Kinshasa — Craignant d'être agressés par les bandes armées ou les FDLR qui pillent les récoltes, volent et tuent, les habitants de certains villages du Nord-Kivu ont pris l'habitude de passer la nuit dans la forêt et la journée au village.
Paquets sur la tête et nattes en main, tirant des enfants angoissés et fatigués, les femmes de Karambi, un village montagneux de près de 2 000 ménages, à 100 km au nord de Goma, se faufilent discrètement dans un petit sentier desséché pour rejoindre leurs maris. Il est 18 h 30, elles vont marcher près de 5 km dans la forêt chargée d'humidité, souvent dans le brouillard. Leurs maris les y ont précédées une heure avant pour préparer les campements de fortune construits avec des bâches distribuées par des organisations humanitaires sur lesquelles ils étalaient leurs récoltes au village. C'est ici que les familles passeront la nuit, une fois accomplies dans la journée toutes les tâches quotidiennes au village. Régulièrement, les campements changent de lieux pour éviter d'être repérés.
Le lendemain, à 7 heures 30, tous les ménages ployant de nouveau sous leurs nattes, refont surface dans leurs villages. Ce nouveau mode de vie est appelé «le couchage». Il est pratiqué par toutes les familles de cette zone du Nord-Kivu, depuis le début de cette année lorsque les déplacés, qui sont retournés chez eux en septembre 2009, ont commencé à récolter des produits de leurs champs.
Épée à double tranchant
En effet, ces villages à l'Est du territoire de Rutshuru sont de plus en plus souvent agressés par des jeunes gens constitués en bandes armées qui viennent pour vider les greniers. «Ils sont venus pour la première fois au mois de janvier piller mes récoltes de choux», déclare Claudine Kayitese, une ménagère de 52 ans. Selon le chef de Karambi, les victimes sont ciblées en fonction de ce qu'elles rapportent des champs. «Des jeunes gens pillent toutes les récoltes la nuit, puis les vendent au marché de Rutshuru-centre», dit-il. Pour éviter de perdre leurs productions, les paysans ne stockent plus leurs récoltes dans les greniers et ne prennent que les vivres à consommer la journée avant de repartir pour «le couchage».
Ces jeunes, qui les attaquent, sont constitués en bandes armées, avant tout, au service de personnes qui cherchent à faire fuir les gens pour récupérer leurs terres. Ceux-ci croient que la violence est l'unique façon de trouver des solutions dans une région où la loi du plus fort prend souvent le dessus sur la force de la loi. Curieusement, s'il faut exiger le départ d'une organisation humanitaire internationale jugée inefficace dans la région, ces jeunes sont présentés comme «la Société civile de Rutshuru». Pour un notable de la place, c'est «une jeunesse responsable» dont les actes de vandalisme et pillages dans les locaux des organisations humanitaires sont à déplorer, mais dont «les revendications sont pertinentes»
Pas rasurés par les militaires
Pourtant, la police locale accuse ces jeunes d'être de connivence avec les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr). En effet, les opérations militaires Kimia 2 lancées en mai 2009 et Amani leo en janvier 2010, menées par l'armée congolaise et les forces des Nations unies pour traquer les rebelles les FDLR, ont délogé ces derniers de certaines de leurs positions.
Pour survivre, ceux-ci ont noué des relations avec des bandes armées congolaises qui rançonnent les habitants de la région. Quand ces jeunes braquent une maison, ils y font régner la terreur : ils rackettent, ils violent Au cas où ils ne trouvent ni argent, ni produits des champs, ils n'hésitent pas à tuer le chef de ménage. Parfois, ils l'enlèvent afin de réclamer une rançon pour sa libération.
Se comportant aussi en coupeurs de routes, toujours selon la police, ils sont très actifs dans la zone limitrophe avec l'Ouganda où ils mèneraient des opérations aux côtés des FDLR. À Karambi, aucun policier n'est là pour assurer la sécurité des habitants. Seuls quatre militaires sont présents, mais ils ne les rassurent pas du tout et ils préfèrent, pour l'instant, aller dormir au coeur de la forêt

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