Les instituts de sondage qui avaient prédit une victoire inévitable du candidat socialiste à la présidentielle française de 2012 auront vu juste. La légère reprise en main du président sortant en plein milieu de campagne, n'aura donc été qu'une illusion. La suite du processus a été dominée par des prévisions favorables au président nouvellement élu, François Hollande.
A cette précision quasi parfaite des sondages s'ajoute une proclamation très diligente et efficace des résultats, qui fascine et qui ne manquera probablement pas de susciter une jalousie chez bien des structures électorales africaines.
Que l'on ne nous rabâche surtout pas les oreilles avec le sempiternel alibi du manque de moyens, car, la réussite de la récente présidentielle sénégalaise a fini par convaincre que c'est seulement la volonté qui fait défaut à ce niveau.
Le véritable enjeu à l'élection française était alors le taux de participation, qui a, fort heureusement, connu une hausse sensible par rapport au premier tour. Un fait notable qui a l'avantage de conforter la légitimité du candidat victorieux.
La victoire du Parti socialiste (PS) était comme programmée et implacable depuis la course aux investitures de candidats. Les raisons d'un tel succès, qui correspondent à celles de la défaite de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), méritent que l'on s'y penche. Aucun facteur n'a pu déjouer le plan PS.
Pas même l'affaire DSK, du nom du tout premier probable présidentiable socialiste, Dominique Strauss-Kahn, qui était pressenti comme le seul à même de battre Nicolas Sarkozy à plate couture.
La soif du changement des Français était donc si intense que même la substitution forcée et inattendue de l'ex-patron du Fonds monétaire international (FMI), challenger redouté du président sortant, n'y put rien.
Le désormais ex-locataire du palais de l'Elysée a sûrement été victime de l'excès de confiance dont il a toujours fait montre en négligeant à la limite son adversaire socialiste.
Mais il a sans doute aussi fait les frais de la crise économique et financière qui secoue toute l'Europe et pour l'éradication de laquelle il s'est battu comme un beau diable.
Ses compatriotes lui ont, en effet, maintes fois fait le reproche d'être plus proche de l'Europe que de la France, et de se préoccuper plus des problèmes des Européens que des multiples préoccupations de ceux qui l'ont élu.
Les affaires Karachi, Bettencourt, le probable financement de sa campagne de 2007 par Mouammar Kadhafi, pour ne citer que les plus mémorables, ont sans conteste pesé sur la balance électorale en sa défaveur.
La couleur des résultats de l'élection du premier des Français ne pouvait que connaîetre un changement de fond. Déçus, désabusés et très remontés contre la gestion de la droite, bien des électeurs ont exprimé leur mécontentement en s'abstenant ou en se défoulant par un choix favorable au Front national.
Jamais élection française n'aura autant étalé au grand jour la division des citoyens français. François Hollande hérite ainsi d'une montagne de défis représentée par un pays fortement marqué par la crise et les espoirs déçus de ses compatriotes.
Sa mission sera d'autant plus délicate qu'il se doit de rassurer ceux qui ont placé leur confiance en lui malgré le contexte et sa sensibilité politique.
A l'heure des réformes économiques et autres mesures drastiques visant à faire face à la crise, la tendance en Europe est plutôt tournée vers la droite qui rime plus avec suppression d'emplois, hausse des impôts, réduction massive des dépenses publiques, bref l'austérité à outrance.
Les Français ont donc pris le risque de confier leur sort à un socialiste à un tournant de leur histoire où l'heure n'est pas au tous pour tous mais plutôt au sauve-qui- peut.
Le nouveau président est conscient de la difficulté du test auquel il sera soumis et prendra à coup sûr les mesures qui s'imposent pour le réussir. Inutile donc d'attendre de lui qu'il fasse mieux que son prédécesseur en termes de rupture dans les relations franco-africaines.
La métropole a plus que jamais besoin de renforcer la rentabilité de ses intérêts géostratégiques, économiques et diplomatiques sur le continent noir. Le président socialiste a pourtant promis une moralisation des rapports entre son pays et les Etats africains.
Il a annoncé donc, sans la nommer, la rupture que Sarkozy a utilisée en 2007 comme fond de commerce électoral. Mais la France a encore besoin de la vache africaine pour traire le lait qui alimentera son économie en vue de la relancer.
Point de doute donc qu'entre le discours et la mise en oeuvre des promesses faites, le hiatus politicien habituel sera observé. Le discours de la Baule n'aura pas de chance d'être reconduit par un autre socialiste.
Pourvu surtout que les efforts de dynamisation de la démocratie africaine entrepris par le régime de Sarkozy, si minimes soient-ils, ne soient pas remis en cause par un laxisme guidé par la protection de ces intérêts.
Si Hollande n'oublie pas, de temps en temps, de tenir vis-à-vis de ses pairs africains le langage de vérité que l'on reconnaîet à Barack Obama, ce sera déjà cela de sauvé.
Comments Post a comment