Cameroun: Garoua - Le RDPC et l'UNDP désavouent Issa Tchiroma

Des responsables locaux de ces partis déclarent n'avoir pas discuté avec le Mincom au cours de son récent séjour dans la ville. En mission commandée le week-end dernier à Garoua, officiellement pour «évaluer le climat qui règne dans cette ville», le ministre de la Communication (Mincom), par ailleurs président du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), Issa Tchiroma Bakary, n'a pas chômé, du moins si l'on s'en tient à sa « communication spéciale » délivrée dans les studios de Crtv-Nord au bout de son périple, et diffusée en différé hier par la Crtv-télé.

On en retient que «Garoua se porte plutôt bien» et qu'il faut «laisser la justice faire son travail», allusion faite à l'emprisonnement de l'ancien ministre d'Etat, Marafa Hamidou Yaya, qui a fait des vagues dans la capitale régionale du Nord. Le Mincom a également indiqué qu'au cours de son séjour à Garoua, il a eu des échanges avec les responsables locaux des partis politiques et des associations aux fins de consolider la paix qui règne dans cette ville et, partant, renforcer la position de la région du Nord, qui constitue, à son entendement, un «rempart» du président Biya.

Mais, les uns après les autres, des responsables aussi bien du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) que de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), les deux principales forces politiques de la ville, démentent avoir rencontré M. Tchiroma au cours de sa mission à Garoua. «Je l'ai suivi hier [mardi] à la télévision. Il a raison de dire que tout va bien à Garoua. Mais, à ma connaissance, il n'a pas rencontré les responsables locaux du Rdpc. S'il nous avait sollicités, nous sérions allé le voir. Mais le ministre n'a eu des échanges qu'avec des militants de son parti, qui sont allés chez lui, du moins ceux qui y vont toujours», déclare le maire Rdpc de Garoua Ier, Youssoufa Daoua.

Quant à Saliou Muller, président de la section Rdpc Bénoué centre II, il se fait laconique : «Je ne l'ai pas rencontré». Dans le même sens, un membre du comité central de l'Undp résidant à Garoua, révèle que «Issa Tchiroma n'a rencontré aucun parti politique, aucune association. En réalité, je suis confus : Si l'ordre public était vraiment menacé à Garoua, je pense qu'il reviendrait au gouverneur, au préfet ou au sous-préfet d'entreprendre une telle démarche. Je puis même vous dire que le président Bello Bouba Maïgari a aussi séjourné le week-end dernier à Garoua et qu'il n'a eu aucun contact avec M. Tchiroma».

Pour sa part, Hassana Tchiroma, l'ancien secrétaire national à l'organisation du Fsnc et non moins frère cadet d'Issa Tchiroma tranche dans le vif : «c'est du bluff. Tout ce qu'il fait là va retomber sur lui. Il parle au nom de qui ? Il n'a rencontré aucune association de jeunes, aucun parti politique ». Des propos pour le moins surprenants venant d'un personnage qu'on disait déjà réconcilié avec son frère de ministre. «Lorsqu'il est descendu de l'avion, mon frère [Issa Tchiroma] m'a aperçu en retrait du groupe de gens qui sont venus l'accueillir. Il s'est rapproché de moi et a souhaité qu'on aille à la maison à bord de sa voiture.

Ce que j'ai accepté, car, malgré tout, nous restons des frères. Mais une fois chez lui, chacun a pris sa direction. En réalité, Issa et moi sommes des frères, nous avons mangé ensemble. Maintenant ce n'est plus possible, je suis de trop dans son entourage. Et je ne mange pas grâce à lui. Mes enfants étant déjà dans leurs foyers, je vis avec mon épouse et si je le veux, nous pouvons manger même un éléphant », se vante Hassana Tchiroma.

L'un des confidents de Issa Tchiroma Bakary, qui dit travailler depuis plus de deux mois à Garoua pour une plus grande implantation du Fsnc, tente d'atténuer la salve de critiques qui s'abat sur son «mentor» en indiquant que «le Mincom a rencontré des associations communautaires et des responsables politiques, pas nécessairement de manière formelle. Il a aussi rendu visite aux autorités administratives, à Garoua. Le constat final est que l'arrestation de Marafa n'a fait ni chaud, ni froid aux populations du département de la Bénoué, en général, et de la ville de Garoua, en particulier ».

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