Lorsqu'on parle de sous-développement de l'Afrique, l'on a tendance à mettre en avant le retard économique. Aussi, se démène-t-on de rattraper ce retard en injectant des sommes colossales dans des investissements économiques.
On entend des hommes politiques expérimentés affirmer avec foi que seul l'aide financière des pays riches peut nous sortir du bourbier. D'aucuns ont cru mordicus qu'un technocrate, un économiste à la tête d'un Etat suffirait pour nous sortir du sous-développement. Toutes ces approches ont été tentées. Les pays africains ont bénéficié de mille et une manières de l'aide extérieure. En outre, ils ont souvent porté au fauteuil présidentiel des économistes ou applaudi la nomination de technocrate comme premier ministre avec l'espoir de rompre avec le retard économique. Cinquante années après l'indépendance, l'Afrique est restée la même : pauvre et surtout misérable. Ce n'est pourtant des programmes économiques hardis qui ont manqué. Ce n'est pas l'aide extérieure non plus qui a le plus manqué à nos états. Des économistes chefs d'Etat ou de gouvernement, l'Afrique en a connus.
En Côte d'Ivoire par exemple, de 1993 en 1999, un économiste a dirigé le pays sans grand succès ; bien au contraire, il a dilapidé les ressources financières dans des constructions mégalomaniaques dans son village. Bien avant, pendant trois ans à partir de 1990, ce pays a espéré que son premier ministre, un fonctionnaire international connu dans la haute finance mondiale, allait grâce à son expérience réussir un miracle. Là aussi, nous avons assisté à des mesures brutales inspirées par un Plan d'Ajustement Structurel du FMI. Conséquence : des Ivoiriens ont été jetés dans la rue, sacrifiés sur l'autel d'un premier ministre sourd.
Aujourd'hui encore, à la veille de l'élection présidentielle, des responsables politiques continuent de faire croire aux populations qu'il faut pour leur salut élire un président économiste de formation, un habitué des labyrinthes du monde des finances, un technocrate au carnet d'adresses charnu. Une telle analyse ne manque pas de logique mais elle est non seulement partisane mais superficielle. Pour les pays africains et du tiers-monde, le combat pour le développement, dans leur position actuelle, est perdu d'avance. Un pays qui n'est pas véritablement indépendant n'a aucune chance de se développer. Quand nous parlons d'indépendance nous ne parlons pas de cette indépendance factice qui nous a été octroyée dans les années 60 pour laquelle nous fêtons le cinquantenaire cette année. Tous les analystes le disent : l'Afrique et surtout l'Afrique noire n'est pas indépendante. Ni politiquement ni culturellement ni économiquement. Un pays ne peut s'enorgueillir d'être indépendant quand sa politique intérieure et extérieure est contrôlée depuis l'hexagone. Un peuple n'a pas encore atteint le seuil de la liberté quand on lui impose depuis l'occident un chef d'Etat. Une nation n'est pas libre quand elle ne peut gérer ses ressources économiques en toute liberté, quand elle ne peut signer des partenariats économiques avec qui elle veut.
Aujourd'hui, des chefs d'Etat se vantent d'être des pions de la Françafrique sur le continent. Le 14 juillet dernier, l'intelligentsia africaine a été effarée par la célérité avec laquelle les chefs d'Etat africains ont répondu à l'invitation de Sarkozy à aller commémorer le cinquantenaire aux Champs Élysées. Des troupes ont été même convoyées comme au temps de la traite négrière pour aller défiler sous le regard comblé de l'empereur Sarko. Peut-on parler de liberté quand on ne peut dire NON à l'ancien colonisateur ? Peut-on parler de liberté quand on est incapable d'un minimum de dignité ? Le Gabon de Bongo malgré son amitié servile avec la France, malgré les services mafieux qu'il a rendus à la Françafrique, malgré la richesse de son sous-sol est resté un pays pauvre.
Notre position est la suivante. La plupart des pays du tiers-monde souffrent de leur liberté confisquée et de leur dignité piétinée et non d'un déficit en ressources humaines formées aux techniques de l'économie. Certes, la puissance économique fait avancer un pays, mais la puissance économique ne se conquiert et ne s'acquiert que lorsqu'on est en pleine possession de sa liberté pleine et entière. Ce qui handicape nos états, c'est le manque criard du sens de l'honneur de ses dirigeants. Sans un brin de dignité le combat du développement est perdu d'avance. Les économistes élus chefs d'Etat ne manquent pas en Afrique en particulier et dans le tiers-monde en général. Malgré tous leurs diplômes, malgré la richesse étourdissante de leur carnet d'adresses, ils n'ont pas réussi à donner une véritable impulsion à leur pays. Ils ont échoué car ils ont travaillé dans un pays qui n'est pas en possession de sa pleine et totale liberté. Aucun pays au monde, placé sous le diktat d'un autre pays, plus puissant, ne s'est développé. Tous les pays qui ont réussi à sortir du cercle infernal de la pauvreté se sont d'abord battus pour leur liberté et leur dignité. On cite à l'envie le Japon, la Corée et la Chine mais n'oublions pas que ces pays ont au préalable combattu pour disposer de leur dignité.
Ce combat n'est pas seulement militaire ou économique, il est aussi culturel. Qui ne sait pas que ces pays sont restés attachés à leurs valeurs culturelles, à leurs repères ancestraux ? Ils ont emprunté la voie de la modernité sans trahir leur authenticité, qui est le soubassement de leur progrès. Le combat pour le développement doit être précédé par le combat pour la dignité. C'est dans ce sens par exemple que le budget sécurisé initié par la refondation a versé au coeur des Ivoiriens une légitime fierté. La politique de la main tendue ne fait que nous ôter le peu de dignité qui nous reste. Il est vrai que pour le moment nous sommes encore dépendants de l'aide extérieure. Mais nous devons nous battre pour nous affranchir de ce piège, car comme l'a si bien dit Laurent Gbagbo, c'est la main qui donne qui décide. Dambisa Moyo, une économiste iconoclaste d'origine zambienne dans son livre L'Aide Fatale avait démontré que l'aide au développement que les pays riches donnaient aux Africains participaient à les maintenir dans la pauvreté. Car l'aide publique vise à infantiliser et à ôter aux bénéficiaires tout sens de responsabilité. Mais pour s'affranchir de cette aide, nous devons d'abord nous prendre en charge. Or cette prise en charge n'est possible que dans un contexte d'indépendance totale. C'est pour cette raison que nous pensons que le combat prioritaire des pays pauvres c'est le combat de la liberté et de la dignité.
Tout au long de la crise ivoirienne, combien de fois n'avons-nous pas entendu le RHDP demander à la communauté internationale de mettre la Côte d'Ivoire sous mandat onusien ? Qui ne sait qu'Ado n'agit qu'après avoir pris des instructions à l'Elysée ? Peut-on confier le pays à ces hommes sans honneur et qui ne croient pas en la capacité de l'Afrique de se prendre en charge ? Ce n'est pas des économistes qui manquent à l'Afrique mais ce sont des hommes assoiffés d'honneur et de dignité. Nous avons plus besoin de dirigeants qui croient en nous que de dirigeants afro-pessimistes. Nous avons besoin davantage d'hommes attachés à leur terre, capables de mourir pour elle que d'aventuriers mythomanes.
C'est pour cette raison qu'il faut pour un pays comme le nôtre, voter, pendant l'élection présidentielle, pour la dignité. Seul un homme qui a un sens élevé de la nation et de l'honneur peut conduire à bon port le bateau ivoire. Et Laurent Gbagbo est cet homme. Malgré l'orage des critiques de l'opposition, il est le seul qui éprouve cette démangeaison de sortir la Côte d'Ivoire des griffes des prédateurs occidentaux. La bataille sera difficile, mais il faut persévérer. "Au plus bas de la fosse. C'est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l'air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s'imposent à nous le pied qui s'arc-boute, le muscle qui s'étend, les dents qui se serrent " (In La Tragédie du Roi Christophe, Aimé Césaire, P. 59). Nous allons aller bientôt voter, votons utile, votons pour notre honneur, pour notre dignité n
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