La FAF a décidé de mettre en place un organe de contrôle de gestion des clubs de football dénommé Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG). Le responsable de cette nouvelle structure, Mohamed Mechrara, personnalité reconnue dans les milieux de l'expertise financière, a déclaré que ce nouvel organe, ayant pour mission la surveillance des clubs professionnels des ligues 1 et 2, devrait «aider à mettre en place une meilleur organisation comptable et financière, et agir aussi en tant que conseil pour l'organisation juridique et administrative des dits clubs». L'entreprise est louable à plus d'un titre.
L'évolution, dans le sens de la qualité de notre environnement footballistique, ne peut aucunement se passer d'un minimum d'ordre et d'organisation, seul gage de réussite. Cependant, comme tout organisme se donnant comme objectif le contrôle et la gestion rigoureuse dans un univers habitué au laisser-aller et au désordre généralisé, la mission sera au minimum très difficile. Depuis maintenant des années, le football algérien au niveau des clubs s'est accommodé d'une situation aux frontières du droit et de la légalité. Aucun président n'a été soumis à la transparence quant à la réalité financière du club qu'il préside. Et pourtant, durant les intersaisons et autre Mercato, des chiffres mirobolants sont colportés par les médias. La période des transferts des joueurs est à cet égard une représentation grandeur nature de la réalité absolument démente des mouvements de capitaux et de la surenchère financière entourant, de plus en plus, le football national. Preuve que les clubs auront du mal à s'adapter aux nouvelles règles, le fait qu'après seulement une année de professionnalisme, la totalité des 32 sociétés représentées par les clubs de ligue 1 et 2 se retrouvent déjà déficitaires.
Avec des dettes se chiffrant en plusieurs milliards de centimes, les SSPA actuelles sont de prime abord passibles de sanctions. Le coté coercitive de la DNCG sera ainsi particulièrement intéressant à suivre. «Ne pas homologuer les nouveaux contrats de joueurs, durant une ou plusieurs saisons, suspendre ou radier des dirigeants responsables, rétrograder l'équipe d'une division...», la structure de Mechrara aura fort à faire face à un environnement ayant pris le mauvais pli. La polémique relative à l'aide promise par l'Etat aux entreprises professionnelles naissantes est symptomatique de la ténacité de la culture de l'assistanat difficilement surmontable. Il est en effet très ardu de demander aux acteurs du football en Algérie de se métamorphoser quand l'environnement économique général du pays ne s'y prête pas encore.
Le contrôle financier des clubs professionnels permet certes une meilleure transparence des budgets et l'assainissement de l'environnement le cas échéant. Autant de valeurs qui risquent bien de se voir cantonnés dans les textes.Sur le terrain, la culture «chkara» des dirigeants des clubs algériens sera laborieusement réformable dans le sens de l'assainissement. A l'heure actuelle des choses appliquer les normes DNCG revient indubitablement à rétrograder la totalité des clubs de statut professionnel. La réussite, même graduelle, de l'initiative judicieuse de la FAF dépend subséquemment de l'évolution des mentalités. Mais pas seulement des acteurs du football. Cela dépasse amplement le cadre purement sportif.
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