De longues fumées noires s'élevant sur des rues désertes, c'est l'image que la capitale sénégalaise a offerte hier soir, après une journée de bagarre à mort. Le président Wade s'est frotté au peuple sénégalais, s'y est piqué et a reculé.
Il aura fallu que le pays saigne et brûle pour que le président Wade ravale son projet de loi. Si on devait résumer ce qui s'est passé hier au centre ville, on dirait simplement : 'Devant l'Assemblée nationale, le peuple a tordu le bras à ses mandataires'.
Très tôt le matin, ils ont pris d'assaut les grilles de l'hémicycle, l'on se demande si ces jeunes, hommes et femmes ont dormi de la nuit. La mobilisation des grands jours, le Sénégal des grands moments.
Qu'est-ce qui pouvait arrêter cette détermination tentaculaire qui s'est étalée sur tous les visages ? Le 'Y'en a marre', comme soupir collectif, a été nationalement poussé. Alors que les députés s'installent peu à peu dans l'hémicycle, la foule donnait déjà le ton, en applaudissant les députés de l'opposition et en huant ceux du régime. Ces derniers ont été obligés de passer par la petite porte de l'Assemblée nationale sous escorte policière.
La tension monte avec l'arrivée de ce contingent d'étudiants à 9 h 45 mn brandissant leurs cartes d'étudiants. Ils ont scandé : 'Boulko lal, boulko djégué', ne la touche pas, ne l'approche pas, faisant référence à la Constitution du pays.
La file est longue, toutes les artères qui desservent Sandaga vomissent du monde. Tous les rancards mènent devant les grilles de l'Assemblée nationale. 'Nous y sommes et si c'est nécessaire, nous y resterons', lance Abdoulaye Diallo, étudiant à la Faculté de lettres de l'Ucad.
10 h 15 mn. Alors que les premiers rayons du soleil s'imposent de plus en plus sur ces nuages qui semblent jouer les prolongations de la nuit, la foule pique une folie. Des jets de pierres envoyés aux forces de l'ordre qui répliquent spontanément, et bonjour les dégâts.
Cela part dans tous les sens. Les artères qui mènent vers Sandaga, l'Avenue Roosevelt et l'hôpital Principal ingurgitent d'un trait ces passants des heures précédentes. La fumée des grenades lacrymogènes encense l'air devenu subitement pimenté. Des gens s'écroulent dans la foulée, mais ils se relèvent très vite pour continuer leur course. Poussée à des distances éloignées, la foule a toujours profité du retrait des forces de l'ordre pour regagner du terrain.
Le même rituel aura sévi presque toute la journée d'hier. Des insolites, dieu sait qu'il y en a eu lors de cette manifestation. C'est l'image de ce cercueil représentant celui du président Wade, brandi par ces jeunes criant : 'Le vieux est mort, enterrons-le'.
17 h 58, le ministre de la Justice annonce le retrait du projet de loi. Mis au parfum, la foule du dehors, devient folle. Elle a crié, elle a pleuré Elle s'est dispersée. Direction, le commissariat central pour réclamer la libération des 'frères d'arme' cueillis au front.
Ailleurs dans le ciel, de longues fumées noires continuent de distiller l'odeur de brûlé dans la capitale sénégalaise. Le soleil se couche et Dakar décline sous un décor d'apocalypse.
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