Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Elle vend la parcelle de son mari et met les enfants de sa coépouse dans la rue

Il s'appelait Tindaogo Denis Nikièma. Il avait 2 épouses, et vivait dans le quartier Karpala de Ouagadougou. En 1995, sa 1re épouse meurt. En 2007 le mari lui-même, meurt. En 2009, la 2e épouse vend une des parcelles du défunt et met les enfants de la coépouse dans la rue. Depuis 3 ans, une haine viscérale empoisonne la vie familiale, au point qu'un des enfants, opposé depuis 2009, à la vente unilatérale du terrain de leur père, a été agressé, le 7 novembre 2011, dans le quartier par des personnes inconnues juchées sur une moto.

Tindaogo Denis Nikièma est le mari des 2 épouses. La première femme est décédée en 1995. La deuxième épouse vit toujours. Chaque femme a eu 3 enfants avec Denis Nikiéma, leur époux, décédé en décembre 2007. « Madame Nikiéma », comme on l'appelle, est en activité dans l'administration publique à Ouagadougou. C'est elle qui est à l'origine, depuis 3 ans, de l'interminable querelle et de la profonde division entre les membres de la famille. De son vivant, le chef de famille avait deux parcelles d'habitation viabilisées, éloignées l'une de l'autre à Karpala. Le défunt habitait l'une des parcelles avec sa deuxième épouse et les enfants de cette dernière. Sur la 2e parcelle, propriété également du défunt, une maisonnette en banco servait d'abris aux enfants de la défunte épouse. Cette 2e parcelle a été vendue par la 2e épouse, Mme Nikièma. Interrogée le 4 novembre 2011 à son bureau, la dame a confirmé que la parcelle appartient effectivement au défunt. « C'est le nom de mon mari qui est porté sur le certificat d'attribution... », confesse-t-elle. Au mois de juin 2009, elle réunit tous les enfants pour leur dire qu'elle va vendre la parcelle pour espérer, a-t-elle justifié, éponger substantiellement, les nombreuses dettes contractées par Denis Nikiéma et subvenir surtout, aux énormes besoins financiers de la famille qui ne manqueront pas, a-t-elle ajouté, de survenir, suite à la subite disparition de son mari. Pour amadouer les enfants, Mme Nikiéma leur a promis de diviser l'argent de la vente en trois parties : une part reviendra à elle, une 2e à ses enfants et la 3e partie reviendra aux enfants de sa coépouse. Elle s'était aussi engagée auprès des enfants de sa coépouse à les reloger sur une nouvelle parcelle, avec gît et couvert à ses frais. Même appâtés par l'argent, les enfants ont perçu cette promesse comme une épée de Damoclès sur leurs têtes. Surpris, certains ont demandé qu'un temps de réflexion leur soit accordé, avant qu'ils ne donnent leur avis, d'autres, choqués par cette initiative unilatérale de "leur mère", ont marqué leur opposition au projet de vente. La parcelle sera pourtant vendue ! Depuis 2009 jusqu'au mois de novembre 2011 (date à laquelle nous avons écrit cet article), elle n'a point donné un franc aux enfants dont la promesse de les reloger ne sera jamais respectée. Voilà déjà deux engagements non tenus qui ont contribué à détériorer le climat familial. D'ailleurs, dame Nikiéma a reconnu qu'elle n'a pas encore procédé au partage de l'argent. « Monsieur le journaliste, cette affaire concerne ma famille, elle ne vous regarde pas... Je donnerai l'argent dès que j'estimerai que le moment est venu de le faire... », a-t-elle indiqué.

Les enfants dans la rue depuis trois ans

Se disant « fatiguée d'attendre » en vain l'avis des enfants, suite à son intention déclarée de mettre la parcelle en vente, dame Nikièma s'emploiera unilatéralement à faire aboutir son projet. Ainsi, elle va rassembler discrètement, l'acte de décès du défunt, son certificat d'attribution de la parcelle, les actes de naissance de ses enfants et ses propres documents qu'elle garde par devers elle. Elle fouille ensuite, dans les archives de son mari et réussit à avoir les papiers de 2 enfants de la coépouse, sans leur accord. En tous les cas, les enfants soutiennent mordicus n'avoir jamais remis, en toute liberté et en toute connaissance de cause, leurs documents à qui que ce soit pour usage. Au contraire, ils se disent plutôt surpris. Quant à l'aîné, en l'occurrence, J.P.C. Nikiéma, il a pris soin de cacher ses papiers pour, se réjouit-t-il, éviter la supercherie de la marâtre. Et ironie du sort, Mme Nikiéma a déclaré qu'il n'est pas un enfant du défunt ! Se référant au certificat de nationalité (cf. copie), nous avons constaté que J.P.C. est bel et bien un des enfants du défunt. De toutes les façons, la dame ne s'est pas seulement contentée de collecter les papiers des membres de sa famille. Bien au contraire. Elle franchira une autre étape, en se faisant établir un certificat d'hérédité, un certificat de tutelle et un PV (Procès verbal) de conseil de famille (avec des témoins de complaisance). Les enfants de la coépouse n'y ont point participé physiquement. Ainsi, la boucle est bouclée ! Loin des soupçons des enfants et des « parents » de sa belle-famille, elle met la puce à l'oreille des « intermédiaires », ces professionnels de vente et d'achat de terrain qui pullulent à Ouagadougou. La transaction peut alors commencer. Aussitôt informés, acheteurs et « démarcheurs » potentiels sont rentrés en action, contre vents et marées, ceux-ci se succèdent au quartier Karpala pour constater de visu la parcelle sur laquelle est bâti un « entrer-coucher en banco ». Au mois de décembre 2009, la parcelle d'une superficie de 296m2 est vendue. Elle a été rétrocédée à 7.500.000 F CFA à J. Kaboré qui a confirmé, le 3 novembre 2011, que les papiers de la vente lui ont été remis par des « démarcheurs » qui, évidemment, ont d'abord prélevé leur quote-part dans la transaction. Avant d'en arriver là, un jour elle a fait arracher les tôles de la maisonnette en banco occupée par les enfants. Selon l'acheteur, Mme Nikiéma lui avait pourtant fait la promesse de reconstruire une autre habitation pour les enfants avec les matériels récupérés. Ici aussi, le constat est que la femme n'a pas respecté son engagement. Bien au contraire ! Vidés de la parcelle et sans secours, les enfants se sont retrouvés dans la rue. « J'assume mon acte, que les enfants aillent se plaindre là où ils veulent », a-t-elle lancé, apparemment sans regret. Comble de méchanceté ! Brique après brique, une villa a poussé sur la parcelle à polémique. Mais une interrogation demeure : depuis 3 ans, le sieur Kaboré n'est pas encore entré en possession du PUH (Permis urbain d'habiter) que la dame était censée lui rétrocéder. Selon J. Kaboré, elle a dit continuer toujours à oeuvrer à créer d'abord l'unanimité au sein des enfants avant de rassembler et de remettre le reste des documents dont l'acheteur a besoin. Le 15 décembre dernier, Mme Nikiéma devait avoir un ultime rendez-vous avec J. Kaboré pour la remise du PUH.

