Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Bennoo, le temps du slogan

éditorial

Rebelote. Les facilitateurs de Bennoo Siggil Sénégal (BSS) remettent à plus tard, la proclamation des résultats de leurs délibérations. Pas pour cause de désaccord autour d'un candidat à repêcher après l'oral.

Le blocage vient de ce que les postulants au titre de personnalité digne de porter les couleurs de la principale coalition de l'opposition semblent incapables de se libérer de la pression de leurs propres partisans.

Moustapha Niass pour l'Alliance des Forces de Progrès et Ousmane Tanor Dieng proposé par le Parti socialiste attendront donc. Attendent déjà depuis plusieurs mois, ceux qui comptent sur les leaders de l'Afp et du PS pour les fixer sur le nom de l'homme qui devrait mériter leur suffrage en février 2012.

En vérité, BSS est en train, sans le rechercher, de se donner une nouvelle vie dans l'opinion. Quasi reléguée au second plan depuis juin dernier par l'offensive médiatique de M23, la coalition a retrouvé une place dans les conversations des Sénégalais et au-delà.

Depuis lundi déjà, des correspondants de radios internationales ont consacré, dans leurs grandes éditions d'informations, quelques passages aux « difficultés » pour l'Opposition sénégalaise de se donner un candidat de l'unité.

Ce n'est pas rien en communication politique, parce que signe que d'autres font attention à cette opposition, qui n'aurait retenu l'attention de personne si elle ne représentait que portion congrue.

Mais il y a aussi risque de boomerang. A toujours reporter à plus tard la fin d'un processus qui commence à « inexplicablement durer » aux yeux du futur électorat, BSS laisse l'impression d'un groupe désuni dont les membres n'auraient d'yeux que pour le pouvoir, dans son acception de jouissance plus que de moyens d'améliorer le quotidien des Sénégalais, voire de faire mieux que les libéraux.

L'argument plutôt facile, sorti depuis quelques temps pour se donner des raisons de faire durer le suspense tiendrait difficilement à l'analyse.

En prétextant de ce qu'il y 12 ans, la CA 2000 avait dû attendre le retour de Abdoulaye Wade pour engager la bataille en direction de la présidentielle, l'Opposition d'aujourd'hui commettrait une erreur d'appréciation.

Car même en « exil volontaire » en France, Wade s'était non seulement déjà positionné dans l'opinion comme le principal adversaire du Président Abdou Diouf, mais en plus, il n'avait pas d'alter égo dans son rôle de chef de l'Opposition.

Tout le contraire du spectacle actuellement offert aux Sénégalais par une Coalition certes expérimentée - en considération du parcours politiques de certains de ses membres - mais n'ayant pas dans ses rangs, une personnalité jouissant du charisme de Wade à la conquête du pouvoir.

Cette difficulté à mobiliser comme savait le faire le Sopiste en chef est déjà un premier handicap. Wade opposant savait profiter d'une adhésion populaire autour de son seul nom.

Ses adversaires de Bennoo (toutes variantes considérées) ont besoin de communiquer largement pour réussir de grands rassemblements ; épisodiquement.

Question de leadership

La dispersion des forces des adversaires du pouvoir libéral n'est pas pour faciliter l'émergence d'un leader comme le landerneau politique en connut par le passé.

La bataille d'égos se positionnant en égaux pour leur « popularité » n'a pas, on s'en doute, facilité le travail des ... facilitateurs de Bennoo.

Pourtant le temps est loin de jouer en faveur de ceux qui veulent provoquer le changement du changement à la tête du pays. Il n'est nul besoin d'être de son camp pour constater que « l'animal politique » a effectivement récupéré de ses blessures de juin dernier.

Me Abdoulaye Wade multiplie, comme à son habitude, sorties médiatisées sur des airs de campagne électorale, inaugurations et déclarations sur divers sujets.

Parallèlement, des voix influentes s'élèvent de plus en plus dans le pays et hors du Sénégal, pour refroidir l'élan tous ceux qui promettent violence et chaos dans le pays, au motif que Wade voudrait ne s'en tenir qu'à la décision du Conseil Constitutionnel, relativement à sa candidature. Même dans l'Opposition, tout le monde ne suit pas la logique défendue par les jusqu'au-boutistes.

Hier mardi encore, Yankhoba Diattara, adjoint au Maire de Thiès et responsable de Rewmi mettait en garde contre le projet de « mise à feu » du pays. C'est pourtant, incontestablement, la formation présidée par Idrissa Seck qui a aidé au succès populaire de la manifestation du M23, le 22 octobre dernier, à la « Promenade des Thiessois ».

Si moins d'une semaine après, une voix s'élève de ce côté pour aller dans le sens de ceux qui condamnent le « projet » des maximalistes, c'est un signal que la menace brandie par les radicaux est aussi prise au sérieux, qu'elle peine à obtenir l'adhésion des formations politiques parmi les plus influentes.

Quant au peuple, tout le monde s'en réclame et prétend en être le défenseur « écouté » des intérêts. Il est indéniable qu'une certaine agitation cacherait mal la peur de ses auteurs d'échouer dans leur entreprise.

Ce qui ressemble à de l'immobilisme du côté de Bennoo Siggil Sénégal n'est pas plus porteur d'espoir de résultat pour déboulonner le Président Abdoulaye Wade. A trop jouer le temps, on finit par l'avoir contre soi.

  • Comment

Copyright © 2011 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment