L’Afrique connaît une dynamique d'urbanisation mal engagée. C'est le constat de Seydou Sy Sall, ancien ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat et expert consultant. Il animait, mercredi dernier, une conférence organisée par l'Institut polytechnique panafricain (Ipp) sur le thème : «De la mal-urbanisation au développement urbain durable ou les enjeux de l'urbanisation en Afrique».
Le processus d'urbanisation est une réalité en Afrique. Selon les dernières statistiques officielles des Nations Unies sur la question, le taux d'urbanisation du continent africain passera de 39,98 % en 2010 à 61,60 % en 2050, ce qui veut dire qu'à cette date plus de la moitié de la population du continent vivra dans les zones urbaines. C'est dire que ce «processus est irréversible», a dit Seydou Sy Sall, appelant «à se préparer à y faire face».
L'ancien ministre fait savoir que, comparées aux campagnes, les villes sont des lieux de risques avec des densités élevées, la pollution, l'insécurité, les inégalités... Cela est surtout vrai en Afrique et dans les pays en voie de développement, a-t-il notamment renchéri.
Toutefois, à l'en croire, aussi paradoxale que cela puisse paraître, c'est dans les villes que se trouvent toutes les opportunités en matière de santé, d'éducation et surtout d'emplois. «En Afrique, les migrations vers les villes ne sont pas souvent dues à leur attraction, c'est plutôt la révulsion des campagnes qui poussent les gens à s'y installer», fait savoir M. Sall.
Urbanisation galopante
Ainsi, le conférencier a avancé que l'enjeu de toute politique d'urbanisation doit viser à influencer positivement l'urbanisation, c'est-à-dire «faire de sorte à minimiser les manifestations, réduire les risques et tirer partie des opportunités qu'offre la ville». Il s'agit de montrer que, même si elle est présentée comme un phénomène négatif dans les pays en voie de développement, l'urbanisation est quelque chose de positive.
En effet, a estimé Seydou Sy Sall, les enjeux de l'urbanisation ne sont pas très bien compris en Afrique. Selon des statistiques qu'il a fournies, dans les villes du sud, un milliard de personnes sont entassés dans des quartiers informels, irréguliers et non planifiés. Au plan mondial, la population des bidonvilles s'accroîet de 25 millions par an. Mais ce phénomène est beaucoup plus préoccupant en Afrique subsaharienne. Sur les 304 millions d'urbains que compte l'Afrique, les deux tiers vivent dans des quartiers spontanés, irréguliers, soit le taux le plus élevé au monde.
Au Sénégal, les superficies cumulées pour l'habitat spontané et irrégulier avoisinent 5.885 ha dont 2.500 ha inondables et inondés. «Cet espace irrégulièrement occupé fait 14 fois et demi la surface des Parcelles assainies de l'unité 1 à 26», a révélé l'ancien ministre. Il a ajouté que les conséquences de ces habitations spontanées sont la pauvreté, le manque d'emplois, les fractures sociales.
Planifier le développement
Pour organiser cette urbanisation qualifiée de «chaotique» en Afrique, afin de lui faire jouer un rôle positif dans le développement économique et qu'elle ait un impact positif sur les zones rurales, Seydou Sy Sall a suggéré de planifier le développement urbain sur le long terme et de gérer correctement les villes sur le court terme.
Quant au géographe Gorgui Ciss de l'Ucad, il a expliqué les problèmes des villes africaines par le phénomène de l'exode rural avec des gens qui viennent s'installer dans des villes non préparées à les accueillir. Du coup, tout espace libre est occupé. L'exemple de Dakar est assez édifiant. «La croissance de la population de Dakar tourne autour de 6 à 7%, mais il n'y a que 2,5% qui proviennent de la croissance naturelle, c'est-à-dire les naissances ; tout le reste vient de l'exode rural», a-t-il renseigné. Le géographe ajoute que tant que l'espace urbain ne s'arrête pas de s'étendre, de rogner sur l'espace rural, les problèmes que connaissent les villes africaines ne trouveront pas de solutions de si tôt.
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