Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Mariam Kané - « Genre ou parité ? Il faut plutôt privilégier les compétences »

Kinshasa — Elle dit tout ignorer du Genre, concept en vogue et tremplin, aux yeux de certaines femmes, pour marquer des points, face aux hommes, devant le marché si restreint de l'emploi.

Du haut de son 1m70, Mariam Kané ne semble pas être perturbée lorsqu'elle franchit le seuil de la direction générale du Groupe de presse Le Potentiel, située sur l'avenue du Bas-Congo, derrière le siège de la Banque commerciale du Congo, à Kinshasa-Gombe. L'accueil, bien que discret, n'a pas masqué le passage de l'invitée.

Après un rapide tour guidé au coeur de la maison qui fabrique depuis 28 ans le quotidien le plus influent de la RD du Congo, retour au pool central, où cohabitent dans une parfaite complicité rédacteurs en chef, chefs de rubriques et reporters. Ainsi, sans protocole, débute l'entretien à bâtons rompus. Que devrait-on retenir de ces confidences?

Mariam Kané est directrice du Service Clients chez DHL-RDC. Elle y a posé ses valises voici déjà près de 15 ans. « Par fidélité », explique-t-elle. Propriété de la Deutsche Post, DHL est une entreprise postale fondée en 1969 et spécialisée dans le transport express international des colis pour les entreprises.

Quels avantages tire-t-on du travail à l'international pour une femme africaine ? « A part la valorisation de ses compétences, il y a, raconte Mariam, d'autres avantages sur le plan humain et professionnel. On se mélange aux collègues venant d'autres horizons. On s'ouvre sur le monde et, dans cet enchevêtrement relationnel et professionnel, on évolue soi-même et le pays en tire toujours quelque bénéfice ».

PRIVILEGIER LES COMPETENCES

L'invitée du journal est de la tranche des dynamiques jeunes quadra. Elle dit avoir passé plus de vingt ans en RDC. C'est encore en RDC, à Kinshasa notamment, qu'elle avait, encore jeune fille, étudié et obtenu son diplôme de graduat en Gestion financière et commerciale délivré par l'Institut supérieur de commerce.

Quand on lui pose la question sur ce qu'elle entend du concept « Genre », mis à la mode à toutes les sauces, Mariam tranche : « Moi-même je n'en sais pas grand'chose ». Et la parité ? « Non, la société régresserait si, dans l'embauche ou la promotion, l'Etat ou les employeurs ne privilégiaient pas les compétences.».

Faisant corps avec la RDC depuis plus de vingt ans, Mariam a observé les Congolaises ainsi que les mutations politiques qui se sont opérées dans le pays. Estime-t-elle que la Congolaise a évolué depuis les Conférences nationales africaines ayant consacré la libéralisation de la vie politique ?

« L'évolution de la femme ne doit pas, à mon avis, s'apprécier par rapport à l'accession aux fonctions ou mandats politiques. L'évolution embrasse tous les domaines, en commençant par l'évolution de la mentalité de la femme elle-même. Je constate qu'il manque encore de femmes entreprenantes dans les autres secteurs de la vie. Pour y arriver, la Congolaise se doit de renverser des embûches. Je reconnais qu'elle a encore beaucoup à faire, à inventer, à créer. Elle ne doit pas s'imposer des limites : donc pas de domaine réservé ».

NI MENSONGE NI HYPOCRISIE

Africaine, comment une jeune dame originaire du Mali, un pays à dominante musulmane, réagit-elle quand, en Afrique, les hommes promeuvent la polygamie au nom de la transparence, tandis qu'en Occident, les hommes pratiquent l'hypocrisie en entretenant des maîtresses ?

Après un instant de flottement, la réponse tombe, bien modulée. « En tant que femme, déclare Mariam, je ne peux pas être d'accord avec les promoteurs de la polygamie. Mais, confrontée aux réalités d'ici et d'ailleurs, je me contente de respecter les coutumes et les cultures des uns et des autres. Néanmoins, quoi qu'il en soit, je ne peux accepter ni le mensonge, ni l'hypocrisie ». Parole de femme.

Notre invitée n'est pas que cadre à DHL. Elle a des centres d'intérêt insoupçonnés. Preuve ? Notre première rencontre a eu lieu dans le Rotary Club Kinshasa-Gombe. Pourquoi fréquenter ces milieux majoritairement masculins, lui ai-je demandé ?

« J'aime l'action humanitaire et son côté social, répond-elle. J'aime les relations saines ainsi que l'atmosphère de famille. Sans complexes, j'aime les environnements mixtes. Je préfère par-dessus tout les milieux qui reconnaissent le mérite de meilleurs de leurs membres. Par contre, je déteste que, par des subterfuges, les gens empêchent les autres d'évoluer. »


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