Emploi productif, travail décent, protection sociale, logement de qualité seront les clés de la prochaine campagne électorale, sur lesquelles le président sortant présentera un bien maigre bilan.
Le social, plaie béante du Renouveau ?
Tout se met progressivement en place en vue du lancement du sprint final devant conduire à l'élection présidentielle, prévue en octobre de cette année et pour laquelle nous vous proposons, depuis quatre mois maintenant, une série mensuelle.
Avec l'adoption par l'Assemblée nationale, à l'issue d'une session extraordinaire que beaucoup attendaient, de deux lois relatives à l'harmonisation de l'organisation des futures élections et au rôle finalement dévolu à Elecam, avec le dernier conclave organisé par cette dernière structure pour évaluer son propre chemin et baliser les dernières actions avant la phase finale, avec les premières actions du Conseil national de la communication en vue de l'encadrement médiatique des prochaines scrutins, avec le congrès annoncé du parti au pouvoir qui devra officialiser la candidature de son champion, avec le cercle des candidats qui n'a cessé de s'agrandir depuis la présentation des 13, en février dernier, il ne reste plus que la convocation officielle du corps électoral, qui arrivera dans les délais (re)précisés par l'une des lois adoptées il y a une dizaine de jours.
Mais il ne fait point de doute que, dans l'hypothèse - non encore garantie - d'une forte mobilisation citoyenne et de la transparence du processus électoral, le prochain président de la République sera celui qui aura convaincu dans son programme politique en matière sociale, c'est-à-dire dans ce qui touche les Camerounais au quotidien. C'est sans doute ce qui explique que nous ayons commencé cette série de dossiers strictement thématiques par le social.
Le 05 octobre 2005 à Monatélé, capitale départementale de la Lékié, dans ce qui était encore la province du Centre, Paul Biya, président de la République et candidat à sa propre succession, indiquait dans l'une de ses rares sorties de campagne électorale, l'importance qu'il accordait aux dossiers sociaux: «Nous allons faire en sorte que ce nouvel élan serve ce qui demeure notre priorité : le progrès social.
Il faut admettre que les retombées de la croissance ont été inégalement reparties. Trop nombreux sont nos compatriotes qui sont restés sur le bord de la route de l'amélioration de la situation économique .
Je connais les soucis des Pme-Pmi dont les créances restent impayées, je connais les difficultés de la Caisse d'épargne postale, les inquiétudes des salariés lorsque les traitements ne sont pas payés à temps, la désespérance des retraités aux maigres ressources, les déceptions de certaines catégories comme les enseignants. A tous ceux-là, je dis : ne désespérez pas, les choses vont changer.»
Chacun jugera, bientôt sept ans, quelle aura été la nature du changement, en bien ou en pire. Mais les plus perspicaces auront bien remarqué que la croissance économique soutenue, à laquelle les femmes et les hommes pauvres auraient dû être directement associés, tant parce qu'ils y contribuent que parce qu'ils en profitent, et qui est une condition essentielle de la réduction de la pauvreté, n'a toujours pas atteint les ménages.
Le nombre de Camerounais abandonnés sur «la route de l'amélioration de la situation économique» s'est plutôt agrandi entre la dernière campagne pour l'élection présidentielle et cette année 2011.
Doit-on rappeler ces éléments de généralités sur l'économie et les politiques de ceux qui nous gouvernent ? Les crises, périodiques ou structurelles, mettent en évidence la vulnérabilité des individus et des familles pauvres et la fragilité de leurs emplois et de leurs moyens de subsistance.
Il n'y a qu'à voir, dans le cas du Cameroun, les défis permanents que posent l'évolution de la population (dont les éléments officiels des résultats du recensement général de la population n'ont rassuré personne), l'instabilité des prix ou encore l'insécurité alimentaire pour ressentir la nécessité, pour les pouvoirs publics, de prendre des mesures plus appropriées pour remédier aux difficultés auxquelles se heurtent concrètement les femmes et les hommes pauvres, et leur permettre ainsi de tirer parti des possibilités qui s'offrent à eux.
Protection sociale
Deux leviers, annoncés pourtant, auraient dû être utilisés pour résoudre progressivement ces problèmes. D'abord, l'emploi productif et le travail décent. Ce sont les principales voies de sortie de la pauvreté.
