Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Exploitation à ciel ouvert du basalte noir - La communauté rurale de Ngoundiane souffre de ses carrières

Son sous-sol abrite la seule ressource de basalte noir de la sous-région ouest africaine. Une ressource très prisée dans la construction de routes et autres édifices en dur. Mais cette richesse de son sous-sol apparaît aux yeux de la communauté rurale de Ngoundiane comme le pire des maux auxquels elle fait face au regard des dégâts engendrés tant au niveau de la santé que de l'environnement.

'J'ai maintenant l'habitude de parler très fort parce je pense que les gens à qui je parle, ne m'entendent pas. Une déformation que j'ai acquise ici à Diack où la majeure partie de la population souffre de surdité'. Ce cri de Modou Ngom, porte-parole de l'Association des jeunes du village de Diack, traduit le lourd tribut que les populations de la communauté rurale de Ngoundiane en général et des villages de Diack et Ngalène en particulier paient pour l'exploitation des ressources minières de leur sous-sol. Situé à une trentaine de kilomètres de Thiès avec ses vingt-deux villages où vivent quelque 40 000 âmes, Ngoundiane est l'une des communautés rurales du Sénégal à vocation minière. Son sous-sol abrite la seule ressource de basalte noir de la sous-région ouest africaine. Une ressource très prisée dans la construction de routes et autres édifices en dur. Ainsi s'explique la dizaine d'exploitations minières implantées dans la localité. Des exploitations à ciel ouvert, des carrières qui, presque toutes, fonctionnent à feu continu.

Toutefois et aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette richesse de son sous-sol apparaît aux yeux de la communauté rurale comme le pire des maux auxquels elle fait face au regard des dégâts engendrés par les exploitations tant au niveau de la santé que sur l'environnement. 'Il a été démontré par des études de l'université Cheikh Anta Diop que le taux de tuberculose sur l'axe Ngoundiane - Sew Khaye est l'un des plus élevés au Sénégal. Sans compter les autres affections respiratoires', révèle le président de la communauté rurale de Ngoundiane, Mbaye Dione. Pour dire, poursuit-il, qu'il est ainsi avéré que les effets des carrières en termes de pollution atmosphérique ont impacté de façon négative la santé des populations. A cette pollution atmosphérique vient s'ajouter celle sonore qui est consécutive à l'utilisation d'explosifs, dont les détonations se font entendre à des kilomètres à la ronde, sans compter les amas de nuages de poussière soulevés par l'explosion de la roche. De la poussière en surface qui est devenue le lot quotidien des villages environnants.

Les dégâts sur l'environnement sont aussi très importants. Des hectares de terres arables sont aujourd'hui perdus au détriment de cette population à majorité paysanne. Au-delà des cratères laissés ouverts par les exploitants après leur passage, des tonnes de gravats et autres déchets biologiquement non dégradables sont continuellement déversés dans la nature, rendant les terres impraticables et impropres à toute exploitation agricole. Le paysage autour des exploitations minières se résume à des montagnes de pierres entourées d'une végétation rabougrie, signe d'une dégradation avancée des sols et de l'écosystème.

Ainsi cette ressource minière, le basalte noir, dont la découverte avait sonné aux yeux des Ngoudianois comme une mine d'or noire, est-elle aujourd'hui perçue comme une calamité surgie des profondeurs de leurs terres. Et, à en croire Modou Ngom, cette vision que les populations ont de la ressource et de son exploitation, n'est autre que la conséquence du non respect manifeste du code minier quant à la protection de l'environnement, à la restauration des sites et à l'accompagnement social apte à atténuer les dégâts collatéraux de l'exploitation. Pour lui, le principe du 'pollueur-payeur' reconnu par l'Etat sénégalais et l'Uemoa pourrait, à la limite, être acceptable. 'Celui qui, pour des activités économiques, détruit l'environnement, doit aussi en retour contribuer à la restauration de l'équilibre du système écologique qu'il a rompu', dit-il.

Ce principe du 'pollueur-payeur' n'est cependant pas, si l'on en juge par les déclarations du président de la communauté rurale, respecté par les exploitants de carrières dans la zone de Ngoundiane. Selon lui, depuis l'installation de ces unités d'exploitations qui datent de 1977, aucune d'elles n'a reversé à la communauté les patentes et autres taxes d'exploitation, conformément aux textes en vigueur. 'Ces carrières n'ont jamais profité à la communauté rurale. Si elles n'ont pas le devoir de nous accompagner socialement, elles ont au moins l'obligation de nous payer nos patentes.

Un devoir qu'elles n'ont jamais respecté'. Mbaye Dione précise toutefois que, depuis 2010, trois d'entre elles, Gecamines, Sogecas et Sosecar, ont commencé à s'exécuter. Un début d'exécution qui s'est traduit par des rentrées de fonds de l'ordre de 30 millions de francs. Aussi explique-t-il la situation non pas par un refus des entreprises de payer, mais par une question de procédure dans l'enregistrement qui fait que la plupart paient directement à leur lieu d'enregistrement qui se trouve Dakar où sont implantés leurs sièges.

'Nous sommes en train de travailler avec les services des impôts et domaines pour corriger cet état de fait qui n'a que trop duré avec des conséquences énormes sur le développement de la communauté, assure Mbaye Dione. Car le reversement de ces taxes serait, à n'en point douter, de la valeur ajoutée pour l'économie de toute la communauté rurale, comme en atteste le fait que pour le recouvrement de la taxe locale, la barre des 75 millions a été atteinte cette année, contrairement aux années précédentes où la barre n'était qu'à 30 millions de francs'.

Et, poursuit-il, depuis 2010, les trois entreprises qui ont commencé à s'exécuter s'investissent aussi dans l'accompagnement social, en contribuant à la construction de routes pour désenclaver certains villages. Mais au-delà des routes, les populations attendent les exploitants sur le terrain de l'assistance sanitaire, en dotant le village de Diack qui abrite la presque totalité des carrières, d'un centre de santé pour prendre en charge les habitants victimes des effets collatéraux des exploitations.

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