85% des séropositifs en RDC n'ont pas accès à un traitement antirétroviral.
C'est la conclusion alarmante d'un récent rapport publié par l'ONG Médecins sans Frontières-Belgique. Gina a dû patienter pendant 2 ans avant de pouvoir bénéficier d'un traitement, elle se dit chanceuse. D'autres attendent en vain.
Pour Gina, 25 ans, tout a commencé en février 2005. "J'avais de fortes fièvres, des maux de tête interminables et la diarrhée. J'ai fréquenté de nombreux dispensaires sans avoir une idée précise du véritable mal qui me rongeait".
Retour pénible à la vie
Ce n'est que deux ans plus tard, en 2007, que Gina apprend qu'elle est séropositive. "C'était un gros choc pour moi. Je me voyais déjà morte", se rappelle-t-elle. "Le médecin nous a demandé de quitter l'hôpital. Il disait qu'il ne pouvait rien faire pour nous. Tout espoir s'est envolé lorsque nous nous sommes rendues dans deux autres centres spécialisés de prise en charge du VIH/SIDA et qu'il nous a été clairement signifié qu'on ne pouvait rien faire pour nous étant donné qu'il n'y avait pas d'ARV disponibles pour des nouvelles personnes", poursuit la mère de Gina, heureuse de revoir sa fille reprendre ses forces.
Gina est restée un an à la maison sans soins appropriés. C'est finalement en 2009 qu'elle a commencé à bénéficier d'un traitement antirétroviral après qu'un membre de sa famille l'eut recommandée dans un centre hospitalier financé et géré par Médecins sans Frontières.
Difficile accès aux soins
L'histoire de Gina ressemble à celle des milliers de Congolais atteints du virus du sida. On estime actuellement à plus d'un million le nombre de séropositifs en RDC et à 350.000 le nombre de personnes qui devraient bénéficier d'un traitement antirétroviral. Les conditions d'accès aux soins sont pour la plupart catastrophiques. Selon MSF-B, seuls 44.000 patients sont effectivement sous traitement, ce qui représente un taux de couverture de 14%.
Et seul 1% des femmes enceintes bénéficierait d'une médication destinée à prévenir la transmission du virus de la mère à l'enfant.
Victime d'une prise en charge tardive, Gisèle, 40 ans, regrette d'avoir contaminé son enfant alors qu'elle pouvait l'épargner. "J'ai été dépistée en 2006, mais on m'a fait comprendre que mon état ne nécessitait pas un traitement. En toute confiance, j'ai repris ma vie d'avant, je croyais même avoir été guérie miraculeusement. Je suis tombée enceinte deux ans plus tard et j'ai accouché d'un enfant qui était tout le temps malade". C'est seulement en 2011, que Gisèle a pu avoir accès aux soins. "Je ne pesais plus que 20 kilos. Grâce à un ami, j'ai pu trouver un centre qui m'offre gratuitement les produits, pour moi et mon enfant. Je pèse 68 kilos aujourd'hui et mon enfant se porte bien", tient-elle à préciser.
Payer ses examens médicaux
Les personnes infectées se retrouvent dans l'obligation de payer certains préalables avant d'avoir accès aux soins VIH gratuits. Dans un pays où les deux tiers de la population vivent avec 1, 25 dollar par jour, le manque d'argent peut aussi signifier la résignation. "Il faut une consultation médicale, il faut des bilans de laboratoire pour déterminer le régime ARV que le patient doit prendre ... Et tout cela n'est pas pris en compte dans le paquet minimum que le gouvernement offre. Tous ces frais sont à la charge des ménages et c'est autant de barrières qui diminuent l'accès aux ARV qui sont officiellement gratuits", explique le Dr Maria Mashako, du Centre hospitalier de Kabinda, à Kinshasa.
L'avenir reste sombre pour de nombreux malades dans le pays. Le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, principal financeur des ARV en RDC, a décidé de diminuer sensiblement ses subventions à cause de la crise financière. Face à cette réalité, les associations de lutte contre le sida appellent le gouvernement congolais à accroîetre et débloquer entièrement les 7% de son budget santé alloués à la lutte contre le sida. Un appel qui tarde encore à être entendu.
*Les noms des personnes atteintes citées dans cet article sont d'emprunt.
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