Dans son dernier livre-images paru chez Afric'Eveil, l'auteur provoque un choc de ceux qui peinent à voir la capitale du Cameroun sans visage historique.
Imaginez la ville de Québec (Canada) sans le Château de Frontenac. C'est un chalet de la fin du XVIIIe siècle, transformé en hôtel ; on lui conserve dans toutes les formes de réfection ou d'entretien, ses formes et ses autres aspects d'antan. Les autorités de la vieille ville éloignent des angles hexagonaux du Frontenac, toute construction moderne qui viendrait à lui ravir la vedette. Non loin de là, la luxueuse place Montcalm sur laquelle a été élevé un gigantesque hôtel, rappelle aux Québécois et aux autres que ce général français venu de Normandie avec Cartier au XVe siècle, conduisait la colonie qui avait pris possession de ce qui deviendra plus tard, le seul pays francophone d'Amérique du nord.
Il n'est pas autorisé d'élever à Paris une hauteur qui empêcherait la progéniture de Gaston Eiffel de contempler la Tour qui porte son nom, du 5ème étage d'un immeuble de l'avenue de New York où l'ingénieur vivait en construisant son impressionnant monument au XIXème siècle, symbole de la capitale française. Tout comme à Montparnasse dans le 14ème arrondissement de Paris, l'appartement où vécu Jean-Paul Sartre est devenu une propriété de la ville pour le bonheur de nombreux curieux et adeptes du philosophe disparu dans les années 1970.
Lorsque le dernier livre de Jean-Emmanuel Pondi, -« (Re) découvrir Yaoundé ! Une fresque historique et diplomatique de la capitale camerounaise », parait est il y a trois semaines, nous avons assisté à une scène pathétique : un adulte d'une soixantaine d'années contemple la couverture verte du livre, puis la page 5. Il coule une larme et s'interroge : « Pourquoi a-t-on détruit ce viaduc construit par les Allemands ? Il reliait le centre commercial et le centre administratif »
Sur la couverture mosaïque du livre, il regarde encore pensif, une construction coloniale semblable à l'ancienne gare de Yaoundé ; sur la photo, deux colons s'y tiennent, vêtus de leur costume blanc et du fameux casque colonial. Il en va ainsi de tout le contenu de cet ouvrage riche en souvenirs.
Dans les 160 pages du livre, l'auteur, dans un style empreint de nostalgie, d'historicité et d'anthropologie, il amène le lecteur à découvrir ou à redécouvrir selon son âge, ce que fut Ongola du temps de l'explorateur allemand Hans Dominik ; qu'ont-ils laissé ces Allemands comme marques au cours de leur bref séjour dans ce pays ? Puis virent les Français. De la résidence des Hauts commissaires français au Cameroun à l'Ecole primaire supérieure où passèrent tous les cadres qui ont trempé ce pays dans ses fonds baptismaux, rien n'est rédigé au hasard par Jean-Emmanuel Pondi.
Loin de là, on se pose des questions qui trouvent réponse le long des pages : pourquoi appelle t-on « Briqueterie » ce quartier centre ouest de la ville où de temps à autre, les Yaoundéens vont déguster le soya ?
Qui étaient Warda, Coron, Calafatas, Karmios ? Qui avait opéré Ruben Um Nyobé et dans quelle maison l'opération eu t-elle lieu, alors que la ville de Yaoundé était quadrillée par les forces coloniales de police à la recherche des maquisards fidèles à l'Upc ? Le livre de Jean-Emmanuel Pondi apporte beaucoup d'informations à ces questions qu'on se poserait tous les jours sur le passé de notre capitale, une capitale qui continue pourtant de grandir en superficie et en population chaque jour, et dont les dirigeants actuels s'emploient à effacer les traces de son histoire ; cependant, souligne l'auteur du livre, chaque personne a le devoir de connaitre le passé de son pays pour savoir où il va.
Dans un sursaut de patriotisme et de jugeote intellectuelle, Jean-Emmanuel Pondi est allé nettoyer les images moisies dans des photothèques non entretenues ; il a parcouru des dizaines d'ouvrages témoins de l'histoire du Cameroun en général et sur Yaoundé en particulier, afin de permettre à ses compatriotes de connaitre le passé de leur capitale.
Un travail aussi titanesque et passionnant, ne saurait être exhaustif ni dépourvu de quelques moindres écueils. Ainsi, dans ses investigations, l'auteur a omis d'évoquer des noms devenus courants à Yaoundé, et qui ont pourtant une histoire : Bikele Nomo Louis qui fut un des bâtisseurs de Yaoundé avec André Fouda ; des lieux mythiques tels carrefour Anguissa, Ane rouge, Guerpillon, Etam-Bafia ou l'Avenue Germaine. Bien qu'il justifie cette omission par un choix éditorial, n'empêche que ces lieux sont aussi des meubles de la capitale et on aimerait en savoir plus.
A l'heure des logiciels graphiques performants, ne pouvait-on pas traiter les photos afin de les rendre plus lisibles ? Il est possible que l'éditeur ait fait le choix de les laisser telles, afin de rendre ces images encore très authentiques en épousant leur époque où la quadrichromie n'avait pas encore fait son lit dans l'iconographie.
Le livre de Jean-Emmanuel Pondi est une aubaine pour les curieux, les historiens, les anthropologues, les hommes des médias et les enseignants, tous pris dans les tourmentes de la recherche. C'est une somme de richesses qu'on se ferait le plaisir d'offrir aux relations.
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