Taudia Wade est restauratrice à Pikine. Cette femme a quitté son village de Ndiombo pour chercher de quoi nourrir sa famille. Grâce à ses économies, elle a poussé un de ses fils à émigrer en Espagne. Elle compte faire partir les autres, ensuite elle veut aller se reposer à Ndiombo.
L'immeuble dans lequel loge mère Taudia est bien visible dans le quartier de Pikine Texaco. L'appartement qu'occupe cette dame est vaste et bien carrelé, même si les meubles sont discrets. Habillée en grand boubou de couleur bleu, Taudia est assise sur une natte, les jambes croisées. Son visage laisse deviner qu'elle dormait. Cet après-midi, Taudia Wade n'est pas à son restaurant.
Après une matinée trop chargée, elle décide d'aller se reposer chez elle. « J'ai passé toute la matinée au marché au poisson et je suis très fatiguée à cause des embouteillages », explique-t-elle à sa belle fille. Taudia Wade, restauratrice de 46 ans, a quitté son village, Ndiombo (situé dans la commune d'arrondissement de Pékesse, département de Tivaouane), pour venir travailler à Dakar. Frappée par la conjoncture et dépassée par les problèmes financiers, elle décida d'aller chercher dans la capitale de quoi nourrir ses enfants. Ainsi, en septembre 1997, Taudia arrive à Pikine, quartier de la banlieue dakaroise. « Je n'oublierai jamais le jour où je suis venue à Dakar. C'est le jour du décès de Mame Abdoul Aziz Sy, défunt khalife de la tarikha tidianiya », assure-t-elle, le visage triste. Cette femme originaire du Kayor, ancienne province du Sénégal, n'a pas la chance de bénéficier de la tradition de solidarité au village. « Je n'avais pas de soutien, c'est pourquoi les difficultés me dépassaient beaucoup », se rappelle-t-elle.
Elle a débuté par la vente de café Touba et de beignet. Quelque temps après, mère Taudia se lance dans la vente du petit-déjeuner. Elle a poursuivi ce petit commerce pendant neuf ans. Au bout du temps, sa clientèle se multiplie et ses connaissances s'élargissent. Madame Wade a pu mettre en place une tontine qui lui a permis d'investir. « J'ai organisé une tontine de 2000 francs par jour et chacun gagne 200.000 francs à l'issue. Ce qui m'a permis de faire une épargne pour pouvoir mieux investir », soutient la restauratrice. Ainsi, depuis quatre ans, elle évolue dans le secteur de la restauration. Ses bénéfices lui ont permis d'acquérir des biens. « Je prends en charge mes enfants. Je suis aussi propriétaire d'une maison à Touba », rassure-t-elle avec fierté. Comme de nombreuses femmes sénégalaises, Taudia Wade a fait de l'achat de bijoux en or « une façon d'épargner ».
« J'ai de l'or et je vais en chercher plus », promet mère Taudia. Après avoir donné la dot et fêté le mariage de son fils aîné, la brave dame le pousse à l'émigration en lui payant son billet d'avion pour l'Espagne. Mère de quatre garçons dont les trois sont des apprentis ouvriers, Taudia ne manque pas d'objectifs. « Cela fait juste deux mois que mon fils Talla est parti en voyage. Cependant, faire voyager mes autres enfants est ma principale préoccupation. Et si je le réussis, je rentre à Touba pour me reposer », ajoute Taudia. Ce serait un repos bien mérité.

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