Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Touba-Mbacké, dans l'univers «clandestin» des vendeurs de tabac

A l'entrée de Touba-Mbacké, une arche annonce la fin de la licence de jouissance des épicuriens. C'est la fin des plaisirs mondains, comme le fait de griller un clope par exemple.

Selon les scientifiques, deux contraires s'attirent et les interdits en vigueur dans la ville sainte incitent le développement de ces pratiques on ne peut plus malsaines à Mbacké. C'est le cas de la vente du tabac.

« Non au tabac, oui au Ndiguel ». Le panonceau noirâtre aux écritures blanches et rouges est visible aux entrées de Touba. C'est le cas sur la rocade, sous l'arche annonçant l'entrée dans la ville sainte.

De l'autre côté, sur la route de Mbacké, juste après la station d'essence, commence une vaste zone fumeur où ce qui est interdit de l'autre côté devient de facto permis et licite.

Dès l'arrêt du bus, tout un commerce de circonstance s'est développé. Une dizaine de cantines et de huttes sont dressées pour abriter les petits commerces, la vente de friandises, de « café Touba », mais aussi et surtout de tabac et tout ce qui va avec.

Assises derrière leurs tables bien garnies, une demi-douzaine de dames proposent principalement du tabac, de la cigarette, des boîetes d'allumettes, de la cola, du papier à enrouler, des ficelles de tabac, des bonbons, etc.

Maman Kâ, une jeune dame vivant avec un handicap moteur, raconte sa vie de vendeuse de tabac aux portes de Touba la sainte.

«J'ai commencé à vendre du tabac depuis que j'ai abandonné les études. Cela doit faire 5 à 6 ans maintenant», dit-elle stoïquement. A côté des deux béquilles sous sa table, elle philosophe : « il faut que je m'occupe utilement pour pouvoir subvenir à mes besoins, autrement on risque de succomber aux tentations de la facilité ».

Pour elle, le danger ce sont ces gens qui rôdent plutôt autour des dames parfois désoeuvrées plus qu'autre chose.

Les véhicules de transport de passagers entre Touba et Mbacké font la navette régulière entre les deux villes. Ils s'arrêtent régulièrement à cet arrêt où le commerce de tabac de Maman et de ses voisines a pignon sur rue. Parfois un apprenti ou son chauffeur profite de la halte pour se payer de la cigarette raffinée ou une ficelle de tabac pour satisfaire son désir de tirer quelques bouffées.

Un commerce laissé aux femmes

Parfois même, c'est un résidant de Touba qui se déplace pour Mbacké, juste pour fumer et retourner chez lui. C'est le cas de ce quarantenaire trouvé sur la route de Dakar en train de fumer à satiété.

«Ce n'est pas facile d'être fumeur à Touba », reconnait-il sous le couvert de l'anonymat.

Quotidiennement, soutient-il, il se déplace, au moins, deux fois sur Mbacké pour fumer. « Une fois ici, je fume entre 2 à 4 cigarettes », soutient cet homme qui a « séjourné pendant longtemps » en Occident. A l'en croire, il dépense chaque jour 500 Francs Cfa au minimum pour fumer.

Les métiers, tout comme le langage, sont la résultante des réalités locales. A Mbacké, le commerce du tabac a commencé à donner naissance à d'autres occupations.

Des personnes valides fabriquent des ficelles de tabac moyennant de l'argent. Chez les vendeuses de l'arrêt susmentionné, ils sont retranchés derrière et à côté des cantines. Moyennant 100 francs Cfa, ils fabriquent des ficelles avec un paquet de papier à enrouler et un verre de tabac pour les femmes. Ils ne veulent pas parler de leur métier qu'on pourrait peut-être appeler « ficeleur », surtout pas à la presse.

M. Gadiaga, qui s'impose auprès d'eux en véritable leader d'opinion, est venu cet après-midi leur parler de l'importance pour un citoyen de s'acquitter de ses devoirs civiques, notamment par rapport aux élections. « Aucun des 14 candidats n'a parlé de la restauration de nos valeurs, ils ne m'ont pas convaincu, je vais faire un vote blanc », dit cet homme qui croit que les gens font ce métier parce qu'ils n'ont pas le choix face au désoeuvrement.

Un « dahira » en brigade contre les interdits

Il estime que le véritable challenge des autorités politiques serait de dérouler une politique d'emploi dans les villes de l'intérieur du pays pour fixer les populations. En attendant, le commerce du tabac continue de plus belle aux portes de Touba. Maman, qui espère avoir beaucoup plus de moyens pour vivre pleinement de son activité, ne comprend toujours pas les opérations « coup de poing » menées par les autorités pour «saisir (leurs) commerces».

Elle le pense d'autant plus que les vendeurs de tabac n'exercent pas dans le périmètre de Touba. La guerre contre le tabac se mène aussi dans les véhicules qui circulent dans la ville sainte. Selon M. Diouf, un administratif en fonction à Mbacké, la brigade de Touba les arrête parfois pour des fouilles inopinées sur les occupants.

Dans l'organisation du travail à Touba, c'est le «dahira Safinatoul Aman», dont le responsable moral est Serigne Mbaye Sarr, qui est chargé de la lutte contre les interdits dont les plus «stricts» remontent au khalifat de Serigne Abdou Ahad Mbacké.

Selon le journal spécialisé « L'abreuvoir des assoiffés », ce « dahira » a procédé le 11 mai 2011 à l'incinération des produits saisis. Selon ce journal, il a été procédé, en 2011, à l'arrestation de 700 personnes fautives d'interdits, d'actions indécentes et d'activités clandestines. Selon toujours ce journal, 147 salons de coiffure se trouvant «dans les environs de la grande mosquée» ont été fermés l'année dernière.

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