La Tribune (Algiers)

Algérie: Les députés entre querelles internes et appétits personnels

Photo: La Tribune
Affichage des listes pour les législaives

Il suffit de savoir que très peu de gens, des électeurs pour l'écrasante majorité, connaissent déjà les noms des députés de leur région pour se rendre compte, primo de la légitimité élective des «élus de la nation», secundo de la crédibilité de leur mandat et tertio du véritable taux de participation de la population aux élections législatives.

La plupart des électeurs ignorent aussi le nombre de députés élus via les listes de leur circonscription, leurs inspirations idéologiques ou leur appartenance politique, leurs projets ou du moins leurs promesses électorales, ne connaissent pas le rôle politique et parlementaire des élus APN, leur influence sur le gouvernement, la confection des lois, le volume et la répartition budgétaire et enfin les devoirs et les exigences du mandataire de l'Assemblée.

Globalement, c'est durant la période de la campagne électorale et du vote pour les législatives que le débat sur la fonction du député revient sur la scène médiatique et au sein des QG des partis avant de disparaîetre avec le commencement du mandat électif.

De plus, ce débat se limite aux cercles restreints des structures politiques agitées essentiellement par la guerre de placement sur les listes électorales pour les législatives.

Le débat ne quitte pas pour ainsi dire les bureaux des concernés directement par l'élection à l'Assemblée et les dividendes électoralistes ; on se chamaille pour être porté sur une liste et en bonne place mais rarement sur l'apport des futurs députés au développement de la région dont ils sont théoriquement les représentants et les défenseurs auprès des institutions de l'Etat.

Pour se rendre compte de la cassure qui s'installe entre le député et l'électeur, il suffit par exemple de voir le nombre d'interventions des heureux députés auprès des pouvoirs publics pour régler des problèmes de société, participer aux efforts pour trouver une solution au chômage, à la violence et aux combats de la société civile qui se débat presque seule contre les murs du silence et de la répression des institutions de l'Etat et de manière générale concernant les efforts de développement économique et social des espaces de la communauté qui a porté les députés là où ils sont. Et du coup, c'est là qu'ils se sentent plus redevables envers quiconque les interpelle sur l'actualité chaude des gens d'en bas.

Quand la population est secouée par des problèmes liés au développement et aux maux sociaux, on voit rarement «Monsieur» le député venir sur place, dans les villages déshérités de la région de Kabylie et les villes frappées d'anarchie et marquées par la clochardisation des aires collectives, apporter son soutien, proposer une sortie de crise ou du moins intercéder auprès des autorités locales.

La région de Kabylie vit une situation économique désastreuse, les problèmes de développement s'accumulent, le chômage gagne de plus en plus de terrain en l'absence d'une véritable politique d'industrialisation, d'utilisation à bon escient des potentialités naturelles et d'exploitation des ressources humaines locales.

Lors de la dernière décennie, la Kabylie a particulièrement vécu des épisodes de violence étatique et terroriste qui se sont aggravés au fil du temps avec leur lot de conséquences sur la qualité et le cadre de vie.

Y trouver un travail relève du parcours du combattant, les jeunes sans emploi, majoritaires, sont entassés, pour les plus chanceux d'entre eux, dans les dispositifs miséreux du pré-emploi ou vivent dans l'angoisse de l'impossibilité de respecter les échéances de remboursement de prêts bancaires contractés dans le cadre de la création d'entreprises.

A l'exception d'un ou de deux députés de la région, on n'a pas remarqué la présence des honorables représentants du peuple pour apporter soutien et réconfort aux populations locales qui ont affronté seules les abus d'autorité de l'administration locale dans la réalisation de projets qualifiés d'envergure au détriment des intérêts de la collectivité et des générations à venir et fait en sorte de se prendre en charge dans les situations de sinistres naturels par exemple.

On ne sait même pas où trouver les députés de la région pour s'en plaindre, car la promesse d'ouvrir une permanence de l'élu dans chaque wilaya n'est que chimère une fois le député bien installé dans sa résidence algéroise, loin des voix qui l'ont porté à cette place, synonyme de haut rang social pour l'ingrat porte-parole usurpé du peuple. Pour ainsi dire et pour la vox populi, le député est tout bonnement synonyme d'enrichissement abusif, symbole d'égoïsme et de lutte d'intérêts mesquins.

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