Du fait de la très forte affluence à la gare voyageur de Yaoundé, obtenir un titre de voyage pour le chef lieu de l'Adamaoua est un véritable parcours du combattant.
Brice Tehonbou est chauffeur de taxi dans la ville de Yaoundé. Il est 11h ce mercredi 1er septembre 2010. Au lieu dit Mvog-Mbi, il ramasse un client qui va à la gare voyageur «J'espère que ce n'est pas pour faire une réservation pour le train du soir», prévient-il. Avant de poursuivre: «Car ce matin, à six heures, le rang des passagers qui réservaient atteignait déjà l'Immeuble Tchankeu. On dirait que certains ont même dormi la bas». L'immeuble Tchankeu dont Brice Tehonbou parle est un building situé à une centaine de mètres de l'entrée principale de la gare voyageur de Yaoundé. Rencontrée quelques temps après sur les lieux, Monique D. n'en dit pas moins. «J'étais déjà ici hier (mardi 31 août 2010, ndlr).
Mais je n'ai pas pu payer mon ticket de voyage. Alors ce matin je suis arrivée avec mes deux filles à 5h. Il y avait déjà beaucoup de monde». Heureusement, cette femme qui tient à ramener ses enfants à Garoua avant les rentrées a pu acheter son titre de transport. Elle brandit son précieux sésame comme un trophée. Alain T., lui, devra attendre pour l'imiter. Lui dont les neveux sont «bloqués» à Yaoundé depuis une semaine, incapables de rallier la partie septentrionale du pays où ils sont scolarisés. «Nous sommes très sollicités en ce moment, reconnaît Marthe Assene, Chef de guichet à la gare de Camrail de Yaoundé. «Nous avons ouvert cinq guichets et même que nous sommes souvent obligés d'installer deux à trois postes supplémentaires», précise-t-elle. «L'idée est de réduire au strict minimum, le temps d'attente dans les rangs».
Trafic d'influence
Selon nos interlocuteurs, la Camrail transporte d'ordinaire 700 personnes pour la ville de Ngaoundéré chaque jour à partir de Yaoundé. Et depuis quelques semaines, ce chiffre est dépassé et a nécessité l'augmentation des voitures de voyage.
A l'origine de cette forte demande, la rentrée scolaire annoncée pour le 6 septembre prochain. La période du ramadan qui s'achève le 10 ou le 11 septembre 2010. Cette période importante pour les croyants musulmans amène certains d'entre eux à rallier la partie septentrionale du pays. Sans oublier les mouvements réguliers des fonctionnaires et agents de l'Etat, des officiels, des membres du corps diplomatique, les éléments de forces de l'ordre obligés pour des raisons professionnelles de se déplacer entre les parties méridionale et septentrionale du Cameroun. A cela il faut ajouter l'insécurité et l'impraticabilité d'une bonne partie de la nationale No 2 qui relie Yaoundé à Ngaoundéré, les difficultés liées à la desserte par voie aérienne du septentrion
L'offre de Camrail étant inférieure à cette demande, des pratiques au moins blâmables se sont développées autour de la vente des titres de transports dont le moindre n'est pas le trafic d'influence. «Ce matin, pendant que j'étais dans le bureau d'un des responsables de la Camrail, ce dernier a reçu un coup de fil de quelqu'un qui lui communiquait des noms de personnes auxquelles il a promis de trouver des tickets de voyage alors que l'heure des réservations était déjà passée», révèle une informatrice. «Il arrive, soutient une autre source généralement bien informée, que des membres du gouvernement ou d'autres personnalités appellent pour réserver des places pour eux-mêmes ou pour leurs proches dans la journée». «Les responsables de la Camrail sont alors obligés de se débrouiller à satisfaire ce type de demandes quels que soient les moyens utilisés», croit-elle savoir. «Ce sont de faux procès», répondent en coeur les responsables de la société de transport ferroviaire. Ces derniers assurent que la vente des titres de voyage se passe dans la «plus grande transparence», même s'ils se reconnaissent débordées en cette veille de rentrée scolaire.

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