Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Un mariage forcé et quatre vies perdues

Le mariage forcé a la vie dure au Burkina, la croyance aux forces occultes aussi. Un homme sauvé de la mort par un guérisseur fétichiste. Heureux, le miraculé, n'ayant pas de quoi payer son sauveur, promet la main de sa fille de quatre ans.

Et en guise de garantie, il jure de tenir sa promesse sur deux roches maculées de sang, de plumes et qualifiées de puissances surnaturelles. La promise grandit, brille à l'école, tombe amoureuse de son prince charmant et refuse d'honorer la parole donnée par son père. La guerre s'installe, sillonnée de flèches surnaturelles, avec à la clé, quatre morts et des vies bouleversées. Tel est "Promesse fatale", le roman de Léopold Nia Millogo, récemment publié aux éditions Découvertes du Burkina.

C'est d'une main de militaire que Léopold Nia Millogo a écrit ce roman. Pas étonnant, puisque le propriétaire de cette main est un gendarme de formation qui, après une carrière débutée en 1980, se retrouve aux commandes du groupement de gendarmerie départementale de Dédougou, avec le grade de chef d'escadron. En 208 pages, il a décrit cette pratique, le mariage forcé, qui a toujours cours dans certaines régions du Burkina. Voici l'histoire. Promise à un vieux qui peut être le père de son père Yacouba, Safiatou, brillante à l'école, refuse d'obtempérer. Soutenue en cela par sa mère qui finira par se suicider parce que répudiée par son mari et reniée par son frère cadet. Safiatou tombe amoureuse de Ibrahim, un jeune homme revenu de la Côte d'Ivoire. L'idylle ne plaît pas au père, encore moins à l'époux promis, qui tente de tuer le jeune homme. Celui-ci s'enfuit après avoir porté un coup mortel à ses assaillants. Safiatou est contrainte de se marier au vieux Karamogo.

A la hantise de convoler avec un homme qu'elle n'aime pas, s'est ajoutée la torture de coucher avec un vieillard qui n'y connaît rien à l'art de faire l'amour. Mais un enfant, Ismaël, naquit de cet océan de supplices. Qui en est le père ? Ibrahim ou Karamogo ? Les deux revendiquent la paternité. Mais Ismaël ressemble au jeune homme. Il a été décidé que la paternité soit médicalement déterminée. Safiatou meurt subitement. Suivie aussitôt par Ibrahim. Ismaël ferme la marche de ces morts mystérieuses. Qui en est l'auteur ? Justice de Dieu ou vengeance des hommes ?

Réponse que donnera sans doute Léopold Millogo dans le second volume de ce roman. Roman traversé par les convictions que la femme n'est que le second de l'homme, un second que ce dernier peut utiliser à sa guise et qui ne peut trouver le bonheur que dans le mariage (forcé ou pas) et dans la "ponte" d'enfants. L'école, une usine à fabriquer des rebelles femelles. Dans les belles senteurs de l'hivernage en campagne, cette oeuvre déroule une histoire tragique, celle que vivent en silence, de nombreuses filles et femmes au Burkina.


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