Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Les ouvriers marchent contre la prise en otage des salaires

Le samedi 28 août 2010, les travailleurs de la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN/SOSUCO) ont battu le pavé à Banfora pour protester contre ce qu'ils appellent la prise en otage de leurs salaires. Au terme de la marche qui les a conduits au haut- commissariat où ils ont remis une lettre au premier responsable de la province, Alhassane Sinaré, les ouvriers ont tenu un meeting au siège du comité provincial de la Confédération générale du Travail du Burkina (CGT-B).

Faut-il craindre le retour des vieux démons à la SOSUCO ou une situation semblable à celle de juillet 1999 qui avait conduit au licenciement de 8 délégués syndicaux ? A cette question des journalistes, Abdoulaye Tiala, porte-parole des délégués syndicaux, répond par la négative. « Notre mouvement est pacifique même si certains ouvriers pensent qu'il faut entreprendre des actions plus énergiques et tant que nous serons les premiers responsables, nous nous investirons pour que ce soit toujours ainsi, » a-t-il dit, avant d'ajouter que c'est d'ailleurs pour que cela que les ouvriers interpellent les autorités nationales pour qu'il n'y ait pas de dégénérescence sociale. Depuis la grève de 14 jours en 1999, c'est la première fois que les ouvriers ont mené une action en solitaire avec une mobilisation des grands jours.

Au siège du comité provincial de la Confédération générale du Travaill du Burkina (CGT-B), on pouvait estimer le nombre de travailleurs à environ 400 venus marcher contre la volonté des dirigeants de la SN/SOSUCO d'engager une série de mesures qui, selon les ouvriers, entraîneront des modifications à leur contrat de travail. A entendre les ouvriers, le retrait du statut du personnel entraînera le blocage des avancements, la disparition des échelons et certains travailleurs en perdront plusieurs. Mais ce qu'ils craignent encore plus, c'est l'avènement du sursalaire (un nouvel élément de paie à la SOSUCO). Malgré l'assurance donnée par la direction générale de la SN/ SOSUCO, les travailleurs pensent que le sursalaire qui est une partie précomptée du salaire et baptisée telle, pourrait du jour au lendemain disparaître suivant le gré de l'employeur. Abdoulaye Tiala précise que désormais avec ces nouvelles mesures, le salaire des travailleurs de la SN/ SOSUCO sera aligné sur les minima des salaires du secteur privé. Ainsi donc les heures supplémentaires et les autres avantages liés au salaire connaîtront une baisse car ils seront calculés sur la base du nouveau salaire de base qui, depuis fin août 2010, est le salaire de SOSUCO (en principe supérieur aux minima dans d'autres entreprises) diminué du sursalaire.

Avant leur départ pour le haut- commissariat, on pouvait voir les ouvriers s'encourager mutuellement. Pour certains, il faut resserrer les rangs et mener la lutte jusqu'à ce que la direction renonce à son projet. Du siège de la CGT-B, ils se sont rendus au haut- commissariat de la Comoé en passant par le grand marché de Banfora. Après la remise de la lettre à Alhassane Sinaré, leur trajet les a conduits au rond-point du paysan. Ils ont ensuite rallié la Nationale 7 et le siège de la CGT-B en passant devant la DPEBA/Comoé. Les ouvriers disent que les mesures voulues par leur employeur sont en violation du code du travail et de la convention interprofessionnelle de 1974. Selon les termes de la lettre qu'ils ont remise au haut- commissaire, ils ajoutent que la procédure en matière d'abandon d'une convention collective n'a pas été respectée.

C'est pourquoi, pensent les ouvriers, la direction régionale du travail et de la sécurité sociale des Cascades, appuyée par son homologue des Hauts-bassins et par le directeur général du Travail, a interpellé la SOSUCO. Celle-ci s'est engagée à surseoir à ses réformes et un protocole d'accord pour la formalisation devait être signé le 12 août 2010. Cependant, regrettent-ils, 3 rendez-vous pour cette signature n'ont pas été honorés par la SN/SOSUCO. Elle serait, selon les termes de la lettre de protestation, dans l'attente de la décision de son conseil d'administration.

Les ouvriers entendaient entamer une grève de 48 heures à compter du mardi 31 août 2010 toujours dans le cadre de la riposte à la volonté de la direction générale. Cette grève, à entendre Abdoulaye Tiala, n'aura pas lieu car précise le porte-parole des délégués syndicaux, la direction régionale du travail pense que tous les recours n'ont pas été utilisés.


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