Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Nécrologie - Thomas Patrick Eyoum'à Ntoh range sa plume

Cloué sur une chaise roulante depuis plus de quatre ans, et alors qu'il recouvrait la santé, il est décédé hier matin à l'Hôpital Cebec de Bonabéri.

La nouvelle est tombée hier autour de 11 heures. Elle s'est répandue dans les rédactions et à Douala, comme une trainée de poudre. Thomas Patrick Eyoum'à Ntoh est décédé à l'Hôpital Cebec de Bonabéri. L'hypertension artérielle qui le secouait depuis longtemps, a finalement eu le dessus sur lui. « Sa tension était à zéro lorsque nous sommes arrivés à l'hôpital, après lui avoir administré quatre perfusions, une sonde lui a été placée, c'est après cela que j'ai constaté qu'il ne se plaignait plus des douleurs. Je me suis approchée de lui, mais il ne bougeait plus. J'ai essayé de fermé ses yeux, ils ne se sont plus ouverts, et j'ai compris », raconte Françoise Eyoum, son épouse.

Les journalistes, proches, amis et connaissances ont assiégé son domicile non loin de la poste de Deido. On aurait dit que toute la presse s'y est déversée. Les confrères de tous les bords ont accouru pour venir s'informer et consoler les membres de la famille. A l'entrée, les pleurs se répandent. Dans la cour, ses enfants, les larmes aux yeux, orientent les visiteurs vers le salon. A l'intérieur, de nombreuses femmes entourent la veuve. Des groupes de femmes, et des visiteurs viennent et repartent. « Il est mort ce matin. Il est parti au moment où on s'y attendait le moins.

Il s'entraînait déjà à marcher. Il se tenait déjà debout pendant une quinzaine de minutes. Je n'ai pas lésiné sur les moyens, j'ai donné et essayé tout ce que je pouvais. Je me suis investie par amour, dans l'espoir qu'il allait guérir. Mais bon, Dieu l'a voulu ainsi », explique Françoise Eyoum, son épouse en sanglots. « Thomas », comme elle l'aimait à l'appeler, s'était rendu depuis près d'un mois après son accident cardiovasculaire survenu il y a maintenant quatre ans, chez des masseurs du côté de Bomono Gare.

Hommage

Informée par une de ses proches des prouesses de ces masseurs, son épouse décide de tenter l'aventure. Après quelques séances de massages à domiciles, son état s'améliorant peu à peu, elle décide finalement de se rapprocher des masseurs à Bomono Gare. Tout se passe pourtant bien jusqu'au soir du dimanche 05 septembre 2010. Elle est informée de ce que son mari se plaint des douleurs abdominales. Alors qu'elle se trouve à leur résidence à Douala, elle s'y rend de toute urgence. « Il avait du mal à me parler, c'est ainsi qu'on le transporte à l'hôpital où il décède quelques heures plus tard. Alors même qu'on s'apprêtait à stabiliser sa tension pour l'évacuer à l'hôpital Laquintinie pour intervention chirurgicale », poursuit son épouse.

Né le 29 juin 1958 à Douala, Thomas Patrick Eyoum'a Ntoh a eu un parcours élogieux dans la presse. Mais avant de parcourir en véritable globe trotter les salles de rédaction, c'est en France qu'il obtint son baccalauréat. Après un diplôme d'études générales (Deug), il entre à l'école de journalisme de Lille et en sort titulaire du parchemin sanctionnant sa réussite et la fin de formation. Débute alors une riche carrière qui le ramène au Cameroun en 1986. Au journal Le Messager notamment où il anime une chronique restée célèbre intitulée « De quoi je m'êle ».

Dans un style qui lui est propre, Eyoum abordait alors différentes questions de l'actualité politique, économique, sociale et culturelle du Cameroun. En 1992, avec quelques amis dont Jean-Baptiste Noubissi Ngankam, il lance le journal Dikalo. L'expérience tourne court et le revoici au Messager qu'il quitte en 2003. Entre temps, il propose ses chroniques au quotidien Mutations avant de devenir éditorialiste de La Nouvelle Expression. Exigeant comme il le reconnaît lui-même, Thomas Eyoum'a Ntoh quitte cette publication en 2005 pour mettre sur le marché "Respublica", un hebdomadaire d'informations générales pour lequel il effectue quelques reportages à l'étranger au cours de l'année 2006.

L'accident vasculaire cérébral dont il souffrait, fut l'étape la plus difficile pour cet homme toujours en activité depuis son retour au Cameroun en 1986. C'est avec beaucoup d'émotion qu'il a reçu, il y a trois ans, le prix spécial «Sixties» d'une valeur de 500.000 francs Cfa de l'association Médiations. Il disait alors être fier de voir la jeune génération de journalistes camerounais lui rendre hommage pour ses états de services dans la presse. Il rendait grâce à Dieu pour lui avoir permis de recommencer à se mouvoir plus ou moins seul après des mois de pénible charge à ses enfants (les plus grands) dont Cédric et Nicole. Il quitte la scène après 52 ans de combat.


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