L'existence de marchés du travail fonctionnant bien, mais aussi de conditions propices à la création d'entreprises à l'échelon local, est essentielle pour accroître les possibilités d'emploi des pauvres.
Des politiques qui prennent en considération et visent à améliorer la situation existant dans le secteur informel de l'économie, où la plupart des femmes et des hommes pauvres gagnent leur vie, sont indispensables pour faire reculer la pauvreté.
Le renforcement de l'employabilité des pauvres, en particulier des femmes et des jeunes, permettra de libérer les capacités qu'ils possèdent de contribuer à la croissance.
Ensuite, la protection sociale, qui est supposée avoir pour effet de réduire directement la pauvreté et aider à rendre la croissance plus favorable aux pauvres. «Elle encourage, selon un rapport du comité d'aide au développement (Cad) de l'Organisation de coopération et de développement économique (Ocde), daté de mai 2009, les femmes et les hommes pauvres à contribuer à la croissance économique, permet d'apporter une assistance aux plus démunis et aux plus vulnérables en période de récession, et concourt à préserver la cohésion sociale et la stabilité.
Elle aide à renforcer le capital humain, à maîtriser les risques, à promouvoir l'investissement et l'entrepreneuriat et à accroître les taux d'activité. Les dispositifs de protection sociale peuvent être d'un coût abordable, même pour les pays les plus pauvres, et ils offrent un bon rapport coût-résultats. Les mesures prises dans ces deux domaines se renforcent mutuellement et favorisent l'instauration d'une croissance pro-pauvres.»
Comment cela s'est-il manifesté dans notre pays, ces dernières années ? Quelques tableaux sont présentés dans la double page suivante, avec des éléments plus concrets. Mais personne ne sera surpris de l'état de déliquescence générale du tissu social, à mille lieues de ce que promettait le chef de l'Etat dans son discours de campagne cité plus haut, et qu'il allait répéter deux jours plus tard à Maroua, sa dernière sortie électorale.
Tant au plan de la santé publique que de la sécurité sociale, de l'emploi ou du logement, le Cameroun a encore reculé. Et la formule magique du recrutement spécial de 25.000 salariés dans la Fonction publique, arrivée en fin de mandat et sur laquelle nous revenons aussi abondamment, attend toujours d'être évaluée.
Recrutements massifs
Le cas du chômage des jeunes, bombe sociale à retardement qui fait perdre le sommeil même aux dirigeants des pays réputés les plus développés de la planète, est encore plus préoccupant.
L'actualité récente en Tunisie ou encore en Egypte, où des pouvoirs réputés solides sont tombés comme des châteaux de cartes, montre à suffisance les dangers que représente cette frange désespérée de la population. Le plein-emploi relève désormais de l'utopie, en cette ère globalisante où la moindre secousse sociale a des répercussions à mille lieues.
Selon les résultats de la troisième enquête camerounaise sur les ménages (ECAM III) réalisée en 2007, le Cameroun enregistre un taux de chômage de 14 à 15% sur une population active estimée à plus de 6 millions d'habitants. Le taux de sous-emploi, lui, est situé à plus de 70% pendant que le secteur informel absorbe plus de 90% des actifs occupés.
On se gardera bien de commenter ces données, l'engouement suscité par le recrutement de 25.000 jeunes dans la Fonction publique ayant donné une idée de l'ampleur du phénomène. Les pouvoirs publics pointent la crise économique, l'arrêt des recrutements mais aussi la fermeture d'entreprises publiques.
Mais les aléas de la conjoncture internationale ne sauraient tout expliquer. En interne, les politiques pour la promotion de l'emploi ont un petit air de placebo. Et le premier malentendu se trouve au niveau de l'organisation du gouvernement en la matière. Deux départements ministériels pour un même secteur : l'Emploi et la Formation professionnelle (Minefop) ; le Travail et la Sécurité sociale (Mintss).
A côté d'eux, l'on retrouve celui de la Jeunesse (Minjeun). Pour travailler, il faut généralement être jeune, avoir été formé, avoir cherché un emploi avant de prétendre à la sécurité sociale.
On le voit, ces secteurs se recoupent et se complètent. Conséquemment, cette démultiplication de pôles de décision entraîne chevauchements de compétences, luttes d'influence, dispersion des énergies et des moyens. En attendant les prochains discours de campagne, on n'est pas sorti de l'auberge.
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