Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Visite de travail de Macky en France - Le président reçu à l'Elysée ce matin avec les honneurs

Le président de la République, Macky Sall, est arrivé à Paris, hier, un peu avant 18 heures (16 heures Gmt) à bord de l'avion de commandement, « La Pointe Sarène ».

Le chef de l'Etat, Macky Sall, a été accueilli à sa descente sur le tarmac de l'aéroport du Bourget par l'ambassadeur du Sénégal à Paris, Maïmouna Sourang Ndir et l'ambassadeur de France au Sénégal, Nicolas Normand.

Il est accompagné d'une forte délégation dans laquelle on distingue le ministre des Affaires étrangères, Alioune Badara Cissé, le ministre des Forces armées, Augustin Tine, le ministre de l'Economie et des Finances, Amadou Kane, le chef d'état-major général des Armées, le général Abdoulaye Fall, ainsi que ses conseillers spéciaux, El Hadji Hamidou Kassé et Abou Abel Thiam.

A la sortie de l'aéroport, le président de la République est descendu de sa voiture pour s'offrir un bain de foule avec des militants et sympathisants venus nombreux lui souhaiter la bienvenue. Il effectue en France une visite de travail de 24 heures sur l'invitation du président Nicolas Sarkozy qui a insisté pour recevoir le nouveau chef de l'Etat sénégalais, à quatre jours du premier tour de l'élection présidentielle en France, le 22 avril prochain.

Le président Macky Sall sera reçu, avec les honneurs, demain à 13 heures (locales) au Palais de l'Elysée par son homologue français pour un déjeuner de travail, avec la délégation qui l'accompagne et les autorités françaises. Macky Sall et Nicolas Sarkozy donneront ensuite une conférence de presse conjointe à l'Elysée pour faire le point sur l'état de la coopération entre les deux pays.

De l'Elysée, le président Macky Sall se rendra ensuite directement à l'aéroport pour s'envoler vers le Sénégal. Au cours de la soirée d'hier, il a reçu des militants de l'Alliance pour la République (Apr, son parti) dans son hôtel pour les remercier de leur soutien et de leur engagement. C'était la première rencontre entre lui et ses militants, depuis son élection à la magistrature suprême.

Le président Macky Sall, en visite de 24 heures en France, va s'inspirer du passé pour donner un nouveau souffle aux relations franco-sénégalaises. Elles n'ont pas toujours été marquées, à l'image de la fin de règne du président Wade, par un calme diplomatique. Commencées dès les premiers signaux d'autonomie avec la Loi cadre, puis avec la communauté française, les relations entre les deux Etats sont multiformes : diplomatie, économie, coopération militaire et stratégique.

Invité en octobre 1998 par Laurent Fabius qui présidait l'Assemblée nationale française, le président Abdou Diouf a eu l'honneur de faire le premier discours d'un chef d'Etat africain au palais Bourbon. Au même moment, l'opposition sénégalaise d'alors, composée d'Abdoulaye Wade, d'Amath Dansokho et de Landing Savané, entre autres figures, s'était déplacée à Paris pour dénoncer ce qu'il appelait « la dérive autoritaire du pouvoir ». Cette après-midi d'automne de 1998 est symbolique des relations franco-sénégalaises, depuis 62 ans. Un cheminement fait de nombreux hauts, mais de quelques bas également, comme le rappelle ce florilège de quelques faits marquants de cette histoire commune.

Avant la diplomatie et la coopération, les relations entre le Sénégal et la France prennent leur source à travers l'histoire commune de colonisateur et de colonisé. « La politique de coopération commence à partir et à l'intérieur de la communauté française, en 1958 », souligne l'historien Momar Mbaye qui a soutenu une thèse sur L'image des hommes d'Etat africains dans la presse française (Le Monde, Le Figaro, La Croix et l'Humanité) 1960-75.

« Ce sont des relations de domination, mais de nature privilégiée », insiste Albert Bourgi, professeur des universités en France et agrégé de droit public. C'est ce qui explique qu'après l'éclatement de la fédération du Mali, composée du Sénégal et du Soudan français (l'actuel Mali), en août 1960, la France et le Sénégal « signent des accords multiformes : économie, militaire, politique étrangère, coopération agricole », poursuit l'historien.

Tremplin pour la stature internationale de la France

Au lendemain des indépendances, la guerre froide marque une bipolarisation de la scène internationale entre Washington et Moscou. La présence française dans certains pays africains lui permet de se donner une stature internationale, rappelle Frédéric Turpin dans une thèse soutenue en décembre 2007, sur la politique française de coopération avec l'Afrique subsaharienne francophone au prisme de la volonté de puissance - 1969-1974.

La version officielle voulait que la France aide les nouveaux pays à mettre en place une nouvelle administration, à former de nouveaux cadres, en un mot à faciliter le développement des ces territoires qui retrouvent la souveraineté. Derrière cette politique, tous les moyens étaient bons pour avoir un pied en Afrique, comme ce fut le cas avec les bases militaires.

L'idée de départ était de former de nouvelles armées professionnelles. L'histoire nous montre que ce fut en général une manière d'aider certains présidents en place dans leur quête de conserver le pouvoir. « En 1962, l'opposition entre le président Léopold Sédar Senghor et le président du Parlement, Mamadou Dia, en est un exemple. L'Armée française à Dakar était plutôt prête à intervenir aux côtés de Senghor, alors que l'Armée sénégalaise avait une sympathie particulière pour Dia qui en était en même chef des Armées », raconte Momar Mbaye.

