Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Les Sénégalais recourent au système « D »

Conscients des problèmes liés à la cherté de la vie, nombreux sont les Sénégalais qui recourent au « système D », consistant à prendre un habit acheté et porté lors des fêtes précédentes et l'amener chez un teinturier pour rendre les couleurs éclatantes. Le même phénomène est observé pour ce qui est des chaussures, surtout les babouches. L'astuce consiste à aller voir le cordonnier du coin qui va remettre une nouvelle semelle et passer sur le cuir un peu de teinte et le tour est joué.

A quelques jours de la Korité, blanchisseurs, cordonniers et teinturiers peuvent se frotter les mains. De Ouagou Niayes aux Hlm, en passant par les allées Cheikh Ahmadou Bamba, les bruits des « Taparka » ( un gourdin qu'utilise le teinturier pour taper sur l'habit teinté de manière à rendre les couleurs éclatantes » se font entendre. Ce teinturier, assis sur une natte, avec, à ses côtés, un tas de boubous basins de toutes les couleurs , est en plein travail.

Ce boubou bassin bleu posé sur un support en bois, est en train de « subir » sans « rechigner » les foudres du « Taparka ». Et sous ses (ceux du Taparka) assauts répétés, le boubou prend un « coup de neuf », le vert devient éclatant. Interpellé sur le coût de la main-d'oeuvre, notre interlocuteur répond : « Il ne suffit que de 1500, 2000 ou 6000 francs Cfa pour se saper le jour de la Korité », souligne Mamadou Dia, dit Chinois Barry.

Selon lui, « tout le pays est sur ses quatre appuis. Je dois même dire six appuis, une façon de parler de la crise qui sévit partout. C'est la raison pour laquelle, avec 1500 ou 2000 francs Cfa, nous relavons les boubous basins, mon équipe et moi ». Et Assane Barry, un des collaborateurs de Chinois Barry, de préciser : « avant, on nous apporte des « Gagnila » (une variété de tissu) pour une nouvelle couche de teinture ».

Avant d'ajouter que « si tout va bien dans le domaine de la santé, mais financièrement les Sénégalais ont mal, ils n'en peuvent plus ». Ce n'est pas Mamy Sarr, une femme d'une trentaine d'années qui fait du marchandage pour le lavage de ses boubous basins qui va dire le contraire. Pour cette habitante de Ouagou Niayes, « il m'arrivait d'acheter des habits pour mes nièces, mais actuellement avec la situation que nous vivons, je suis obligée de me rabattre sur les teinturiers ».

Non loin de ces teinturiers, des jeunes cordonniers s'activent à refaire des chaussures. Ils ont commencé à passer la nuit pour respecter les engagements pris avec les clients. Le cordonnier Aliou Diallo trouvé à l'arrêt de « garage Guédiawaye » (Hlm), se dit satisfait à quelques jours de la Korité. « Chaque jour je reçois des chaussures à réparer : babouches, nu-pieds, sandales en cuir etc », dit-il.. Concernant sa clientèle, Aliou Diallo nous confie que c'est plutôt les hommes qui viennent pour refaire les chaussures. Quant aux femmes, c'est pour un talon par-ci, des dentelles, par-là.

Les blanchisseurs sont concernés

Abass Bâ, Guinéen de nationalité, habillé en tee-shirt blanc et en pantalon Jean vient juste de se réveiller pour se mettre au travail. Il est en train de sortir les habits qu'il n'a pas pu repasser, à cause de la pluie. « Notre seul allié ces temps-ci, c'est le soleil. Il m'arrive de passer la nuit pour les laver et repasser les habits et cela pour pouvoir terminer le travail à temps. Dans ce cas, je suis obligé d'engager des jeunes pour qu'ils m'aident à s'en sortir. Alors que ce métier ne nourrit pas son homme. C'est seulement à l'approche des fêtes que nous frottons les mains. Avec cette crise financière et la cherté de la vie, les Sénégalais se préoccupent plus de nourriture vécu que d'habillement. C'est ce qui pousse les gens à apporter leurs habits. Ils n'ont pas les moyens de se procurer des habits neufs ».


Copyright © 2010 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment