Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Brigitte Esatsha Bondjembo - « Le métier de couturière n'est pas menacé par le prêt-à-porter »

Kinshasa — L'habillement de la Congolaise est toujours au centre des débats. La mode prêt-à-porter est battue en brèche par ceux qui veulent voir la femme congolaise habillée exclusivement en pagne.

Diplômée en couture, Brigitte Esatsha est de ceux qui ne pensent pas que cette profession soit en danger. Ci-dessous, elle parle de la profession de couturière qu'elle exerce depuis des années. Elle tient un atelier de couture en plein centre-ville de Kinshasa.

Pour Brigitte Esatsha, il n'y avait pas d'autres possibilités de métier à part la couture. En effet, comme toutes les petites filles, elle est attirée par la couture et les petits raccommodages sur des bouts de tissus.

Mais son habileté pour un si jeune âge est un don que ses parents ont décidé d'accompagner. Ils lui offrent une machine à coudre manuelle lorsqu'elle atteint ses 11 ans. « J'ai alors commencé, d'une certaine façon, la couture professionnelle et j'étais aidée par un aîné qui m'a appris à utiliser une machine à coudre ».

La voie était toute tracée pour elle au secondaire et au cours des vacances scolaires. « J'appliquais ma formation et me perfectionnais dans les ateliers de couture du quartier ».

Brigitte Esatsha a fait du chemin depuis l'époque de sa machine à coudre manuelle. Aujourd'hui, elle tient son atelier avec des employés et une clientèle variée dans une galerie de la commune de la Gombe.

Elle exprime son talent avec patience, amour et accueille chaleureusement ses clients. Des qualités qu'elle pense indispensables à une couturière.

Tous les jours, elle se consacre à cette activité qui la met en contact avec différentes nationalités qui recherchent un modèle à l'africaine. « Il n'y a pas que les Congolaises qui s'habillent en pagne », fait-elle savoir. Attentive, elle écoute et exécute son travail selon le goût des clients.

Ses premiers modèles sont surtout issus d'un travail de création. Elle révèle que la tendance actuelle n'est plus à la confection des modèles sur catalogues mais plutôt à des oeuvres de création.

Beaucoup de clients visitent son atelier qui s'inspirent d'un modèle et avec la couturière, ils imaginent un nouveau modèle. « Aujourd'hui, encore, je dors avec un cahier et un crayon sur ma table de chevet pour dessiner les modèles qui me viennent même dans les rêves », signale-t-elle.

Le métier de couturière n'est pas menacé par le prêt-à-porter. Bien au contraire, les deux modes ont toujours vécu en parfaite intelligence. Brigitte comprend la tendance. « Avec le pouvoir d'achat actuel, il est plus simple de s'habiller dans un magasin alors qu'on meurt d'envie de s'habiller avec un modèle en pagne », fait-elle observer.

Selon Mme Bondjembo, les clients, qui le veulent, trouvent toujours le moyen de se faire un ensemble chez la couturière. L'air malicieux, elle est d'avis qu'« une femme en pagne ne coûte-t-elle pas plus cher qu'une femme en body !».

Dans son atelier de Gombe, les tarifs sont différents et un peu plus cher. Une situation attribuée aux loyers élevés. Mais pour Brigitte, cette profession est une vraie passion. « Je n'ai jamais mis l'argent en avant plan. Je tiens d'abord à exercer ma passion ».

Confectionner un vêtement constitue un tout. Depuis la coupe, jusqu'à l'essayage. Mais l'essentiel, c'est de réussir sa coupe pour réussir la confection. C'est une chose que tout professionnel sait.

Dans son atelier règne une atmosphère de concentration, avec ses trois collaboratrices. Car surviennent beaucoup d'accidents. « Il y a des manipulations qui peuvent mal tourner : on se blesse, se brûle ; on peut parfois gâcher un modèle avec un tissu qui déteint. Il faut alors réparer le préjudice ». Mais elle avoue que cela n'arrive pas tout le temps.

Quant aux hommes qui évoluent dans la couture, elle pense qu'ils ne sont pas meilleurs que les femmes. « Il faut abandonner cette idée reçue. Le talent dans cette profession n'est pas l'apanage d'un genre », fait-elle valoir. Pour elle, son passage en formation chez Okasol, le couturier, constitue un bon exemple de sérieux dans le travail et de créativité.

« Il est renommé. Et beaucoup de femmes et d'hommes talentueux qui sont passés en formation dans son atelier, mais ils ne restent pas longtemps », confie-t-elle. Avant d'ajouter : « Les femmes tout comme les hommes sont souvent pressés ou se font des idées sur le travail ».

A cette catégorie de personnes, Mme Bondjembo conseille de prendre le temps d'apprendre et d'avoir de la patience, car « pour réussir dans ce métier, il faut l'aimer comme on peut aimer une femme ou un homme. Sinon, on ne peut réussir à faire du bon travail ».

Pour réussir et garder de la crédibilité, elle s'impose des règles telles de ne pas ramener des vêtements à confectionner à la maison, mais de les garder à l'atelier, la confection ayant été achevée ou non.

Elle s'organise pour faire la coupe le matin et consacrer le reste de sa journée à la couture. Les imprévus en matière de livraison ne manquent pas mais l'essentiel, c'est de s'efforcer de respecter les délais.

Beaucoup de personnes sont passées dans mon atelier pour un stage et c'est toujours payant. « Il ne faut pas toujours encourager la gratuité dans l'apprentissage des métiers. Cela dénature la valeur du travail », soutient Brigitte Esatsha.

Qui relève que peu de gens ayant bénéficié d'une formation gratuite, se donnent à fond. Et le fait de ne pas payer pour une formation, n'aide pas les jeunes, fait-t-elle remarquer.

Le seul obstacle pour une personne douée dans la confection serait l'analphabétisme. Ce fléau pourrait constituer un handicap au moment de couper un modèle dans le tissu à cause des calculs à faire.

Le plus important à retenir est la cohabitation qui intervient dans la formation, explique-t-elle, notant que, dans cette situation, il faut apprendre à gérer les caractères pour évoluer. Il ne faut plus éduquer mais accompagner les apprenants, renchérit-elle.

Au sujet de ce phénomène de violence urbaine entre gangs (Kuluna), Brigitte Esatsha insiste sur le fait que la force de l'Etat doit prévaloir. Il ne peut donc pas s'avouer vaincu face à ces bandits qu'il peut neutraliser.

Elle est convaincue que beaucoup d'entre eux pourraient s'en sortir avec un encadrement approprié. « Les faire participer à des programmes de réinsertion dans des centres de formation et pour ceux qui sont de vrais criminels, la prison ne peut être que la seule solution.

En fait, il faut que les pouvoirs publics soient en mesure d'encadrer et de punir les auteurs de violences. Cela aurait un effet dissuasif », estime Brigitte Esatsha.

Mme Brigitte Bondjembo, née Esatsha, mère de trois enfants, a décidé de ralentir le rythme de son travail depuis ses maternités. Elle a réduit le nombre de ses employés de 7 à 3. Elle compte néanmoins reprendre son rythme normal dans peu de temps. A part son atelier de l'avenue du Plateau, au n° B.6 de l'immeuble INSS, elle veut lutter contre l'analphabétisme en créant un centre de formation qui sera jumelée aux activités de couture.

Elle a aussi l'ambition de se perfectionner en Afrique de l'Ouest avec d'autres créateurs. Son souhait est que chacun dans la vie suive sa voie sans marcher sur les pas d'un soi-disant modèle. C'est ce qu'elle pense faire avec ses garçons tout en les accompagnant sur la bonne voie.

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