Sale temps. C'est celui que vit depuis plus d'un mois, Atangana Ohanda Justin Bertrand, greffier de justice adjoint, chef service des affaires financières et administratives au parquet de Mbalmayo ; président de la section OJRDPC du Nyong et So'o centre.
Son incarcération « ambigui » dans la prison Principale de Mbalmayo, remonte à la date de vendredi 23 juillet 2010, lorsque à six heures du matin, il est surpris et capturé dans son domicile par le magistrat Youssoufa, Procureur de la République près les tribunaux de première et grande instances de Mbalmayo et du Nyong et So'o, accompagné par le nouveau commandant de compagnie du département et deux gendarmes armés de kalachnikovs. « Je suis suspecté de détournement de derniers publics liés aux crédits de la rubrique « fournitures et entretiens de bureau destiné aux tribunaux de première et grande instances de Mbalmayo, ce qui n'est pas conforme à la vérité , lit-on dans la « requête aux fins d'intervention » du prévenu, adressée au vice Premier ministre, ministre de la Justice et garde des sceaux par le présumé coupable.
Le greffier de justice affirme mordicus qu'il est victime d'une « cabale judiciaire » entretenue ; sous le prétexte de la non livraison du matériel de travail commandé et destiné au président des tribunaux et au procureur de la République. Tout commence par un précédant né d'un échange de correspondances entre le procureur et le prévenu, sur une affaire de paiement des états de vacation des assesseurs des juridictions traditionnelles. Le 8 juillet 2010, le magistrat Youssoufa demande (dans les 48 heures) des comptes « du double mandatement qui aurait été fait des vacations de l'année 2009, du paiement du 2ème semestre de la même année qui n'aurait pas été fait au taux habituel ». Bien plus, le procureur de la République exige le paiement du premier semestre 2010 déjà échu que le greffier aurait déchargé à la recette des finances de Mbalmayo.
En réponse à cette injonction, Atangana Ohanda Justin Bertrand relève que la « baisse du taux habituel pour les tribunaux de Mbalmayo et la hausse pour les huit autres juridictions relèvent de la répartition équitable du crédit affecté ». Tout en joignant les barèmes de paiement desdites vacations aux assesseurs, il parle de la procédure de paiement du premier semestre déjà échu, de sa transmission à la billetterie aux fins de calcul et paiement. « Je tiens à préciser que les assesseurs des juridictions qui se sont conformés, émargent déjà auprès du billeteur que je suis » avoue-t-il. Insatisfait par la teneur du courrier du chef service des affaires financières et administratives, usant des pouvoirs que lui confèrent ses « prérogatives », le magistrat Youssoufa accuse son collaborateur de mauvaise gestion des crédits. Il passe à l'offensive.
Très pressé, le procureur de la République ne s'encombre pas des préalables : une demande d'explications ou tout au moins la mise sur pied d'une mission de contrôle financier pour auditer la gestion des crédits par le greffier. Il accélère la procédure en mettant son « collaborateur » sous mandat de détention provisoire le 30 juillet 2010, après l'avoir fait séjourner pendant une semaine dans des cellules de la gendarmerie. « J'ai géré les crédits dans les normes. Le procureur de la République , le greffier en chef, le chef service des affaires juridiques et autres ont tous reçu les fournitures et l'entretien bureau du premier semestre 2010, les assesseurs sont en cours de traitement. Les indemnités des misions siège et parquet de grande instance ne sont pas engagées », se défend le prévenu.
Le ponce-pilatisme du juge d'instruction
Le prévenu croit qu'en rassemblant ce qu'il considère comme des preuves démontrant sa bonne gestion des crédits (les fiches et bons d'achat...), sa cause peut être entendue. Peine perdue. Même le procès verbal de restitution et d'inventaire du matériel détenu par l'incriminé et déchargé en date du 12 août 2010 par le magistrat Ambroise Awono Elélé, président des tribunaux de Mbalmayo et le comptable-matières, ne ramènent pas le procureur à de meilleurs sentiments. Agissant pour le compte de Atangana Ohanda Justin, Nkoe Ayizo'o Moïse Packo, détective privé, expert du Minefi parle d'un « abus criminel de pouvoir », dans une requête adressée au procureur général de la Cour d'appel du centre. « Nous dénonçons l'abus criminel de pouvoir, l'arrestation arbitraire, la détention abusive et le non respect des droits de l'homme et des libertés perpétrés par le procureur de la République près les tribunaux de première et grande instances sur Atangana Ohanda Justin » fulmine-t-il. Saisi pour une mise en liberté sous caution, le juge d'instruction ferme les yeux aux « suppliques » du prévenu et reste solidaire à la démarche de son collègue magistrat. Le 18 août 2010, la magistrate rejette la demande de mise en liberté provisoire de l'inculpé ; en s'appuyant sur les réquisitions écrites du procureur de la République près les tribunaux de céans rendues en date du 17 août 2010 et requérant le rejet de la demande sur la base de l'article 224 alinéa 2 du code de procédure pénale.
« L'inculpé est poursuivi pour des faits de détournements des derniers publics évalué à 1.800.000 Fcfa environ. Que conformément à l'article 184 du code pénal, le détournement d'un bien quelconque de l'Etat dont la valeur excède 500.000 Fcfa est puni par l'emprisonnement à vie. Que l'alinéa 2 de l'article 224 du code de procédure pénale proscrit la mise en liberté sous caution des personnes poursuivies par des crimes passibles de l'emprisonnement à vie ou la peine de mort... », souligne le juge d'instruction, Barbara Messoung à Biakan, épouse Ndema Elongue.

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