Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Présidentielle 2012 - Le second tour ou le début des coalitions contre-nature ?

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Photo: Facebook
Abdoulaye Wade candidat à sa propre succession au Sénégal

Le Sénégal vient, avec le scrutin du 26 Février 2012, de montrer de manière remarquable à la face du monde, qu'une élection peut se passer en Afrique sans barbarie aucune.

Le comportement exemplaire et la détermination du peuple sénégalais, de chaque citoyen et citoyenne, le jour du scrutin de s'acquitter de son devoir électoral étaient une preuve de la maturité de l'Homme Sénégalais !!

La veille du scrutin, une tension extrême régnait dans le pays, entretenue par des personnes mal intentionnées et peu respectueuses de la démocratie qui prédisaient le chaos pour notre pays.

Accablées par le spectre de violences post électorales, la plupart des sénégalais ou ceux qui pouvaient s'offrir ce luxe avaient déjà fait leurs provisions. C'est dans ce climat que le lendemain, je me suis résolue à m'acquitter de mon devoir citoyen comme tout sénégalais.

C'est le lieu de rendre hommage à tous les citoyens et toutes les citoyennes qui ont vaillamment décidé de voter au lieu de se laisser happer par des menaces finalement vaines.

Les premières tendances issues du scrutin semblent indiquer que le second tour est inévitable. Et que dans cette perspective, le quarté dominant va se composer de :

Me Abdoulaye Wade, candidat de la Coalition des FAL ;

Mr Macky Sall, candidat de la Coalition Macky 2012 ;

Mr Moustapha Niasse, candidat de la Coalition Benno Siggil Sénégal ;

Mr Ousmane Tanor Dieng, Candidat de la Coalition Benno ak Tanor.

Les choses sérieuses et pas forcément rationnelles commencent maintenant !! Car le paradoxe du citoyen s'est de ne pas être d'accord avec la candidature de Me Abdoulaye Wade et de le créditer quand même comme le premier candidat avec son score même provisoire. L'abstention des autres citoyens est bien réelle et Me Abdoulaye Wade, en dépit de la mobilisation de la rue qualifiée de populaire reste provisoirement en tête , même s'il n'a pas encore un score qui lui permet valablement d'être vainqueur au premier tour.

De ce fait, le jeu des alliances au Sénégal va être désormais, l'exercice favori des potentiels aspirants au Palais de la République. Et ce jeu va se faire en dehors de toute idéologie et de toute objectivité et va s'analyser avec des greffes avec tous les risques de rejet liés à la fragilité d'une telle opération surtout si elle est faite par des personnes obnubilées par leurs intérêts personnels.

Que risque t'il de se passer après le discours apaisant du candidat des FAL, Me Abdoulaye Wade ?

Naturellement, les états majors des candidats assoiffés de pouvoir en dehors de toute étique vont reprendre leurs calculettes qu'ils n'ont jamais abandonnées pour voir les perspectives de négociation.

Je ne serais pas étonnée de voir les folles combinaisons suivantes :

1ère combinaison

Le Candidat Mr Idrissa Seck retourne à la maison du Père en mettant sur la table la « carte Thiès » malgré les déclarations de ses lieutenants. Le candidat s'est toujours considéré comme l'un des actionnaires les plus importants et membre fondateur du Parti Démocratique Sénégalais, -le PDS-. La conception patrimoniale de certains partis politiques pourrait faciliter le retour de l'enfant turbulent et prétentieux à la maison du Père qui en excellent stratège essaie de sauver ce qui reste du Parti Démocratique Sénégalais qu'il a tant chéri et qu'il a envie de préserver malgré toutes les opérations de lifting déjà effectuées.

Ce qui intéresse Mr Idrissa Seck c'est de devenir le 4ème Président de la République du Sénégal et il sait qu'il ne peut pas actuellement s'asseoir sur le siège du Président par la voie des urnes. Il a besoin de facilités et le Père d'emprunt peut toujours lui offrir cela s'il se décide à ne continuer le mandat si toutefois il gagne au second tour. Je suis entrain d'imaginer l'hypothèse d'une vice présidence réintroduite par la magie des réformes et de l'Assemblée et du Sénat et qui pourrait permettre au fils d'emprunt de continuer le reste des années de pouvoir et de se préparer valablement pour remporter la prochaine élection et dépoussiérer ainsi son système de maillage jadis efficace mais aujourd'hui dormant.

Dans ce cas, advienne que pourra au PDS et bonjour les rivalités et guerres de tendances très chères à ce Parti qui a le seul mérite d'être coaché par une personne d'une rare intelligence, Me Abdoulaye Wade et qui ne doit encore son unité que par la présence du Maîetre. Pour régler définitivement la question du numéro 2, il faut organiser des primaires à l'intérieur de ce Parti et permettre au moins aux candidats suivants qui sont contre vents et marées restés dans la barque : Mr Ousmane Masseck Ndiaye, Mr Mamadou Seck, Me Pape Diop et Mr Souleymane Ndéné Ndiaye et d'autres qui le souhaitent de mesurer leur popularité et tester leur légitimité pour manager ce Parti.