Désormais, dispersés par la force des circonstances, les enfants de la coépouse vont tantôt squatter chez des « personnes saisies de pitié », tantôt vivre dans une maison en location. Selon les révélations d'ailleurs de l'acquereur de la pacelle, les loyers des enfants ont été honorés de sa propre poche à plusieurs reprises, sans que cette assistance n'émeuve leur « Maman ». Jusqu'au moment où nous écrivions ces lignes, les enfants que Madame Nikiéma ne souhaite même pas sentir, n'ont toujours pas de toit à eux. Moralement assommés, ils sont abandonnés à un combat dont les parties en face ne disposent pas de la même force. C'est dans ce climat difficile que l'aîné des enfants de la coépouse, 38 ans, se bat depuis 3 ans pour que la propriété de leur papa revienne à tous les ayant droit sans exclusive. Mal lui en a pris ! Il dit avoir été agressé physiquement le 7 novembre 2011, à Karpala par deux individus inconnus, juchés sur une moto (il a montré des blessures portées sur le visage). Informée dès le lendemain 8 novembre, la gendarmerie de la Patte d'Oie lui a demandé d'oeuvrer à identifier, ne serait-ce qu'un des agresseurs, dans la perspective de la matérialisation d'une plainte.

L'affaire de la parcelle devant le procureur du Faso

Mme Nikièma a vendu la parcelle, alors qu'elle n'en est pas juridiquement, la propriétaire, nous a expliqué une source judiciaire. Considérée comme un bien familial, la parcelle devait faire, au préalable, l'objet d'une demande d'autorisation de vente, adressée au président du Tribunal de grande instance de Ouagadougou. D'ailleurs le code des personnes et de la famille stipule si bien que les enfants naturels (enfants nés hors mariage) et légitimes (enfants nés dans le mariage) sont tous égaux devant la loi. Selon notre informateur, c'est suite aux motifs exposés (et si ceux-ci s'avèrent exacts) qu'une ordonnance aux fins de vente est délivrée. Il se trouve que, ici, les documents de vente rassemblés et donnés à l'acheteur de la parcelle sont contestés par les enfants de la coépouse qui persistent et signent qu'ils n'ont jamais donné une procuration à Mme Nikiéma pour agir en leur nom. Dans ce cas de figure dès qu'il y a un litige foncier familial, a indiqué notre source, il faut d'abord organiser un conseil de famille consensuel auquel prennent part physiquement tous les enfants et des témoins à égale partie. Comment alors la dame s'est-elle prise pour obtenir du tribunal d'arrondissement de Bogodogo le certificat de tutelle et le certificat d'hérédité ? Et comment espère-t-elle après s'y prendre pour obtenir le PUH que J. Kaboré attend depuis 3 ans. Avec ce branle-bas judiciaire qui s'ouvre, comment l'acquéreur de la parcelle compte-t-il faire pour procéder à la « mutation » des titres de propriété en son nom ? En tous les cas, le 25 novembre 2011, l'aîné des enfants de la coépouse, a déposé auprès du procureur du Faso à Ouagadougou une plainte contre Mme Nikiéma pour « dilapidation de bien d'héritage, faux et usage de faux ». Le 28 novembre le procureur a jugé le dossier recevable. L'affaire a été conviée au commissariat de police de l'arrondissement de Bogodogo pour enquête judiciaire. D'ailleurs les deux parties ont été convoquées ce jeudi 29 décembre pour audition. Se constituant comme le représentant des héritiers de feu Denis Nikièma, le plaignant demande au procureur que soit déclarée nulle et de nul effet la vente de la parcelle et que la propriété du défunt soit reconnue comme un patrimoine familial revenant à tous les ayants droit de feu Tindaogo Dénis Nikiéma.

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