Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Bibish Mumbu - « Le Cinquantenaire de la RDC me renvoie à son contraire »

Kinshasa — A travers sa pièce collective qu'elle va jouer au festival des Francophonies en Limousin, la dramaturge Marie-Louise Bibish Mumbu, évoque une jeunesse kinoise peu concernée par les célébrations du Cinquantenaire de la RDC, tant la survie au quotidien est une bataille plus difficile à remporter.

Le Cinquantième anniversaire de l'accession de la République démocratique du Congo à sa souveraineté, tel que célébré le 30 juin à travers l'étendue de la République, n'a pas cessé de susciter des réactions dans l'opinion tant nationale qu'internationale.

C'est le cas de cette dramaturge, Marie-Louise Bibish Mumbu pour qui, le Cinquantenaire de la RDC la laisse perplexe. Ou plutôt ça l'irrite. « Si tu me dis indépendance, ma première réaction est de le vivre comme une insulte ; ça me renvoie à son contraire », a-t-elle lâché à Jeune Afrique.

La jeune auteure de la République démocratique du Congo, Bibish Mumbu, présente pas moins de deux spectacles au festival des Francophonies en Limousin. L'occasion était indiquée pour Jeune Afrique de découvrir une dramaturge engagée, qui s'attache à décrire les heurts et malheurs de la jeunesse congolaise.

Elle n'est pas très compliquée « Bibish ». Elle rêve d'une vie bien à elle. Tout simplement. D'un foyer chaleureux, de deux beaux jumeaux à élever, d'un travail, d'un peu d'argent au fond de son porte-monnaie même si elle n'en a pas besoin.

Marie-Louise Bibish Mumbu, qui a rajouté Bibish en souvenir du surnom que son père lui avait donné, est une femme de caractère. Élevée au sein d'une modeste famille d'intellectuels (son père était fonctionnaire, sa mère institutrice), elle a grandi aux côtés des mots doux des livres qu'elle engloutit et des lettres tendres qu'elle adresse, enfant, tous les soirs à son père.

De petits billets qui accompagnent son carnet scolaire jusqu'à ce que la mort la prive du destinataire de ces messages quotidiens. À 18 ans, la jeune femme doit apprendre à se construire une vie sans lui.

« Après son décès, je n'avais plus goût à rien. J'étais un vrai zombi. Il m'a fallu visionner l'enregistrement des funérailles de mon père pour me vider de la tristesse que je contenais et revenir à la vie », raconte-t-elle.

Elle décide alors d'entreprendre des études de journalisme et devient correspondante pour Africultures en 1998. Elle couvre l'actualité théâtrale de la capitale congolaise pour la revue culturelle basée en France.

Un métier qui l'amène à croiser son compatriote chorégraphe Faustin Linyekula. Ce dernier a lu l'un de ses articles qui condamne la danse contemporaine, une forme d'expression qu'elle estime alors hermétique et étrangère à la culture congolaise.

Piqué au vif, Linyekula n'en est pas moins curieux de la rencontrer. Pour la convaincre de son erreur ?

« Sans doute y avait-il de cela. Mais lorsque Faustin a lu mon article, il s'est dit qu'il fallait qu'il revienne à Kin [Kinsasha, NDLR] pour être plus proche des siens, pour faire découvrir ce qu'est la danse contemporaine aux Congolais », a déclaré Bibish Mimbu.

Comble de l'ironie, Faustin Linyekula demande à Marie-Louise d'être l'administratrice de sa compagnie. De 2001 à 2003, elle découvre une nouvelle discipline : « Ce fut une véritable ouverture. Mais l'écriture, le contact avec les mots me manquaient », a-t-elle raconté.

Encouragée par le directeur du Centre culturel français, la jeune femme s'inscrit à un atelier d'écriture dramatique. Après quelques hésitations, elle fonce : « Ça n'a pas été évident.

J'étais jeune, j'étais une femme et en plus j'étais une journaliste de théâtre qui voulait s'asseoir à la même table que les dramaturges, des professionnels dont j'avais critiqué les spectacles, pour apprendre leur métier ! ».

Posée mais décidée, « Bibish » ne lâche rien. Et signe son premier texte, « Mes obsessions, j'y pense et puis je crie ! », qui sera joué à Kinshasa.

Faustin Linyekula découvre une nouvelle facette de celle qui est devenue son amie et lui propose, en 2005, de monter avec elle « Le Festival des mensonges », un spectacle d'art vivant qui mêle danse et théâtre sur des discours des personnalités politiques qui ont marqué de leur empreinte l'histoire de la République démocratique du Congo, du roi des Belges à Kabila père. Des textes confrontés à ceux que la jeune auteure écrit sur le quotidien congolais.

C'est à partir de cette vie de tous les jours qu'elle a écrit « Samantha à Kinshasa », une pièce théâtrale mise en scène par Catherine Boskowitz. Et qui sera jouée du 30 septembre au 2 octobre 2010 à Limoges dans le cadre du festival des Francophonies en Limousin.

Cadre où elle a présenté, avec son ami Papy Mbwiti, la pièce « Et si on te disait indépendant? Nos 50 bonnes raisons d'espérer », les 25 et 26 septembre 2010. A travers leur pièce, ces dramaturges évoquent une jeunesse kinoise peu concernée par les célébrations du cinquantième anniversaire de l'indépendance du pays, tant la survie au quotidien est une bataille plus difficile à remporter.

Une répétition de « Et si on te disait indépendant ? Nos 50 bonnes raisons d'espérer » (de Marie-Louise Bibish Mumbu et Papy Mbwiti).

Aujourd'hui, Marie-Louise et Papy s'interrogent : « Quels sont nos motifs de fierté ? » L'histoire de la République démocratique du Congo n'est guère (ou mal) enseignée. « À part sa statue, je ne connais rien de Lumumba», reconnaît une jeune Kinoise dans une vidéo projetée sur scène.

Et de poursuivre : « Pour le Congo, l'indépendance, ce n'est pas quelque chose que je sens. Ce pays se comporte comme un enfant qui réclame son indépendance à la maison. Quand il quitte la maison, il revient ensuite vers ses parents pour demander de l'aide ».

Et Papy Mbwiti de dresser la longue liste des produits importés (la farine du Zimbabwe, les pastilles Vicks chinoises, l'huile de palme bolivienne ), des minerais exportés qui enrichissent les pays du Nord, des forces armées étrangères (notamment la Monusco) présentes sur le sol congolais ( ) Alors comment trouver « 50 bonnes raisons d'espérer » ?

Parce qu'ils n'ont pas baissé les bras, parce que la vie est parfois plus forte que tout, les deux auteurs ont choisi de miser sur la nouvelle génération, sur cette jeunesse qui refuse de s'assigner comme horizon le passé des indépendances des années 1960, mais qui regardent vers l'avenir.

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