Libération (Casablanca)

1 Mars 2012

Maroc: Des contraintes empêchent l'application des dispositions du code de la famille

300.000 affaires de violence contre les femmes sont traitées annuellement par les tribunaux marocains. Un chiffre alarmant qui vient d'être dévoilé par Abderrahim Chiker, adjoint du procureur du Roi à la Cour d'appel de Safi lors d'une table ronde organisée le 22 février 2012 par l'Association féminine de lutte contre la violence à l'égard des femmes dans la région Doukkala  Abda.

Visiblement, l'important arsenal associatif, institutionnel et juridique dont dispose le Maroc en la matière n'a pas réussi à stopper ce mal qui ronge la famille marocaine et la femme en particulier.

Ces statistiques inquiétantes nécessitent une étude approfondie des vraies causes de ce phénomène menaçant la stabilité du noyau dur de la société.

A cet effet, des cellules régionales et locales ont été instaurées auprès des Cours d'appel en vue de décortiquer les dessous de ces dérives dans les relations homme-femme, dans le cadre d'un travail de proximité basé sur une approche participative.

D'après Abderrahim Chiker, la prise en charge des femmes agressées commence par l'enquête préliminaire en parallèle avec une prise en charge médicale et psychique des victimes, puis la poursuite judiciaire qui débouche sur un verdict exécutoire.

Il n'est pas toujours évident de prouver le préjudice moral et physique causé par la violence conjugale, précise Chiker, qui a dénombré plusieurs contraintes telles l'application de l'article 53 du Code de la famille, l'absence d'un cadre juridique pour les cellules d'écoute, et le déficit en centres d'hébergement et de soutien des femmes agressées .

Aicha Sekmassi, militante en matière de lutte contre l'agression faite aux femmes, a mis en valeur l'apport de la société civile sans omettre de citer les efforts fournis par le ministère de la Justice dans le même sens.

La pire des violences, poursuit-elle, est incontestablement celle perpétrée à l'encontre des femmes, signalant au passage la mauvaise application de la note diffusée par le ministère de la Justice en 2005.

Karima Kassimi, présidente de l'Association féminine de lutte contre la violence à l'égard des femmes à Safi a mis en avant la stratégie élaborée par l'Etat pour l'éradication du phénomène par le biais de structures institutionnelles, cellules régionales et locales à titre d'exemple, qui, aux côtés de la société civile, réalisent un travail honorable.

Zakeya Chramou, représentant l'Association Ennakhil à Marrakech, a partagé avec les participants l'expérience de la société civile qui a été à l'origine de la prise de conscience de la gravité du fléau par les officiels. A cet effet, elle a insisté sur le rôle important que joue l'appareil judiciaire pour la protection des victimes.

Bouchra Ghanbouri, encadrante au sein du Centre d'écoute et d'orientation juridique à Safi, a illustré son intervention par des statistiques et des indicateurs reflétant la gravité du problème notamment dans la ville de Safi pour l'année 2011.

Ledit centre avait pris en charge 340 femmes dont 45 % du milieu rural. Selon Bouchra Ghanbouri, la violence économique vient en premier lieu suivie de l'agression physique.

Les femmes au foyer étaient les plus exposées aux agressions avec 140 cas. Les violences conjugales avaient atteint 131 cas parmi ceux pris en charge par le Centre qui fonctionne avec ses propres moyens.

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