « J'ai un staff irréprochable qui me met la pression à tout moment, mais il y a toujours cette question de moyens », dit-elle tout en regrettant le manque d'entraide entre artistes. Elle salue l'appui de Youssou Ndour à l'endroit de Kiné Lam et estime que les icônes de la musique sénégalaise doivent aider leurs collègues moins nantis. Ce manque de moyens bloque l'éclosion de nouveaux talents. « Il y a des personnes qui disposent de moyens et qui sont capables de mettre à notre disposition des studios d'enregistrement. Lorsqu'un artiste fait face à des problèmes de survie, il ne peut pas se permettre de payer des journées de studio », ironise-t-elle. Cette originaire de Thialaga (un village de Podor), mère de deux filles et d'un garçon, a commencé sa carrière en 1985 aux côtés des chanteurs comme Sidy Baylel Thiam, Fadel et Boudy Sy. Ensemble, ils ont sorti un album intitulé « Gidélam » (mon amour) grâce au producteur Moussa Diop. Une autre cassette, « Ngaynen nay men », s'en est suivie. Après « Mine Debbo », elle avait fait paraître sur le marché « Mine Gorko » qui n'avait pas eu le succès escompté à cause d'un manque de promotion. Au total, elle est l'auteur de six albums dans lesquels elle chante l'amour, les difficultés conjugales, l'unité africaine, etc. Elle compose elle-même ses chansons avant de les soumettre à son staff. « Je n'ai pas fait d'études en français, mais je suis alphabétisée en poular », soutient-elle.
Athia Wélé est la seule chanteuse poular au sein de l'Ensemble lyrique traditionnel de Sorano où elle est présente depuis 1987 à côté d'autres voix d'or comme Soda Mama Fall, Madiodio Gningue, Marie Ngoné Ndione et Arame Camara. Cette dernière la considère comme sa maman, sa confidente et sa conseillère. « C'est une femme courageuse qui aime ce qu'elle fait », témoigne la diva qui dénonce l'absence d'une bonne politique de marketing qui empêche l'épanouissement de la troupe de Sorano. Son travail au sein de l'Ensemble lyrique ne gêne pas du tout sa carrière musicale. « Cela ne m'a jamais empêché de produire mes cassettes », rappelle-t-elle.
Depuis qu'elle est revenue du pèlerinage à la Mecque en 2007, Adja Athia Wélé ne se produit presque plus. « N'eût été mon travail à Sorano, je tournerai le dos à la musique et me consacrerai uniquement à mon foyer et à l'adoration de Dieu. Je suis maintenant assez âgée et il y a peu de bonnes volontés pour me soutenir dans ma carrière », soutient-elle. « Athia Wélé est une musicienne pétrie de talents. Ses thèmes sont d'une grande richesse. En plus, elle a une très belle voix », témoigne Safoura Sow, journaliste à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts) et animatrice de l'émission « Dingaral ». La diva a été fortement marquée par le décès en 1996, par noyade, de ses deux fils, dont un qu'il avait adopté. Cela a été une période sombre dans sa vie. « Ils m'étaient d'un grand apport et depuis qu'ils ont disparu, il y a un vide autour de moi », confie-t-elle. Heureusement que ses proches sont là pour la soutenir face aux vicissitudes de la vie.

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