Au seuil de la quarantaine, la chanteuse Coumba Gawlo Seck se dit sereine. Elle fête, ce samedi, 28 janvier, au Théâtre national Daniel Sorano, 22 années de carrière musicale.
Un temps d'arrêt pour ressasser quelques souvenirs qui permettent de redécouvrir une artiste patriote, socialement engagée, très attachée à ses racines sénégalaises, même si elle se dit ouverte à d'autres influences.
C'est ce qui lui a valu, en 1998, un double disque d'or et de platine pour la chanson reprise « Pata Pata ». Après avoir gagné en maturité, Coumba Gawlo garde toujours en elle, avec la même passion, cette envie de faire rêver... Elle s'en est ouverte à la rédaction du « Soleil », mercredi.
Célèbration
« Quand on célèbre, on célèbre des moments forts, des moments importants dans la vie. J'ai eu la chance d'avoir démarré très tôt ce métier, d'avoir appris beaucoup de choses.
Cette année, j'ai voulu célébrer mon anniversaire personnel, celui de mon groupe, à un autre niveau, au Théâtre national Daniel Sorano, pour marquer 22 années de carrière musicale. Ce n'est ni 22 jours, ni 22 mois, mais plutôt 22 longues années.
Aussi, dans le cadre de cette célébration, je rends hommage aux personnes grâce à qui je me suis retrouvée ici. Cet événement est culturel et se passera à Sorano, ce samedi, 28 janvier, à 21h.
Dans le programme, il est prévu un spectacle riche en son et lumière, avec beaucoup de mise en scène. Il y aura des surprises et je compte inviter des artistes.
A travers un spectacle, dont une partie est donnée par moi-même, je revisiterai mon répertoire en partant de « Seytané » à nos jours. A l'issue de cet anniversaire, sortira un album live pour immortaliser ces moments forts avec un Dvd. »
Souvenirs...
« La vie est faite de tristesse et de bonheur. Heureusement, d'ailleurs. Il faut qu'il y ait des jours qui fassent chaud ou froid. Ainsi, chaque moment de la vie permet à la personne de se mesurer, de se remettre en question ou de savourer une victoire. J'en ai eu beaucoup des moments comme ça. Que ce soit des instants difficiles ou de bonheur.
N'importe qu'elle personne peut en rencontrer dans sa mission professionnelle. Je n'ai pas envie de pleurer sur mon sort, pour la simple raison que je ne suis pas la seule.
Je rends grâce à Dieu d'en être sortie et de pouvoir savourer des victoires. C'est le cas de mon retour à Dakar lorsque j'ai obtenu un disque d'or.
C'était, en 1998, avec le single « Pata pata » de son album « Yomalé (ndlr).La chaîene de télévision française Tf1, qui m'accompagnait, l'avait intitulé « Le retour de l'enfant prodige ».
Ces moments m'ont prouvée que je suis dans le coeur des Sénégalais. Je suis émue quand j'y pense encore. Et tant d'autres moments... »
Etat d'esprit...
« Je suis sereine. Toujours est-il que je ne m'endors pas sur mes lauriers. J'ai toujours la même volonté, la même passion, la même hargne et le même engagement pour continuer à donner du bonheur à mon public. Mais également à écrire des chansons, à faire de la musique, à réaliser des vidéos...
'ai toujours en moi cette envie de faire rêver. J'ai beaucoup muri, après 22 ans de carrière. On en voit beaucoup. J'ai beaucoup appris. Je suis loin de ces années d'adolescence.
Maintenant, je suis consciente que j'ai fait mon parcours en ayant, au début, un plan de carrière. C'est ce que j'ai suivi jusqu'à maintenant. Et ça marche, Dieu merci. »
Une nouvelle orientation ?
« Je ne peux pas dire qu'il y aura une nouvelle orientation. Un artiste, c'est aussi un feeling. Cela dépend des délires du moment. Il peut arriver que j'aie envie de faire un album dans tel direction et qu'au gré de mes rencontres je me voie influencer par d'autres sonorités.
Du coup, je reviens avec un autre esprit. J'essaie de continuer à croire à mes convictions, à travailler dur. Je pense que mes innovations sont, parfois, un peu trop poussées. Je suis toujours à la quête de cette perfection, de ce rêve.
La musique, pour moi, c'est du rêve. C'est aussi aller au-delà de cette musique, de ces fondements. C'est cette motivation qui m'anime tous les jours. J'ai envie de donner plus à mon public, d'innover, de faire tellement de choses... »
D'autres sonorités...
« Un artiste se doit de changer, de temps à autre, son style, même s'il ne s'en sort pas totalement. Le « mbalax » est notre musique nationale extraite du registre traditionnel sénégalaise avec un beat ternaire.