2ème combinaison :

Mr Macky Sall qui se voit déjà au Palais gagnerait à se rapprocher des autres candidats principalement de Messieurs Ibrahima Fall et Tanor Dieng pour bénéficier de leurs consignes de vote et de leurs expertises. Il a actuellement le vent en poupe et cet effet de mode devrait le servir et il devrait éviter de reconduire systématiquement le schéma de Wade et de faire de l'APR le siège et le repère de tous les transhumants du PDS.

Ce à quoi les sénégalais et sénégalaises attendent de lui c'est principalement 3 choses :

La fin des impunités ;

Une gestion correcte et impartiale des affaires de l'Etat ;

Une amélioration des conditions de vie du sénégalais.

Dans ce sens, toute alliance, redoutée par tant de sénégalais qui le considèrent toujours comme « le second couteau de.... », avec Me Abdoulaye Wade, devrait être exclue !! Et en matière de stratégie, il gagnerait réellement à faire siennes les conclusions des assises nationales, continuer la stratégie de proximité et enrichir son programme.

3ème combinaison

Cette combinaison a deux variables.

Mr Moustapha Niasse, le faiseur de Président, devrait pour l'histoire soutenir le numéro 2 de l'opposition. En le faisant, il va largement contribuer à la recomposition du paysage politique sénégalais et envoyer à la retraite méritée tous les plus de 65 ans. La recomposition qui est entrain de se faire va se poursuivre et s'imposer inéluctablement. Il est de leur devoir moral de se retirer et de promouvoir les jeunes cadres compétents qui foisonnent dans leurs partis politiques et qui n'occupent jamais le premier rôle. Et si cela se trouve que ce numéro 2 est Mr Macky Sall, il faut le soutenir sauf cas exceptionnel où lui-même se trouve numéro 1 à la fin du dépouillement du scrutin !!

C'est un cas véritablement complexe Mr Niasse !!! Il veut, souhaite et rêve de devenir Président à tout prix et je pourrais m'imaginer que le M23 travaille à cela puisque qu'il est membre de ce Mouvement!! Et sa seule chance, dans ce cas exceptionnel, c'est que Me Abdoulaye Wade-le Maîetre- se retire et ne se présente pas au second tour pas non pas pour faire plaisir à Mr Niass mais pour gêner...........Mr Sall.

L'avantage de cette hypothèse est qu'il sera enfin Président et Mr Macky Sall devra attendre............................2017 ou 2019 malgré la menace de gouvernement parallèle.

Qui va acheter cette combinaison à deux variables le jour du vote pour le second tour?

4ème combinaison

Mr Tanor Dieng soutient Me Abdoulaye Wade!!! Une hypothèse surréaliste me diriez-vous ? mais bien possible !! Au Sénégal, pour paraphraser l'autre « les partis n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts en jeu ». Ce choix suicidaire de Mr Dieng risquera de l'envoyer définitivement à la retraite politique. S'il accepte ou se met dans de telles prédispositions, les risques encourus pourraient s'analyser comme suit :

il perdra le peu de voix qu'il avait engrangé au premier tour ;

il va se retrouver dans une guerre coriace qu'il n'a jamais connue au Parti Socialiste ; il va permettre à des hommes et femmes de valeur du Parti Socialiste qui n'accepteront jamais de tels compromis tels Madame Aminata Mbengue Ndiaye, Mr Khalifa Sall et Me Aïssata Tall Sall de s'organiser à l'aide d'élections primaires pour prendre la tête du Parti Socialiste ;

il va se retrouver dans la même situation que Mr Moustapha Niasse en 2000 c'est-à-dire inexistant dans un gouvernement pléthorique.

Les dès ne sont pas encore jetés et j'espère qu'ils ne sont pas pipés... et l'exception sénégalaise pourrait encore alimenter les chroniques africaines, occidentales voire mondiales.

Parce que cette présidentielle 2012 est décisive, parce qu'elle risque de sonner le glas à la plupart de cette bourgeoisie sénégalaise qui, pour la plupart , a envie de vider des contentieux personnels et anciens, le second tour de l'élection présidentielle, risque de dévoiler des jeux d'alliance jusqu'ici jamais soupçonnés mais qui vont révéler le véritable visage des « personnages » composant notre classe politique actuelle.

La seule chose rassurante c'est que le Sénégal de 2012 est différent du Sénégal de 2000.

Chaque sénégalais est conscient de la force de sa carte d'électeur et s'est lancé un défi en Afrique :

Ne pas s'offrir en spectacle et montrer que la démocratie et l'alternance en Afrique sont possible sans massacre

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