Photo: Cameroon Tribune Quelle mouche a bien pu piquer le président camerounais, Paul Biya, pour qu'après 3 décennies de règne et entre deux cures thermales en Europe, précisément en Suisse, il se résolve à secouer le cocotier en mettant notamment en branle l'opération anticorruption "Epervier" ? Cette opération, par le truchement de laquelle bien des responsables politiques camerounais ont été envoyés en prison -pour détournement de biens publics-, a justement conduit de nouveau à l'arrestation, cette fois pour "détournements de fonds", de l'ex-Premier ministre Ephraïm Inoni et de l'ancien ministre de l'Administration du territoire Marafa Hamidou Yaya.
Ce sont là deux grosses prises de l'"Epervier" qui ne manquent toutefois pas de soulever des interrogations : il y a lieu de se demander, en effet, jusqu'où ira l'opération anticorruption et quelle est la volonté, réelle, du chef de l'Etat de remettre de l'ordre dans ses rangs. N'est-ce pas plutôt là les calculs politiques d'un président qui, au soir de sa vie et de son long règne, veut léguer à la postérité l'image d'un responsable sérieux et intègre, qui ne badinait pas avec le moindre kopeck public ?
Force est de reconnaîetre que, jusqu'à présent, le Cameroun est loin de figurer dans le livre Guinness des pays vertueux, avec ses hauts responsables réputés les plus corrompus et sa démocratie apprivoisée. On s'en souvient, il y a de cela quelques deux années, le pays de Paul Biya figurait en tête du hit-parade des nations les plus corrompues à l'échelle africaine dressé par Transparency International. Biya aurait-il donc pris subitement conscience de cette gangrène, appelée corruption, qui mine dangereusement l'administration camerounaise ? En tout cas tout porte à croire que le successeur d'Hamadou Ahidjo, qui passe plus de temps dans son chalet suisse qu'à Yaoundé, semble vouloir désormais mettre fin à ce sport national qu'est la corruption.
La contagion semble d'ailleurs avoir gagné le voisin tchadien Idriss Deby Itno qui, lui aussi, vient de prendre de gros poissons dans sa nasse anticorruption, notamment le Secrétaire général de la Présidence du Tchad, Mahamat Saleh Amadif, arrêté le mardi 17 avril 2012 pour "complicité de détournements de fonds publics" appartenant à la Direction générale des grands travaux présidentiels. On parle de la rondelette somme de 2 milliards de FCFA.
Si ces différentes opérations "mains propres" sont à louer, elles reposent néanmoins avec acuité le problème des longs règnes et de la capacité des régimes qui les pratiquent à se régénérer de l'intérieur. Au fil du temps, les mauvaises habitudes se cristallisent, et la question est de savoir si ce genre d'opérations par à-coups va vraiment changer grand-chose. Ce sont généralement les membres de la famille, ou les amis politiques, qui sont la gangrène dont il faut se débarrasser, si bien que les régimes "dinosaures" se retrouvent en fait piégés par leur propre entourage et que leurs actions sporadiques de transparence ressemblent, à s'y méprendre, aux soubresauts d'un serpent qui se mord la queue.

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