Ce qui fait que ce n'est pas toujours évident de se mettre sur les normes internationales pour bien vendre et prétendre à un disque d'or ou de platine. Ce sont ces distinctions qui font la reconnaissance sur le plan international.
Pour avoir une carrière internationale, il faut s'ouvrir. Je suis une artiste très ouverte, qui s'intéresse à ce qui se passe ailleurs. N'empêche, je suis très attachée à mes racines, à la musique de chez moi.
C'est notre sauce nationale. Raison pour laquelle il m'arrive de varier mes chansons, ma musique. L'intérêt est de proposer un répertoire en fonction du public que j'ai. Ce qui m'amène assez souvent à sortir deux albums dans l'année. Un pour le marché local, un autre pour l'international.
« Donner du bonheur aux autres et continuer à sortir en moi cet engagement artistique. La musique est un excellent vecteur. J'ai la chance de voyager un peu partout, de rencontrer des personnes, des décideurs qui croient en moi.
Engagement social
Et quand on a cette opportunité, il faut essayer de l'utiliser pour son pays. J'aime le Sénégal. Je suis passionnée par ce pays. Les femmes, les hommes méritent beaucoup choses. Si je peux contribuer au bonheur, au développement de mon pays, j'en serai très fière.
Il faut qu'il y ait plus d'éducation, davantage de bonnes écoles, d'accès aux soins de santé pour les couches les plus démunies. La scolarisation des filles est à encourager aussi. La finalité est de favoriser un meilleur accès à l'emploi pour les femmes. C'est une manière d'éradiquer la pauvreté.»
Amitié avec Wade
Pour moi, « le président de la République, Abdoulaye Wade, est mon ami, mon père. Je le porte dans mon coeur. Je n'y peux rien.
Depuis toute petite, j'essaie d'être une personne qui a de l'éthique, avec un grand sens de la morale, de l'honnêteté. Je suis une artiste, une vraie.
Et là, je ne peux pas tricher. Me Wade fait partie des personnes qui ont cru en moi, depuis mes 15 ans. A l'époque, j'étais une toute jeune artiste issue d'une famille d'artistes dotée de peu de moyens. J
'ai eu le courage de le côtoyer, de le fréquenter, lui, homme politique de l'opposition que tout le monde fuyait (Ndr). J'ai bénéficié de l'affection de cet homme qui m'appelle toujours « ma fille ».
C'est cela qui a continué. Aujourd'hui, je ne vois pas pourquoi je devrais changer. Je suis fidèle avec moi-même. Il est clair que de la même manière que j'ai de l'estime, de l'affection, des amitiés avec le président Wade, j'en ai avec d'autres ; même si ce sont des types de relations différentes.
Parce que Me Wade est un père, un confident pour moi. En plus, il m'écoute. Rien que pour ça, je lui voue un respect, une reconnaissance énorme.
L'honnêteté le veut. Je fréquente d'autres hommes politiques sénégalais avec qui je n'ai pas les mêmes affinités qu'avec le président Wade. Ousmane Tanor Dieng est un ami qui m'aime beaucoup.
Il a eu à assister, avec sa fille, à la dédicace d'un de mes albums, il y a quelques années de cela. Moustapha Niasse m'a amené à Keur Madiabel pour faire un concert et me présenter à sa mère.
Et tant d'autres. Aujourd'hui, je suis une artiste qui n'a pas de sens interdit, où que ce soit. J'ai un fan dans chaque maison et je me dois de donner du respect, de la considération, à chaque personne. »
Clips salaces...
« La danse fait partie de notre culture. Le « ventilateur », « climatiseur », « warmbith », « leumbeul » sont des formes de danses qui ont été créées par les Sénégalais.
Si c'est salace, ce sont eux qui les ont créées. Depuis toute petite, je vois ça, j'entends ça. Une danse aussi est faite pour être sensuelle, suggestive. Maintenant, je dois l'avouer, il y a en a qui exagère dans leur façon de faire. Encore une fois, c'est leur choix, ça les engage. »
Appel à la paix
«Un anniversaire placé sous le signe de la paix et la concorde nationale. Il se trouve que cela coïncide avec la date de mon anniversaire. J'ai envie de donner un cadeau fabuleux aux Sénégalais, parce qu'ils m'ont tout le temps donné.
En général, on reçoit le jour de son anniversaire, cette fois-ci j'inverse les rôles. Ce que je demande aux Sénégalais, je sais que la vie est très chère, c'est de ne pas mettre le feu dans le pays.
Main dans la main, unissons-nous, même si on doit revendiquer fermement nos droits. Faisons tout dans la légalité, la dignité, la politesse. Ne mettons le feu nulle part.
Quelles que soient les candidatures validées par le Conseil constitutionnel, à l'arrivée du vote, que chacun aille accomplir son droit civique dans la dignité et le respecte des résultats.
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