Photo: Leadership Depuis des semaines, la secte Boko Haram sème la peur à la frontière du Nigeria avec la Cameroun. La dernière attaque en date a fait au moins une dizaine de blessés. Les gens sont traumatisés.
Sur le site de l'attaque on voit encore des carcasses de motos. Nous sommes quelques semaines après l'attaque. "Ce sont plus de vingt motos qui ont été détruites", raconte un leader religieux de Banki. Le poste de commissariat de cette ville frontalière avec le Cameroun a été réduit en cendres. Les restes d'une voiture assombrissent ce décor.
"On sortait de la prière du soir un mardi, lorsque j'ai entendu les tirs de fusil. J'ai aperçu derrière moi un nuage de fumée. Tout le monde s'est mis à courir sans retenue dans tous les sens. Lorsque j'ai repris conscience, je me suis retrouvé au milieu des sacs de farine. Vraiment mon frère, Allah est fort, sinon, je ne serai plus en vie", raconte un résidant de Banki. "Je suis convaincu qu'ils avaient ciblé notre lieu de culte, mais comme Allah est puissant, il ne l'a pas permis, sinon nous serions tous morts."
Les auteurs présumés
Interrogé sur l'identité des auteurs de cette attaque, il n'en sait rien, comme bien d'autres habitants de Banki et Amchide, villes soeurs d'une part et d'autre de la frontière. "Je sais juste qu'ils étaient cagoulés. J'ai aperçu une tête masquée dans une voiture. C'est tout", confie une dame en langue locale.
Et pourtant, cet indice a été utile pour la police qui s'en est servi pour démasquer les assaillants. "Ils ont été clairement identifiés comme étant des membres de la secte Boko Haram", explique un policier en civil, en poste au commissariat spécial de Amchide. "Ils ont ensuite emprunté une destination inconnue, sans doute vers Maiduguri, du coté du Nigeria", ajoute -t-il.
L'attaque a fait des dégâts importants. Plusieurs personnes ont été blessées et conduites au centre hospitalier d'Amchide. Jean Marie Obono, infirmier en chef de l'hôpital, raconte qu'ils ont reçu dix blessés dans les minutes qui ont suivi l'attaque. "Parmi ces blessés, trois cas graves ont été évacués d'urgence à l'hôpital de Maroua qui est plus équipé. Il y avait sept Nigérians, deux Tchadiens et un camerounais", précise t-il.
Ville morte
La zone frontalière est devenue déserte. Par peur, les habitants quittent la région. "Nous ne pouvons plus rester ici avec nos enfants car personne ne connaîet ni l'heure, ni le moment de la prochaine attaque des Boko Haram. Je préfère partir avec mes enfants", lance une dame en langue haoussa, accompagnée de ses deux fils, à destination de Mora, dans l'extrême nord du Cameroun. "Je préfère me réfugier chez une soeur."
Comme elle, beaucoup d'autres habitants de cette localité frontalière ont déserté leurs domiciles. Par conséquence, l'école publique d'Amchide a perdu son effectif. "Nous sommes passés de 121 élèves à 22 seulement. Les parents ont peur de laisser leurs enfants venir à l'école, entre autre parce que l'une des victimes de la dernière attaque était un élève", explique le responsable de cette école. "Même mes propres collègues ne viennent plus tous au travail. Beaucoup ont peur pour leur vie."
Perte économique
Les activités économiques généralement dynamiques ont perdu de leur vitesse. "Depuis l'attaque, le marché ne vit plus", se désole un habitant de Amchide.
Et pourtant, la zone grouille généralement de monde. De nombreuses personnes et des biens circulent en longueur de journée. Depuis l'attaque, les commerçants ont cédé place aux militaires qui patrouillent le long de la frontière. Ils sont armés et nerveux. Interrogé sur l'efficacité de cette mesure sécuritaire, un militaire camerounais répond : "Pas de commentaire. Partez d'ici !"

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