L'expert financier Babisakana pense que les Africains devraient tirer profit des difficultés de ce partenaire.
La perte de la note triple A (la meilleure sur le marché de la dette) par la France en fin de semaine dernière a fait resurgir au Cameroun le débat sur les conséquences que pourraient induire cette décision de l'agence de notation Stantard and Poor's sur les économies de la zone franc. Pour certains, c'est le spectre de la dévaluation du franc Cfa qui se profile à l'horizon. Une hypothèse que rejette Babissakana, expert financier. Abondant dans le même sens que le gouverneur de la Beac qui indiquait lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire de cette institution que «la dévaluation du franc Cfa n'est pas d'actualité», Babissakana se veut plus catégorique : «Si par extraordinaire lma France prenait la décision de dévaluer le franc Cfa, cette posture serait interprétée par les marchés financiers comme celle d'un pays en débandade. C'est-à-dire qui ne sait plus où aller, ni ce qu'il veut».
Outre le risque de dévaluation qu'aucun indicateur économique ne laisse poindre à l'horizon malgré la persistance de la rumeur sur une telle éventualité, il y a des observateurs avertis de la scène économique mondiale, qui soutiennent que la dégradation de la note de la France eut avoir des conséquences indirectes sur l'économie camerounaise en particulier.
C'est le point de vue de Roger Tsafack Nanfosso, universitaire et économiste. A en croire ce dernier qui s'est confié au quotidien gouvernemental d'hier, la perte du triple A par la France va réduire ses marges de man?uvre sur le marché de la dette. Et si le pays ne peut plus sérieusement s'endetter pour financer sa propre économie, l'activité économique va ralentir dans l'Hexagone, impactant les échanges commerciaux entre ce pays et le Cameroun.
«On exporte combien sur la France»? s'interroge Babissakana, comme pour mettre un bémol à cette posture de l'universitaire sus cité. Et d'expliquer : «Il ne faut pas oublier que la structure des échanges commerciaux entre l'Afrique et l'Europe a changé au cours des 15 dernières années. En 1994, on exportait 50 à 60% de nos produits vers l'Europe. Aujourd'hui c'est à peine 30%. Entre temps, les exportations vers l'Inde et la Chine sont passées de 8 à 20% dans chacun des cas. Maintenant, il faut savoir que lorsque je parle de l'Europe, je parle des 27 pays de l'Union européenne.
Si on restreint l'échantillon uniquement aux pays de la zone Euro, les échanges commerciaux entre le Cameroun et eux est encore plus faible qu'avec l'ensemble des pays de l'Ue. D'ici peu, la France ne représentera plus grand-chose dans le volume du commerce extérieur du Cameroun, par exemple. C'est la raison pour laquelle l'Union européenne veut s'accrocher sur les fameux Accords de partenariat économiques (Ape)».
Du coup, l'expert financier se met plutôt dans l'hypothèse que la crise actuelle en zone Euro contribue à affaiblir davantage cette monnaie à laquelle le franc Cfa est arrimée. «Une France qui s'affaiblit, c'est un avantage pour nous», affirme-t-il. Avant de poursuivre : «l'euro qui s'affaiblit, c'est une opportunité pour les pays de la zone franc». De ce point de vue, Babissakana rejoint la position du gouverneur de la Beac. «On nous dit souvent que notre monnaie (franc Cfa) est arrimée à une monnaie très forte (euro). De ce point de vue, si l'euro s'affaiblit, on peut considérer cela comme un avantage pour nous», avait déclaré Lucas Abaga Nchama au cours d'une conférence de presse organisée en marge de la 5ème réunion du comité de politique monétaire de la banque en décembre dernier.
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