Les deux enfants du ressortissant burundais dont la demande d'asile avait été refusée par les Pays-Bas et qui s'est suicidé le lundi de Pâques, ont finalement obtenu un titre de séjour. Cette décision a été prise vendredi par le ministre néerlandais de l'Immigration. L'avocate des enfants est satisfaite, mais elle déplore la lenteur de la prise de décision : "Nous avons eu deux très longues semaines".
Bonne nouvelle
"L'IND (Service de naturalisation et d'immigration des Pays-Bas - ndlr) a pris une décision positive concernant un titre de séjour permanant pour les enfants" du défunt Alain Hatungimana, affirme le porte-parole Sander van der Eijk contacté par Radio Nederland. "Mais je ne peux pas en dire plus, car c'est un cas individuel et les raisons de cette décision restent confidentielles", ajoute-t-il. Après le suicide de leur père Alain Hatungimana, 36 ans, les deux enfants de 14 et 12 ans avaient été pris en charge par une famille d'accueil, en attendant le verdict de l'IND concernant leur séjour aux Pays-Bas.
L'avocate des enfants, Nanda Hennipman-Karelse, est soulagée de la décision : "Je n'ai pas encore vu les enfants, mais je l'ai annoncé à leur parents d'accueil et je sais qu'ils seront heureux, car ils voulaient rester aux Pays-Bas". C'est également une bonne nouvelle pour la communauté burundaise aux Pays-Bas : "C'est une décision tout à fait humanitaire et c'est une bonne compréhension de la situation dans laquelle les enfants se trouvent", affirme Innocent Nimpagaritse, l'ancien voisin d'Alain Hatungimana, lui aussi Burundais et arrivé aux Pays-Bas en 2000.
Retour forcé
Lorsqu'Alain Hatungimana se suicide, le 9 avril dernier, les médias néerlandais décrivent un demandeur d'asile tellement désespéré du rejet de sa demande d'asile, qu'il s'ôte la vie pour permettre à ses enfants Abdillah et Maimuna de rester aux Pays-Bas. Mais la communauté burundaise croit en une autre version des faits. "C'est incompréhensible qu'on puisse ôter sa vie pour un document qui n'a pas été obtenu. Ça ne doit pas être une raison de suicide, même si les conditions de vie là-bas sont moins bonnes", explique son ancien voisin Innocent Nimpagaritse.
Arrivé aux Pays-Bas en 2005 avec ses deux enfants - sa femme serait décédée dans des violences au Burundi - il débute une procédure d'asile dont l'issue semble être positive en premier lieu, jusqu'à ce le gouvernement néerlandais considère le Burundi comme suffisamment sûr, en 2006. La procédure d'asile du Burundais perdure et sa demande est finalement rejetée en octobre 2011. Son avocate, Nanda Hennipman-Karelse, confirme que son client était dépressif depuis des années, notamment à cause de la longueur de la procédure et de la menace de son retour au Burundi.
Raisons politiques
Mais même si Alain Hatungimana ne s'est pas suicidé uniquement pour un titre de séjour, son acte se produit dans un contexte déjà tendu aux Pays-Bas en ce qui concerne les questions d'asile. En octobre 2011, le jeune réfugié angolais de 18 ans Mauro, arrivé seul aux Pays-Bas à l'âge de 9 ans, doit rentrer dans son pays d'origine, ayant atteint la majorité. L'expulsion du jeune homme suscite de nombreuses réactions négatives à l'encontre d'une politique d'immigration que nombreux qualifient d'inhumaine. Il lui sera finalement accordé un visa d'études pour prolonger son séjour aux Pays-Bas.
Après le suicide d'Alain Hatungimana, le ministre néerlandais de l'Immigration, de l'Intégration et de l'asile est questionné au Parlement sur le destin des enfants. Le vendredi 20 avril, le ministre déclare que l'IND a décidé d'octroyer un titre de séjour permanent aux enfants. L'avocate des enfants est très soulagée de la décision, mais elle déplore la lenteur de la procédure: "L'IND a mis deux semaines pour décider sur ce cas extrême, c'est très long étant donné la gravité de la situation, tout ça à cause de questions politiques. Mais pour les enfants c'est une bonne nouvelle. Peut-être qu'ils penseront que leur père ne s'est finalement pas suicidé pour rien."
Comments Post a comment