San Finna (Ouagadougou)

Congo-Kinshasa: Haut-commissariat pour les droits de l'homme contre l'Afdr et l'Apr - La mise à feu du génocide

La situation est explosive au Rwanda, en RDC, aux Nations Unies. La raison de cette tension se trouve dans ce rapport du Haut-commissariat pour les droits de l'homme de l'ONU qui, avant même son officialisation, connaît des indiscrétions faisant état d'un possible et même probable génocide commis en RDC, ensemble et de concert par les mouvements armés FPR de Paul Kagamé et AFDL de Laurent Désiré Kabila.

Après bien de blocages, ce qui était dénoncé par des experts isolés des Nations Unies, par des chercheurs, des ONG, est en train d'être confirmé par le Haut-commissariat pour les droits de l'homme des Nations Unies.

Entre 1996 et 2003, il se serait commis en RDC des crimes odieux et relevant de juridictions internationales pénales. Et ce pré-rapport dont les divulgations inondent bien de médias, fait état qu'à la période 1996/1998, quelques deux ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, des Hutus rwandais réfugiés au Zaïre de l'époque, auraient été massacrés et en très grand nombre. Ainsi, entre octobre et novembre 1996, l'AFDL de Kabila et l'APR de Kagamé ont systématiquement attaqué les camps de réfugiés dans le nord Kivu et le sud Kivu.

Le prétexte avancé à l'époque pour endormir la communauté internationale aussi bien que les victimes, était celui d'encourager et d'accélérer le retour des Hutus au pays natal. L'intention de ces massacres comme des experts de l'ONU l'affirmeront à partir de 1997, était bien d'éliminer les Hutus rwandais restés en RDC.

Mais le contexte politique de l'époque, marqué par la présence en RDC de pays ayant de bons rapports avec les partenaires, notamment les USA (Ouganda, Rwanda) et surtout la mauvaise conscience résultant de la lâcheté de la communauté internationale dans les circonstances de la commission du génocide tutsi, bloquaient toute possibilité d'officialiser les investigations.

Toutefois, le caractère massif, colossal, des crimes commis, ne pouvait que déstabiliser, au-delà de la conscience nationale congolaise, celle des Nations Unies, et y provoquer une crise qui pourrait déstabiliser l'institution déjà soumise à un trop grand nombre de questionnements. D'où la finalisation de ce rapport de l'ONU mais qui rencontre encore des obstacles pour sa publication. Et comme en pareil cas, les fuites organisées ont aussi pour objectif de prévenir en aval, toute possibilité d'édulcoration des préventions constatées. Et elles sont sérieuses.

Le rapport fait état que le 26 octobre 1996, un groupe appartenant à l'AFDL et l'APR, a massacré plusieurs centaines de réfugiés en fuite le long des axes reliant Nyantendé à Walungu-Centre et Nyantende à Bukavu, et cela s'est fait dans les conditions dignes d'un véritable film d'horreur : usage de balles, de baïonnettes, d'obus, incendie des sites où se trouvaient les réfugiés, et l'on dénombrait parmi les victimes, des femmes, des enfants, des personnes âgées. Entre 200 et 600 personnes ont ainsi péri et dont les corps ont été enterrés sur place par la population.

Parfois, le mode opératoire empruntait au cynisme le plus total. Vers le 22 novembre 1996, des éléments de ces mêmes armées ont tué plusieurs centaines de réfugiés dans le camp de Chimanga situé à 71 km à l'ouest de Bukavu. Sur les lieux, les assassins ont gentiment demandé aux populations de se rassembler pour un échange. Il a été promis des victuailles pour permettre aux réfugiés de reprendre des forces afin de regagner le pays, et dans une ambiance bonne enfant, on a commencé à les enregistrer. Et puis, tout à coup, comme cela se faisait dans les camps nazis, un coup de sifflet a retenti et un déluge de feu s'est abattu sur les pauvres hères rassemblés. On a dénombré entre 500 et 800 cadavres.

Ce pré-rapport, véritable bombe à retardement, dont la mèche est ainsi mise à feu, avance, avec quelques réserves dit-on, un chiffre de 200.000 victimes directes ou indirectes.

Il y a de quoi faire trembler Paul Kagamé et Joseph Kabila !

Le premier est plus directement concerné et c'est pour cela qu'il bat le rappel de ses alliés en même temps qu'il menace de retirer ses forces au Soudan (plus de 3.500 hommes), sachant très bien que cela mettrait à mal le processus onusien dans ce pays. Le second n'est peut-être pas aussi directement impliqué que cela mais son père, et beaucoup de gens qui ont combattu à ses côtés (et qui sont encore vivants), le sont, toutes choses qui amènent le président congolais à refuser un tribunal international composé de compétences nationales et internationales pour se pencher sur les faits.

Le chantage rwandais et les résistances congolaises pourront-ils faire échec à l'élucidation de la vérité, à la justice, à la sanction dans ce grave dossier ? C'est actuellement la question que l'on se pose dans les pays concernés mais aussi en Afrique et dans le monde !


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