Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Bafoussam - L'école primaire publique obligatoire, pas gratuite

La nouvelle formule instituée par le chef de l'Etat, pèse plutôt sur la bourse des parents d'élèves.

Dans la mouvance de la rentrée scolaire prévue ce lundi, 6 septembre 2010, plusieurs parents d'élèves ont pratiquement élu domicile dans des écoles. On les a encore vus en fin de semaine dernière dans quelques établissements d'enseignement primaire de la ville de Bafoussam, dans de longues files d'attente. Ce qui donne l'impression que les directeurs d'école sont au four et au moulin. Surtout que, chaque parent souhaite rencontrer M. le directeur pour exposer ses préoccupations, sans jamais dévoiler l'objet de sa rencontre. Il faut attendre que des langues se délient pour comprendre que l'environnement éducatif est encore gangrené par la corruption. «C'est incroyable. Je n'ai pas pu inscrire un enfant, jeudi dernier, parce que le directeur d'école a dit que ces effectifs sont arrêtés. Qu'il n'a plus de place. Mais, il a suffi qu'un ami négocie bien pour qu'on inscrive le sien», se plaint André Talom, un parent rencontré dans la cour de l'école publique du centre III à Bafoussam. Cette enceinte abrite trois groupes d'établissement.

Le mode opératoire n'est pas connu de tous. La réaction de ce parent traduit quelque peu la situation que vivent beaucoup d'autres dans la région de l'Ouest et partant au Cameroun. Et quand le chef d'établissement parvient à accepter le dossier de votre enfant, il y a des conditions à remplir. Les textes prévoient que pour l'entrée à la Section d'initiation à la lecture (Sil), l'on exige l'âge de 6 ans et un carnet médical. On y ajoute généralement une demande timbrée, une copie d'acte de naissance, une tenue de fréquentation, une chemise cartonnée etc. Les frais de l'Association des parents d'élèves et enseignants (Apee) viennent également gonfler l'enveloppe des dépenses. Ils se situent entre 2000 et 3000 Fcfa, selon qu'on soit en zone urbaine ou rurale. Ce n'est pas tout. Les élèves du Cours moyen deuxième année (Cm2) qui doivent affronter des épreuves du Certificat d'études primaires (Cep) et du concours d'entrée en 6ème ou Common entrance, sont astreints au versement d'au moins 3.000 Fcfa, représentant les frais de confection des épreuves des «examens blancs». Rien à voir avec les frais d'examens proprement dits, environ 10.500 Fcfa.

«Aujourd'hui, l'école est encore plus chère qu'avant », regrette un parent. Notamment quand il se souvient qu'à l'époque, avant le décret présidentiel de 2001 instituant la gratuité de l'école publique primaire au Cameroun, il fallait débourser 1500 Fcfa pour que l'enfant fréquente l'école toute une année scolaire : «Depuis la suppression des 1500 Fcfa, les directeurs d'école, inspecteurs de l'enseignement primaire et président des Apee, conditionnent l'inscription des élèves au versement obligatoire des sommes parfois quatre fois supérieures à celle supprimée. Bref, l'école publique est abandonnée aux parents d'élèves », renchérit Olivier Taboué, autre parent d'élève. Autant dire pour l'instant que la gratuité de l'école publique est une vue de l'esprit. En optant pour la gratuité de l'école primaire publique, afin de répondre aux exigences d'un contexte mondial prônant l «éducation pour tous », l'Etat a institutionnalisé le «paquet minimum ». Il s'agit des matériels didactiques (craie, carnet de correspondance, stylo, cahier de préparation, livre ). Cela correspond à 4.200 Fcfa sortis des caisses de l'Etat par élève et par an. Reste que ce paquet arrive presque toujours tardivement. Un retard qu'on tente de juguler, en tendant la main aux Apee.


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