Bien que le passage du système conventionnel au système numérique présente des avantages, dans certaines unités locales de presse, sa venue suscite craintes et frustrations.
Ce n'est pas très visible au niveau des produits finis, mais des imprimeries comme celle de la Société de presse et d'édition du Cameroun (Sopecam) ou encore l'Imprimerie nationale sont passées du système conventionnel «Computer to film» (Ctf), au système électronique appelé «Computer to plate» (Ctp). D'après le professeur Rousset de l'École internationale du papier, de la communication imprimée et des biomatériaux (Inp) de Grenoble en France, la technologie Computer-to-plate (de l'ordinateur à la plaque) permet d'insoler des plaques offset directement à partir de fichiers numériques.
Présente en Europe depuis la fin des années 1990, cette technologie est arrivée au Cameroun depuis un peu plus de trois ans pour ce qui est des imprimeries Sopecam et la Nationale. «Le Ctp vient en remplacement progressif du vieux système Computer to film (Ctf) qui faisait appel à l'usage des films, des plaques photosensibles et l'insolation manuelle de celles-ci.
Avec le Ctp, les étapes du montage des films, de l'insolation des plaques en photogravure sont supprimées», explique Thomas Nnanga Befale, du service de la production à l'Imprimerie nationale. Selon lui, le système qui se situe à l'avant-dernier segment de la chaîne graphique, permet de raccourcir les délais de production des supports imprimés. «Le Ctp permet de réduire les délais, suppression de ces deux principales étapes qui étaient sources de perte de temps et d'erreurs à cause de la contrainte manuelle ; à côté de cela, c'est un gain pour l'entreprise qui n'achète plus certains matériaux de production et du client qui ressent les bienfaits de ce système au niveau du devis et de la facture», indique Michel Ndi, chef des imprimés de labeur à Sopecam.
A ces deux avantages, Thomas Nnanga ajoute que la qualité du produit fini est impeccable. «Les clients sont devenus de plus en plus exigeants et comparent ce que nous faisons ici avec ce qui vient d'ailleurs ; ce qui fait que le flux des clients qui nous avait fui du fait de la qualité approximative de nos impressions, sont revenus à cause de la qualité qu'apporte cette technologie.»
Du coup, selon les experts, grâce à l'automatisation des tâches qu'apporte le système, les techniciens enregistrent moins de gaspillage de matériels et font moins d'erreur. «En travaillant manuellement comme c'était le cas avant, il y avait beaucoup d'erreurs sur les films qui se répercutaient sur les plaques; or avec cette technologie, les correcteurs ont la contrainte de la vigilance», précise le chef de service adjoint de la production de l'imprimerie nationale. Seulement, la suppression des postes de dépenses qu'entraîne la venue du Ctp dans certaines imprimeries n'est pas sans conséquences pour le personnel. D'après plusieurs responsables d'imprimeries et divers enseignants d'édition, le système constitue une source de mise au chômage des personnels employés dans les laboratoires.
«La suppression d'un poste de dépense équivaut à celle d'un poste de travail dans une imprimerie ; ce qui fait que ceux qui ne pourront pas s'arrimer à la technologie connaîtront un destin difficile parce qu'on a quand même plus de quatre postes de travail qui sont supprimés avec la venue du Ctp», explique Yannick Akomo de l'imprimerie du centre d'art appliqué de Mbalmayo. Une situation qui, selon Thomas Nnanga entraîne des réactions de rejet à cette technologie qui pourtant fait les affaires des imprimeurs. «Dans les autoroutes de l'information et de la communication, soit on est dans le wagon, soit on est sur le trottoir. Quand quelqu'un a dépassé la cinquantaine, il n'a plus la tête à l'apprentissage ; du coup, l'arrivée de ce type de système ne peut pas être bien accueillie dans les entreprises, et des actes de sabotage sont perpétrés çà et là en signe de répulsion», explique Thomas Nnanga.
Aussi les retards accusés dans les délais de livraison sont-ils imputés à ces actes de sabotage, même si des nuances apportent un bémol à ce non-respect des délais. «Les délais de livraison ne sont pas tributaires de la capacité de production ou des actes de sabotage, mais des contraintes administratives et politiques qu'imposent les décideurs», soutient-on à l'imprimerie nationale.
Utilisation
A Sopecam et à l'imprimerie nationale, les personnels concernés par les postes de travail supprimés ont été pour la plupart redéployés dans d'autres services. Au-delà des problèmes de chômage, le système doit faire face aux contraintes climatiques locales à cause de la qualité des matériaux dont il impose l'usage. Le Ctp, selon des responsables de la Sopecam, oblige l'utilisation des plaques thermiques qui ne sont pas facile à conserver. Ce qui d'après les techniciens, est toute la différence du film dont la facilité de conservation et la durée permettent d'effectuer des travaux de réimpression sans difficulté. «Le Ctp n'est pas conseillé pour les travaux de perforation et de numérotation, parce qu'il occasionne d'énormes pertes de matériels au niveau des blanchets, alors qu'avec la typographie on a moins de gâchis», soutient le service de production de l'imprimerie nationale.
Du coup, les films restent utilisés en même temps que cette technologie. Malgré les avantages vantés part les uns et les autres, il reste la question de la maintenance de cet outil dont les consommables, de l'avis de Thomas Nnanga, ne courent pas les rues. «On a un problème de qualité et de quantité de ressources humaines pour ce qui est de cette technologie. Quand une panne survient, on est obligé d'aller chercher l'expertise sous d'autres cieux.» A Sopecam, l'on affirme que cette question connaît un début de solution avec la présence d'une équipe de techniciens aguerris. «Si on dit qu'on n'est pas prêts pour introduire une telle technologie sur le marché local, on ne le sera jamais.
Il vaut mieux subir les atermoiements du début, qu'on les corrige chemin faisant, et qu'on gère plus sereinement le système après. L'économie de marché n'attend pas que les gens soient prêts, elle crée le besoin et les gens s'arriment», tranche Thomas Nnanga.

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