Wal Fadjri (Dakar)

27 Septembre 2011

Sénégal: Film - Le Joola , l'ancre du souvenir de Papa Moctar Sélane

Le film Le Joola : L'ancre du souvenir est un document de mémoire. Le réalisateur Papa Moctar Sélane est revenu sur ce drame survenu le 26 septembre 2002 en soulevant les questions de la sécurité du navire, du retard des secours, du renflouement Le film a été projeté hier à l'Institut français de Dakar.

Kantène, à la périphérie Sud de Ziguinchor au Sénégal. Dans une maison au salon, un enfant de huit ans Olivier Jules Sagna se présente devant la caméra. Il est né un an après le décès de son père qui fait partie des deux mille morts du naufrage du bateau Le Joola.

Le film va à la rencontre des rescapés pour connaître les causes profondes de ce drame survenu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002 sur les côtes gambiennes. La question de la remise à l'eau du navire est remise sur le tapis.

Le bateau était immobilisé pendant douze mois pour des moteurs défectueux. Sa remise en mer le 10 septembre 2002 est jugée par certaines personnes interrogées comme étant absurde.

Pour le ministre des Forces armées de l'époque, Youba Sambou, la seule autorité qui a accepté de parler dans le documentaire, la vérité est : 'La commission des techniciens a jugé que le bateau avait une bonne flottabilité. Les essais étaient concluants'. La caméra valse entre Dakar, Ziguinchor, France, etc.

Les miraculés du drame du Joola expliquent dans les détails la situation du bateau au moment du départ à Ziguinchor jusqu'à l'île de Carabane, premier escale opéré. Ils sont aidés dans leur récit par une caméra amateur qui montre un navire incliné du fait de sa surcharge

Pour une charge normale de 550 personnes, il y en avait près de deux mille. Pour le journaliste Abdoulaye Sambou, 'il y avait quatre fois plus de passagers que la charge normale'.

Le documentaire s'attarde sur l'échec des secours dû au manque de coordination. Car, témoigne le 'survivant' Jean Diédhiou, 'j'ai essayé de rallier la coque du navire et on a attendu de 23 heures à 7 h avant de voir les premières pirogues de secours arriver'.

Un fait que confirment le Français Patrice Auvray et la Sénégalaise Mariama Diouf qui ont grimpé sur l'épave pour échapper à la mort. La seule femme rescapée, alors enceinte de cinq mois, les larmes aux yeux, est revenue sur l'effort qu'elle a fourni pour y arriver. La douleur est toujours vive dans les familles où veuves, veufs, orphelins, parents et amis des victimes n'arrivent toujours pas à faire le deuil.

La gestion du dossier au coeur du documentaire

Le réalisateur évoque toutes les questions tournant autour de la gestion du dossier par l'Etat. L'indemnisation comme contrepartie d'une plainte contre l'Etat sénégalais. Ce qui aboutit à la question de la responsabilité.

Le renflouement du navire qui divise les familles des victimes. Les autorités ne veulent pas entendre de ça, malgré les nombreuses propositions. Le manque de suivi psychologique.

Le film a voulu choquer et il a heurté les consciences par ces images prises dans le bateau montrant des corps flottants, des morceaux de chair et des objets abandonnés. Le titre campe bien le sujet. Il fixe les souvenirs du naufrage du bateau du Joola.

Pour le réalisateur Papa Moctar Sélane 'tout le film est axé sur les points qui intéressent les Sénégalais'. C'est pourquoi, en dehors du miraculé français Patrice Auvray, les familles des autres nationalités n'ont pas été présentes dans le documentaire de 52 minutes.

Il s'agit pour lui, d"un documentaire qui s'inscrit dans le combat contre l'oubli, l'injustice et l'impunité'. Producteur du film, Abdou Karim Ndiaye estime que 'oublier, c'est sombrer dans un autre naufrage'. Et ce qui soigne aujourd'hui le rescapé Jean Diédhiou, 'c'est la croyance'.

Le film du journaliste Papa Moctar Sélane 'Le Joola : L'ancre du souvenir' a été projeté hier à l'Institut français de Dakar. L'avant-première du film a coïncidé avec le neuvième anniversaire du naufrage célébré partout sur le territoire national.

Le film sera projeté encore à l'Institut, au Congad, à Ziguinchor avant une tournée de promotion prévue courant novembre au Canada. Selon le producteur, une convention est en négociation avec un distributeur américain pour diffuser le film aux Usa.

Papa Moctar Sélane fait partie de la promotion 2005 du Cesti. Le journaliste a déjà exercé à la Rts, au journal Le Quotidien, à la radio Océan Fm et à la télévision Canal Infos news. Aujourd'hui, il se consacre à la réalisation.

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