Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique du Sud: Agriculture - Grischelda Hartman, experte en travail et genre - "Pas de dignité"

interview

Les travailleurs agricoles sud-africains, en particulier les femmes, continuent d'être exploités, malgré l'existence des lois et règlements nationaux du travail pour les protéger.

Mais faute d'information et d'éducation sur leurs droits, les travailleurs ont du mal à les revendiquer.

Grischelda Hartman, qui coordonne l'Institut de l'éducation des travailleurs Ditsela dans la province du Cap occidental en Afrique du Sud, veut changer cela. Elle offre le soutien et l'éduction, y compris la formation sur le genre, aux travailleurs à travers les syndicats et les organisations de travailleurs communautaires.

Hartman se concentre particulièrement sur l'enseignement des travailleuses concernant les lois du travail, la santé et la sécurité du travail ainsi que les compétences en alphabétisation.

Quels sont les besoins particuliers en formation des travailleuses agricoles?

En raison du niveau d'exploitation, il est essentiel que nous donnions plus de soutien aux travailleurs vulnérables, particulièrement les femmes. Leur niveau en éducation et en alphabétisation est généralement bas, ce qui signifie qu'ils n'ont pas accès à l'information, par exemple, concernant la législation.

Les travailleurs agricoles n'ont pas non plus beaucoup accès au renforcement des compétences. Les propriétaires agricoles, dont les fermes servent habituellement de cadre de vie aux travailleurs, n'offrent pas de formation et ne leur donnent pas de congés. Donc, le renforcements des compétences n'existe nullement ou existe très peu.

Les travailleuses agricoles sont les moins payées et les premières à perdre leurs emplois lorsqu'il y a moins de travail disponible. Comme elles n'ont pas non plus accès à la formation, il n'y a tout simplement pas moyen pour elles d'avoir une promotion, une augmentation de salaire et une amélioration de leur niveau de vie.

Et comme les femmes sont généralement celles qui prennent soin de la famille, cela a un impact négatif sur leurs enfants également.

Comment les travailleuses agricoles accèdent-elles aux services de soins de santé?

Le plus souvent, les travailleurs agricoles n'ont pas accès aux soins de santé. Puisqu'ils sont enclins à vivre loin sur des fermes reculées, sans accès au transport, ils sont coupés du système des soins de santé publique. Pourtant, les travailleurs, surtout les femmes, sont exposés à plusieurs risques sanitaires sur les fermes.

Nous devons mettre la pression sur les propriétaires agricoles afin qu'ils fournissent à leurs travailleurs des services de santé, à travers des cliniques mobiles, par exemple. Nous avons besoin d'examens médicaux réguliers sur toutes les fermes, y compris le dépistage du VIH, le planning familial et les services de santé sexuelle et de reproduction.

Une fois encore, l'éducation des travailleurs agricoles est importante, pour qu'ils connaissent leurs droits et qu'ils puissent les revendiquer.

Quels sont les principaux risques de santé courus par les femmes sur les fermes?

L'abus d'alcool continue sur la plupart des fermes sud-africaines. Et l'abus d'alcool a de nombreuses conséquences négatives sur la santé des femmes parce qu'il entraîne l'augmentation des niveaux de violence conjugale et d'incidence du VIH. Nous avons de toute urgence besoin davantage d'éducation sur les fermes concernant la façon dont l'alcool affecte l'environnement social et en particulier la santé sexuelle et de reproduction des femmes.

La question d'alcoolisme est inhérente à l'agriculture en Afrique du Sud, et il y a un gros problème d'alcoolisme génétiquement déclenché. Nous apprenons aussi des travailleurs agricoles que l'alcool est encore utilisé comme méthode de paiement sur certaines fermes, bien que cela soit illégal.

L'abus d'alcool présente également plusieurs risques pour les enfants des travailleurs des fermes, qui sont exposés à la violence, à l'abus et, surtout peut-être, au syndrome d'alcoolisme foetal. L'alcoolisme signifie aussi souvent que les parents achètent l'alcool au lieu de la nourriture, et que, par conséquent, les enfants souffrent de faim.

Cela se transforme en un cycle de malnutrition et de mauvaise santé, d'apprentissage lent, d'affaiblissement cognitif et de manque d'opportunités dans la vie.

À quels autres risques de santé les travailleuses agricoles sont-elles exposées?

Nous avons un gros problème dû au fait qu'elles ne sont pas averties des dangers potentiels des pesticides avec lesquels elles doivent travailler. Elles ne sont pas renseignées sur la toxicité ou ne savent même pas ce que cela signifie. Dans d'autres cas, l'équipement nécessaire à la protection des travailleurs utilisant les pesticides n'est pas fourni. Par conséquent, nous avons des ouvrières qui donnent naissance à des enfants avec des malformations sur les fermes.

Les travailleurs, en particulier les femmes, peuvent-ils posséder des terres?

L'accès à la terre demeure un grand débat en Afrique du Sud. Elle (la terre) est encore en grande partie entre les mains du privé. Ce qui signifie qu'un fermier possède une grande portion de terre et ses travailleurs sont logés sur la ferme, mais ces derniers ne possèdent rien, ni la maison, ni la terre.

Mais il y a aussi des exemples positifs où les fermiers donnent aux travailleurs de petites portions de terre sur lesquelles ils peuvent produire. Sur ces fermes, nous constatons rapidement une amélioration des niveaux de pauvreté. Mais malheureusement, la majorité des propriétaires agricoles n'offrent pas cette option.

Les conditions de logement continuent aussi d'être médiocres. Qu'est-ce que cela signifie pour la santé des travailleuses agricoles?

Les maisons des ouvriers sont petites et mal construites. Elles sont chaudes en été et froides en hiver. Nous savons qu'avoir toute une famille dormant dans une maison à une seule pièce augmente considérablement le risque d'abus sexuel pour les femmes et les enfants à la fois.

La plupart des maisons n'ont pas leurs propres toilettes, et les toilettes communes manquent de sanitaires et d'intimité, ce qui en retour crée des risques concernant la santé des femmes et les violences fondées sur le sexe. En outre, il n'y a aucun accès aux toilettes à l'extérieur dans les champs. Cela implique que les femmes doivent s'accroupir dans le champ sans intimité ni dignité.

Que faut-il faire pour améliorer les conditions des travailleurs agricoles, particulièrement les femmes?

Nous devons faire d'avantage de sensibilisation sur l'abus des droits des travailleurs. Les syndicats et le gouvernement doivent conjointement mettre beaucoup de pression sur les propriétaires agricoles.

Nous avons besoin d'une surveillance continue pour assurer que les propriétaires agricoles se conforment aux lois et règlements existants, notamment ceux relatifs à la santé et à la sécurité professionnelle, au logement, à l'assainissement et à l'éducation pour les enfants des travailleurs agricoles.

Le ministère du Travail doit jouer un rôle actif ici.


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