Les bases militaires sont aussi des tremplins pour continuer à avoir pied en Afrique. « En février 1964, le président gabonais Léon Mba est victime d'un coup d'Etat orchestré par de jeunes officiers. Sur demande du vice-président Paul-Marie Yembit, les forces françaises, qui allaient remettre le pouvoir à Léon Mba, sont parties de Dakar et de Brazzaville », rappelle l'historien Momar Mbaye.

La présence militaire française est remise en question avec la période de « Sénégalisation » d'Abdou Diouf, en 1974, alors Premier ministre de Senghor. « La base française de Dakar a été diminuée de moitié de ses effectifs. Le commandement a été confié à un Capitaine de vaisseau, l'équivalent dans la marine d'un colonel plutôt qu'un Amiral (général). Et, désormais, il n'est plus question d'interventions françaises en cas de troubles intérieur » précise toujours Momar Mbaye. Août 2011 marque le départ « définitif » des militaires français de Dakar qui faisait suite aux accords militaires entre les deux pays, signés en 1974.

Des relations complexes avec Mamadou Dia

Des relations faites de suspicion, mais aussi de jalousie. « La France du général De Gaulle s'est offusquée que le président Mamadou Dia, au retour d'un voyage en Urss, ne fasse pas escale à Paris, comme il était de coutume pour les dirigeants africains, pour saluer les autorités françaises », renseigne toujours l'historien Momar Mbaye. Au-delà de l'anecdote, ce sont des rapports complexes sur l'orientation politique, tournée vers le communisme du président du Parlement.

C'est ainsi que la réforme agricole de Mamadou Dia fut une source de tensions entre les deux pays. La vision du natif de Khombole, d'une agriculture qui doit d'abord bénéficier aux locaux, se confronte aux intérêts des intermédiaires et grandes maisons de commerce françaises. « En 1962, une grande partie des députés sénégalais avait accepté, d'après l'historien Momar Mbaye, de voter la motion de censure déposée à l'Assemblée nationale contre Mamadou Dia, parce qu'ils étaient « soudoyés » par les hommes d'affaires qui ne voyaient pas d'un bon oeil ses réformes agraires ».

Le Sénégal en exemple à La Baule

En juin 1990, lors du discours de La Baule de François Mitterrand, tenue à la 16e conférence des chefs d'Etat d'Afrique et de France, le Sénégal d'Abdou Diouf, sans être nommément cité, apparaîet comme un exemple à suivre dans la voie de la démocratie et du multipartisme, gage de développement.

Quand le président Senghor décide, en 1974, de procéder à une ouverture démocratique avec les « quatre courants », la création du Pds est présentée comme « une opposition de contribution ». Dans ses mémoires, Jacques Foccart évoquait une vision étriquée de l'entrée en politique d'Abdoulaye Wade, en l'assimilant à la recherche « d'un poste ministériel ».

Ce qui n'a pas empêché Abdoulaye Wade d'avoir toujours eu des rapports assez étroits avec la droite française. Il était souvent entouré de Gérard Ecorcheville, un proche de Charles Pasqua et de Valérie Giscard d'Estaing, et aussi de Fernand Wibaux. Le pape du Sopi apparaissait comme « le symbole d'une opposition apaisée ». On se souvient de la présence d'Alain Madelin aux côtés d'Abdoulaye Wade, président nouvellement élu, en 2000.

Des relations cordiales et diplomatiques, malgré la nouvelle donne d'ouvrir le Sénégal aux puissances économiques comme la Chine (construction des 7 merveilles de Dakar) et la mainmise de Dubaï port world sur le port de Dakar, à la place de Bolloré. « C'est une ouverture imposée par la mondialisation », constate Albert Bourgi. Le professeur des universités reconnaîet aussi que « le président Wade, avec cette ouverture, a fait oeuvre utile » pour le développement du Sénégal.

En 2011, au plus fort de la crise libyenne et de l'isolement de Kadhafi par les puissances occidentales, le président sénégalais s'est rendu à Benghazi, ville tenue par la rébellion, pour convaincre Kadhafi de quitter le pouvoir. « C'était son voyage à Canossa », souligne Albert Bourgi. « C'était une manière de rentrer dans les bonnes grâces de la France », selon lui.

« Avec ce voyage, Macky Sall doit tourner la page d'une personnalisation de la diplomatie sénégalaise qui eut lieu ces 12 dernières années », conseille Albert Bourgi. C'est le premier président sénégalais à naîetre après la colonisation. Certes, il y a une rupture générationnelle, mais il va certainement s'inscrire dans une forme de continuité historique ».

Les relations franco-sénégalaises sont marquées par une grande proximité. Les exemples sont nombreux : De Gaulle, à travers Jacques Foccart, fut proche de Léopold Sédar Senghor. Georges Pompidou et le poète président fréquentèrent ensemble le lycée Louis le Grand. Une relation continue avec Diouf-Mitterrand, puis Chirac que l'alternance avait confortée et fortifiée, malgré quelques soubresauts. Après le Gabon, Dakar fut la première visite en terre africaine du président Sarkozy. Macky Sall, avec ce premier voyage symbolique hors d'Afrique, s'inscrit dans cette continuité.

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