Le Nouveau Réveil (Abidjan)

1 Mars 2012

Cote d'Ivoire: Après la crise post-électorale - Duékoué entre misère et méfiance

Duékoué, a payé un lourd tribut dans la crise politico-militaire qui a secoué la Côte d'Ivoire, ces dix dernières années. Pour le visiteur d'une journée, la vie a repris à Duékoué. On dira que la ville renaît progressivement de ses cendres. Le commerce, véritable atout de la "Cité carrefour" a repris.

Le transport, et les établissements scolaires également. Et pourtant, au-delà de cette image flatteuse, la cité cosmopolite connaît un manque véritable de cohésion sociale. Du bout des lèvres, certains habitants Guéré ou Malinké, vous diront qu'une cohabitation exemplaire a aussitôt succédé à la dernière crise post-électorale. La dernière fois que nous y étions à la faveur des législatives partielles, voici ce qui nous a été donné de constater dans la "Cité martyre".

Etablissements scolaires

A l'image du lycée moderne, beaucoup sont les lycées, collèges et écoles primaires qui ont réouvert. Cependant, vous êtes parfois surpris qu'il y ait un nombre réduit d'élèves sur le chemin de l'école. «L'insécurité qui règne à Duékoué fait que beaucoup d'élèves ont opté pour de nouvelles destinations. Les plus audacieux que nous sommes, il y un frein à notre rythme», confie Claudia, une élève rencontrée au cours.

Commerce et transport

Au centre ville, ce sont quelques magasins qui ont ouvert, affichant leurs prix, mais la clientèle se fait rare. Pour Ahmed, vendeur d'engins à deux roues, seul ce secteur prospère pour l'instant. «Avec la vente de motos, nous arrivons à faire une bonne recette. Des clients passent leur commande avant que la marchandise n'atterrisse parce que les taxis communaux sont de moins en moins prisés», constat que l'on peut partager sans risque d'avoir tort. A Duékoué, il est très difficile de se déplacer d'un bout à l'autre de la ville. Selon RMD, il y a dix sept taxis pour toute la ville de Duékoué.

Vrai ou faux ? Nous ne saurions en dire plus. En dehors des motos, beaucoup se déplacent à pieds. Quant au marché de Duékoué, il est actuellement sous approvisionné. Vouloir y faire des achats serait, pour l'instant, une simple balade. Peut-être pour les friands du vin de palme, le déplacement en vaut la peine. C'est un produit très présent dans la ville. Au niveau des maquis, bars et hôtels, ce n'est pas encore la grande satisfaction. Ces espaces de rencontres et de régal refont peau neuve certes mais la qualité n'y est pas. Sans doute que la faible clientèle contraint les opérateurs à prendre moins de risques. Surtout que certains réceptifs hôteliers, tel que Monhesséa, sont toujours occupés par les Frci.

L'insécurité, un véritable handicap

Parler d'une reprise effective de la vie à Duékoué serait sans tenir compte de certaines réalités pour lesquelles les autorités compétentes doivent être interpellées sans cesse. Une cité où règne l'insécurité, les activités économiques, et même culturelles ne peuvent pas prospérer. Non seulement la psychose née des atrocités ayant fait 3000 morts selon certains rapports, demeure vive. Chaque jour le processus de réconciliation rencontre de réelles difficultés.

La cohabitation pacifique entre Guéré et Malinkés

En dépit de tout ce qui a été déjà fait dans le sens de l'apaisement à Duékoué, beaucoup reste à faire. Dioula et Guéré n'ont pas fini de digérer ce qui vient de les diviser. C'est une cohabitation sur fond de méfiance. Si la dernière campagne électorale pour les législatives a permi de créer une ambiance de fête dans la ville de Duékoué, elle aura également permis d'évaluer l'état d'âme des communautés qui y vivent. A Guitrozon et à Petit Duékoué par exemple, voici ce qui constitue une préoccupation majeure pour les populations : faire la lumière sur les atrocités qui ont endeuillé leurs localités.

Ils l'ont exprimé tout haut face au candidat Pdci, le vendredi 24 février dernier. «Nous avions boycotté les législatives au premier tour par une forte abstention parce que nous n'avons pas fini de pleurer nos morts. Avec l'élection de Touré Yah, nous espérons qu'un jour, la lumière sera faite sur les évènements de Guitrozon et de Petit Duékoué», ont-elles dit. Du côté des Malinké, l'on réclame également justice. "Que justice soit faite pour situer les responsabilités". Selon eux, le comble, aujourd'hui, c'est qu'un malaise plane au sein de la même communauté Malinké. Une situation née des dernières législatives. En somme, Duékoué est loin de connaître son lustre d'antan si rien n'est fait pour ramener la sécurité et avec elle la cohabitation pacifique et la cohésion sociale.

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