Afrique: Moins d'extrême pauvreté mais pas moins d'aide

L'extrême pauvreté est en train de baisser à l'échelle planétaire. Cette bonne nouvelle a été récemment annoncée par la Banque mondiale. Et cette ligne ascendante se poursuit, en dépit de la crise économique en Occident. Peut-on enfin réduire l'aide au développement ? Non, dit Hans Arians, rédacteur en chef de OneWorld, un mensuel sur l'aide au développement et auteur de l'article ci-dessous.

Alors que l'Union européenne est en proie à la crise de l'euro et doit faire d'importantes restrictions, dans d'autres continents on hausse les épaules : comment ça ? une crise ? Dans le renversement des rapports de force à travers le monde, l'avancée de l'Afrique constitue un phénomène particulièrement étonnant. Si The Economist qualifiait l'Afrique il y a dix ans encore de "continent sans espoir", le mois dernier le même hebdomadaire britannique parlait, dans son article de couverture, du "continent plein d'espoir".

Ce "plein d'espoir" est dû surtout aux chiffres de croissance. Six des dix économies les plus croissantes se trouvent en Afrique. La croissance moyenne de cette année, tout comme l'an dernier, s'élève à 6%. Et les chiffres sur la pauvreté donnent également de l'espoir, a calculé la Banque mondiale. Pour la première fois depuis 1981 (lorsque la Banque s'est mise à mesurer), moins de la moitié des pays de l'Afrique subsaharienne se trouvent sous le seuil de l'extrême pauvreté, à savoir 1,25 dollar par jour.

"Arrêtez l'aide"

Cette bonne nouvelle s'est rapidement propagée, tout comme, en général, la suggestion que nous pouvons désormais nous retirer de l'Afrique. Arrêter l'aide, donc. De quoi réjouir les milieux gouvernementaux de La Haye, paraîet-il

Cependant, c'est aller vite en besogne que de réagir ainsi. Tout d'abord, il y a encore énormément de pauvres : en Afrique subsaharienne quelque 400 millions d'habitants. Et la Banque mondiale souligne que le seuil de la "simple" pauvreté, 2 dollars par jour, est loin d'être une fortune. Dans les pays africains au sud du Sahara, 70% de la population vit sous ce seuil.

On pourrait avancer que c'est aux gouvernements des économies émergentes d'aborder le problème de la pauvreté. Cela se produit progressivement aussi, mais dans des pays comme l'Angola ou la Guinée équatoriale le boom qui a eu lieu récemment est mal réparti. Et il y aussi des pays qui n'ont pratiquement pas (encore) d'Etat qui fonctionne - que l'on pense à la Somalie, la RDC, le Soudan du Sud.

Structures sociales

Les économistes du développement se demandent ce qui est à la base de la baisse des chiffres sur la pauvreté. Jusqu'à présent, l'aide occidentale a joué un rôle important dans ce domaine, estime Lant Pritchett, professeur à l'université d'Harvard, aux Etats-Unis. Cependant, selon lui, cette aide s'est trop bornée à créer des structures sociales afin d'élever en tout cas les gens au-dessus de la norme du dollar par jour.

Ces chiffres de croissance en Afrique doivent être en particulier attribués à la hausse des prix de matières premières et à l'avantage démographique d'une population jeune. Indirectement, ce dernier point est également un succès de l'aide. L'Occident a beaucoup investi dans l'éducation et la santé en Afrique. Dans les Etats fragiles ou nouveaux, comme la RDC ou le Soudan du Sud, l'unique infrastructure sociale est celle qui vient des organisations d'aide.

Meilleurs arguments

Entre-temps l'aide au développement accordée aux pays en développement a baissé, en 40 ans, de 70 à 13% de la totalité du flux monétaire. Les remises de fonds et les investissements ont dépassé l'aide. Mais il est encore bien trop tôt pour qualifier l'aide de superflue.

Ce n'est pas uniquement l'aide aux personnes souffrant de famine en Somalie ou aux mères touchées par la guerre en Sierra Leone que cette aide est importante : elle l'est aussi pour l'aide pour le commerce par exemple, une aide servant à la construction de l'infrastructure nécessaire aux relations commerciales. Si les Pays-Bas veulent, à l'instar de la Belgique, faire des coupures dans leur budget au développement, ils devront trouver de meilleurs arguments pour le faire.

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