Chantal Biya ne s'imagine même pas l'humiliation publique qui la guette tous les jours.
Pour «tenue non conventionnelle», la première dame du Cameroun pourrait ou devrait, si elle était une citoyenne ordinaire comme vous et moi, se retrouver régulièrement dans des situations inconfortables. Elle nous montre le mauvais exemple. Dans ce Cameroun des libertés en effet, il existe des lois non écrites mais appliquées avec plus de rigueur que celles votées par le Parlement et promulguées par le président de la République soi-même.
Le code vestimentaire des Camerounais, par exemple. Il n'a jamais fait l'objet d'une disposition légale particulière. Même pas d'un débat à l'hémicycle de Ngoa Ekellé. On s'habille donc comme on peut, chacun selon ses goûts et - surtout - ses moyens. Mais il y a une forte préférence pour le costume-cravate.
Allez y donc voir à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature (Enam) de Yaoundé : le premier critère d'admission est le port rigoureux de la cravate, ou du tailleur strict. Vous présentez bien. Vous faites donc «sérieux». Il y a une forte présomption d'intelligence contre vous. Et tant pis si vous n'avez rien entre les oreilles. En dehors de ce type de mise, vous êtes forcément hors jeu. Ou, pire, vous allez au-devant d'énormes avanies. Ainsi, certaines administrations publiques ont-elles proscrit le port du blue-jeans. Ça fait voyou, suspect, nul, ringard. On en reparlera une autre fois.
Ce qui fait problème, aujourd'hui, c'est l'interdiction faite aux femmes d'arborer le pantalon. Cette disposition, que nous avons vainement cherchée dans l'arsenal juridique de notre pays, est par exemple en vigueur à l'Assemblée nationale, dans les Services du Premier ministre, aux ministères de la Santé publique et des Relations extérieures. Inutile d'insister, de feindre l'ignorance. Ouste ! Heureusement, d'autres services de l'Etat vous accueillent sans ces tracasseries absurdes. Une réglementation à plusieurs vitesses, quoi. Allez savoir pourquoi.
Mme Biya, qui l'autre jour encore en Chine arborait un bel ensemble blanc avec un prolongement couvrant séparément les deux jambes, serait prestement expulsée de ces lieux publics. Qu'elle tente donc de s'y rendre, et elle verrait qu'on ne badine pas avec la discipline ! La loi c'est la loi, même si personne ne l'a vue ni lue nulle part. Ainsi de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui serait expulsée de notre cher et beau pays pour avoir signé un pacte avec ce vêtement. Du coup, l'on comprend aussi pourquoi l'ex-secrétaire d'Etat américaine sous Bush, Condoleezza Rice, n'a jamais cru faire un tour chez nous : elle avait peur d'y être déclarée persona non grata.
Que leur a donc fait le pauvre pantalon ? Le mystère reste de mise. Et pourquoi pas, pendant qu'on y est, ne pas proscrire le port des lunettes de soleil en saison des pluies, ou encore celui des chaussures dont la valeur est en deçà d'un certain montant. Mais, parce que nous sommes légalistes, nous insistons pour qu'un débat national soit ouvert autour de l'interdiction de port du pantalon faite aux femmes dans certaines administrations publiques. Et ce sera justice.
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