San Finna (Ouagadougou)

Congo-Kinshasa: Viols collectifs de femmes - On a atteint le fond de l'horreur

Des profondeurs de Luvungi dans le Nord Kivu en République démocratique du Congo (R.D.C), il parvient au monde des informations plus qu'inquiétantes concernant des milliers de femmes de cette région. Le 30 juillet dernier, près de 200 d'entre elles y auraient été victimes de viols collectifs.

Selon la porte-parole de l'OCHA(Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires) et selon l'IMC (Corps médical international), une

organisation humanitaire basée en R.D.C, de nombreux éléments d'insurgés Hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) associés à des miliciens Maï-Maï, auraient pris possession de plusieurs villages de Luvungi et y auraient procédé, quatre jours durant, à des séances collectives de viols, souvent devant les maris et les enfants des victimes. En termes d'horreur et de déni d'humanité, on peut dire que l'on a atteint le fond. Ce cauchemar des populations du Nord Kivu se serait déroulé à 16 km d'un camp de maintien de la Paix des Nations Unies. Là-bas, on doit penser que Dieu a oublié ce petit coin du monde !

En effet, dans cette région de la République démocratique du Congo, l'état de conflit permanent qui prévaut depuis l'arrivée au pouvoir de Paul Kagamé au Rwanda et la chute de Mobutu au Zaïre, y a provoqué une situation d'instabilité permanente qui favorise les exactions qui y ont cours depuis plusieurs années, et dont les femmes et les enfants sont malheureusement les premières victimes. Bien avant les méfaits du 30 juillet dernier, plusieurs actes similaires de barbarie avaient eu lieu dans ces mêmes régions.

Selon le Fond des Nations Unies pour la Population(UNFPA), dans les provinces des Nord et Sud Kivu, le nombre de viols signalés depuis l'année dernière s'élèverait de manière non exhaustive à 9.000 cas recensés. C'est dire à quel point ce type d'impunité ayant pour cible les couches les plus vulnérables de la population a eu l'opportunité durant ces années de guerre, de s'y développer. Comment expliquer qu'en dépit de la connaissance des faits et de la gravité de la situation, des mesures adéquates de protection des populations, et surtout des femmes, n'aient pas encore pu être adoptées ? Certains facteurs pourraient peut-être l'expliquer.

On peut incriminer en premier lieu le manque de volonté politique des autorités congolaises. En effet, selon des rapports émanant de diverses organisations humanitaires présentes sur le terrain au Kivu, l'Etat congolais ne semble pas avoir inscrit dans ses priorités la question de la protection des droits humains, encore moins celle spécifique des femmes. Pire, selon Ellie Kemp, porte-parole de l'ONG Oxfam, « Il y a des violences et des abus systématisés contre les populations civiles dans l'Est du pays, auxquels tous les acteurs armés prennent part. » C'est dire que même les forces armées congolaises se retrouvent accusées au même titre que la rébellion rwandaise et les Maï-Maï.

On doit également s'interroger sur le rôle que jouent les forces onusiennes de maintien de la Paix présentes sur le terrain au Kivu. Il est bouleversant d'apprendre que les exactions commises à Luvungi se sont déroulées à 16 km d'un camp de maintien de la Paix des Nations Unies, et que celles-ci, comme elles le prétendent, n'en aient été informées que 2 semaines plus tard. Des patrouilles se seraient pourtant rendues dans la zone les 2 et 9 août, selon monsieur Roger Meece, le nouveau représentant spécial de l'ONU en RDC. C'est-à-dire au moment même où avaient lieu les exactions.

Les explications du fonctionnaire onusien, selon lesquelles les populations ne leur en auraient pas parlé, soit par crainte de représailles, soit par gêne ou par honte, ont vraiment du mal à convaincre. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la passivité des forces onusiennes en RDC est pointée du doigt. Elles ont souvent évoqué leur statut de neutralité et de non-ingérence pour expliquer cette attitude révoltante. Entre le respect d'une règle caduque et l'urgence de protéger des femmes vulnérables de telles atrocités, le bon sens indique clairement le choix qui s'impose. De toute évidence, l'ONU a besoin de revoir ses positions sur la notion fondamentale du droit d'ingérence humanitaire.

Ces viols systématiques dont la pratique se vulgarise malheureusement, peuvent aussi avoir pour explication les us et coutumes des populations locales elles-mêmes, qui ne favorisent pas les droits des femmes. Selon des ONG présentes sur le terrain, les contentieux liés aux questions de viols peuvent être souvent résolus par des dons de poulets ou de bétails entre deux familles ou deux clans.

Face à cette utilisation systématique des pratiques de viols comme armes de guerre, la communauté internationale ne devrait plus se contenter de condamnations diplomatiques stériles qui bien entendu ne résolvent en rien le problème. Il faut que le système des Nations Unies pousse à l'intensification des sanctions pénales par l'adoption et l'application au niveau des Etats, de mesures juridiques rigoureuses.


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