Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Changement des horaires de prières - L'autre projet retoqué par le peuple

Quand les populations se sont soulevées au mois de juin, à Dakar notamment, pour exprimer un non cinglant à une nième révision constitutionnelle -celle de trop-, les adversaires les plus acharnés du pouvoir libéral pensaient que le « printemps africain » allait enfin souffler sur notre pays. A l'occasion, le peuple sénégalais a donné une mise en garde sévère, et on pourrait dire très sévère aux gouvernants, pour après retourner tranquillement à son train-train quotidien. N'en déplaisent à ceux qui rêvent encore d'une révolution qui pourrait leur offrir le pouvoir sans trop coup férir.

Ce mois de juin 2011 a coïncidé avec le mois de Rajab du calendrier hégirien de l'Islam, mois au cours duquel les cinq prières canoniques avaient été instituées. Prétexte tout trouvé par certains 'ulémas pour opérer une autre révolution bien louable dont avait besoin la société sénégalaise dans la pratique de ses prières : il ne s'agissait que d'appliquer « ce qu'il est descendu d'Allah et de son Prophète bien aimé » (Coran 5/104) par des horaires plus conformes avec l'orthodoxie religieuse.

Une coutume tenace a institué à Dakar des heures de prières dont les sources ou les auteurs de la fixation restent un profond mystère. Une omerta semble entourer leur édition hebdomadaire qui se traduit par une production de petits papiers distribués dans toutes les mosquées et que certains attendent avec une réelle ferveur. Il importe de savoir que les prières canoniques se tiennent à des moments déterminés donc sur des plages horaires et non à des heures déterminées.

Ces horaires sortis de nulle part ont le défaut de fixer les heures de prières avec un retard certain sur le début des moments arrêtés par le Coran et la Sunna pour leur acquittement. Ces écarts peuvent dépasser une heure de tour d'horloge pour la prière de « midi » dite « tisbar » arbitrairement fixé à 14h15. Au solstice d'hiver, quand le soleil qui détermine par sa position les moments de prières est au plus bas au sud et la période diurne la plus courte dans l'année, cet écart peut atteindre 80 mn par rapport au moment de transit du soleil dit « zawwal » soit 12h55 pour le début du moment d'exécution de cette prière.

Si la prière du milieu de l'après-midi dite « takussaane » est fixée dans son moment avec 15 à 30 mn d'écart sans aller au-delà de son moment d'élection, celle du coucher du soleil dite « timis » dont le moment d'élection est très court (environ 7 mn) est systématiquement acquittée en dehors de cette plage d'élection dite « moukhtaar ». L'heure de « guééwé » est fixée arbitrairement une heure après « timis » ce qui ne correspond pas avec le moment de son acquittement sensé intervenir quand toute lueur du jour a complètement disparu du ciel (bien plus de 60 mn après le coucher du soleil).

Ces horaires ne savent pas distinguer la prière canonique de « soubh » de celle surérogatoire de « fajr ». Comme pour l'heure de « timis », l'heure de « soubh » est arbitrairement fixée une heure avant le lever du soleil. L'heure de « fajr » décrite comme le moment où l'on peut « distinguer le fil blanc du jour du fil noir de la nuit » n'est pas aisée à observer : du fait de l'éclairage public en environnement urbain, la lueur déchirant la nuit et qui indique ce moment est difficile à déterminer. De surcroit, l'heure de lever du soleil supposée ne correspond pas toujours avec l'heure réelle notée sur le bulletin météo ou par une observation visuelle.

La conséquence fâcheuse de cette confusion entre « fajr » et « soubh » entraine un respect peu scrupuleux de temps de jeûne du Ramadan sensé être compris entre « fajr » et le coucher du soleil. Un célèbre oustaaze très couru dans le champs médiatique et dans les conférences religieuses a l'habitude de dire que les sénégalais ne font pas le « kheud », ils prennent le petit déjeuner.

Pour l'ensemble des remarques mentionnées ci-dessus, le projet initié par ce groupe de 'ulémas est donc largement justifié et son objectif "revisiter les heures des prières selon les enseignements du Prophète de l'Islam et bâtir un consensus sur les modalités de s'organiser pour donner une image encore plus unie de l'Islam au Sénégal" absolument louable. Comme pour le fameux projet de ticket présidentiel, les changements proposés auraient dû passer comme lettre à la poste.

Or, il n'en fut rien : l'affaire a rencontré une résistance inattendue au regard de la stricte orthodoxie religieuse. Seulement là, le Noble Coran l'avait prédit.

5:104] Hamidullah

Et quand on leur dit: «Venez vers ce qu'Allah a fait descendre (la Révélation), et vers le Messager», ils disent: «Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres.» Quoi! Même si leurs ancêtres ne savaient rien et n'étaient pas sur le bon chemin...?

[43:22] Hamidullah

Mais plutôt ils dirent: «Nous avons trouvé nos ancêtres sur une religion, et nous nous guidons sur leurs traces».

[43:23] Hamidullah

Et c'est ainsi que Nous n'avons pas envoyé avant toi d'avertisseur en une cité, sans que ses gens aisés n'aient dit: «Nous avons trouvé nos ancêtres sur une religion et nous suivons leurs traces».

Seulement là, les jeunes n'étaient pas au front : l'affaire aurait été surement rapidement pliée. Le mot est d'un jeune volontaire de l'éducation qui prodigue l'enseignement religieux dans l'école publique. Qui disait que l'alternance attendue est une alternance générationnelle ?

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