Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Daha Chérif Bâ revisite l'histoire des sociétés sénégambiennes à travers la culture populaire

« Les cultures populaires en Sénégambie. Fêtes et folklores dans les aires culturelles fulwe. Sens et dynamiques, 1512-1980 » est le thème de la thèse de doctorat d'Etat soutenue par Chérif Daha Bâ. A travers cette étude, il nous fait redécouvrir les véritables ressorts de nos cultures orales. Une réhabilitation de l'histoire sociale oubliée, voire négligée.

Daha Chérif Bâ, Maître-assistant au département d'Histoire de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), a soutenu, le 17 février dernier, une thèse de doctorat d'état sur le thème « Les cultures populaires en Sénégambie. Fêtes et folklores dans les aires culturelles fulwe. Sens et dynamiques, 1512-1980 ». Dans ce travail richement documenté par des sources orales et des enquêtes sur le terrain, l'auteur nous mène au coeur de l'univers des dépositaires des héritages culturels, folkloriques, corporatifs, religieux, mystiques, magiques, etc., qui ont, largement, contribué à façonner notre vision du monde.

Dans la première partie, il nous présente les principales catégories socioprofessionnelles vivant dans la vallée du fleuve Sénégal, la zone culturelle du centre-est et celle du Fuladu (Haute Casamance), aires géographiques de l'étude, en mettant en exergue « toutes celles qui sont créatrices, porteuses et véhiculaires du riche patrimoine culturel matériel et immatériel ».

Dans la deuxième partie, « Production culturelles et scènes folkloriques sous l'ère ceddo, 1512-1883 », il étudie les chorégraphies, les chansons et poèmes créés sous cette période antéislamique pour en dévoiler et en décliner les divers aspects qui sont axés principalement sur les métiers de la guerre, l'usage et la symbolique des armes de combat et de parade, le sang, la mort honteuse ou honorable.

Mutations liées à l'Islam

Il nous montre également les mutations des fêtes et folklores sous le « rouleau compresseur de l'islam » qui a fortement remodelé et réorienté tous ces aspects du patrimoine culturel des populations sénégambiennes. Selon l'auteur, la vallée du fleuve Sénégal, sorte de « ceinture de feux volcaniques », était un terreau fertile pour l'éclosion des formes culturelles poétiques.

Dans le même sillage, la troisième partie, « Sociétés sénégambiennes, islam, colonisation et productions culturelles, 1883-1980 », décline les impacts profonds générés par les changements occasionnés par l'islam toroodo sorti victorieux et triomphant des corps-à-corps meurtriers avec la puissance « Deenyanke » (dynastie royale au Fuuta à l'époque des Ceddo).

C'est ainsi qu'émergea une poésie religieuse qui s'est attachée « à supplanter, voire gommer toutes les formes authentiques et originelles fuutanke vues comme laïques, blasphématoires et même hérétiques ». Le grand mérite de Daha Chérif Bâ est de nous avoir montré comment le pouvoir du poème (beyti), plus que celui de l'épée, a permis d'implanter l'islam et ses fondamentaux au sein des sociétés vivant encore dans les liens du paganisme. La colonisation et l'urbanisation ont prolongé ce processus de transformation des cultures populaires, dit-il. M. Bâ, au terme de la soutenance, a obtenu la mention Très Honorable.

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