Sénégal: Le droit des patients à l'épreuve de la réalité des hôpitaux

Dakar — Les patients souffrent doublement au Sénégal des affres de la maladie et du manque de considération dans les structures hospitalières, soutiennent des citoyens sénégalais, selon qui, le droit à la santé demeure par conséquent un concept théorique, dans le meilleur des cas un idéal lointain.

La plupart des personnes interrogées par l'APS émettent des opinions tranchées et similaires sur le sujet. Pas de doute : selon malades et accompagnants, par expérience, l'article 8 de la Constitution sénégalaise stipulant que l'Etat doit garantir à ses citoyens le droit à la santé est loin d'être respecté.

Même s'il ne s'agit surtout pas de mettre tout le monde dans le même sac, sachant que le professionnalisme et la compétence des médecins et personnel soignant sénégalais n'est plus à démonter. Même au-delà des frontières du pays.

"Au Sénégal, si vous n'avez pas les moyens, vous mourez dans les couloirs des hôpitaux. On ne jette même pas un coup d'oeil" aux malades démunis, tranche Alioune Mboup, un élève de Terminale trouvé sur les bancs à côté du service externe de l'Hôpital général de Grand-Yoff (HOGGY).

En cette matinée, les va-et-vient incessants rythment la vie de l'hôpital. Un jeune homme, le visage triste, tient un journal entre les mains. Alioune Mboup fait des allers et retours depuis deux ans dans cet hôpital. Sa mère doit subir une deuxième intervention chirurgicale, après une première opération intervenue en janvier dernier.

"Je pense que c'est inhumain la façon dont on traite les malades pauvres dans les hôpitaux", tranche-t-il. J'amène ma mère depuis deux ans ici. C'est récemment qu'on a su ce dont elle souffrait. On l'a opérée le 30 janvier dernier. Au bout de quelque temps, on nous a dit que le mal n'était pas encore éradiqué et il fallait l'opérer une deuxième fois".

Cette deuxième intervention chirurgicale doit, selon lui, "coûter 700.000 francs CFA alors que la famille a du mal à réunir cette somme. On n'a pas ces moyens. J'ai dû renoncer à faire mon baccalauréat pour faire de petits boulots afin de pouvoir regrouper cette somme. On a vendu tous nos biens", dit-t-il, l'air encore triste.

"Ce que je n'ai pas compris, c'est comment on peut faire une opération et vouloir le refaire trois mois après. C'est insensé. Pire, ils ne nous ont donné aucune raison", déplore le jeune homme.

De nombreuses personnes trouvées sur les bancs de cet hôpital situé au coeur du quartier populaire de Grand Yoff, sont à quelques détails près dans la même situation d'attente qu'Alioune Mboup et sa mère.

"Dans le souci de faire opérer ma mère, je suis allé dans mon lycée et je suis entré dans chaque classe pour faire une quête, mais cela ne suffit toujours pas", explique Alioune Mboup, son journal entre les mains.

"On devait l'opérer depuis le 5 avril mais faute de moyens, elle attend encore. Les quêtes de la famille et de mon lycée ne font que 500.000 francs CFA.", soit un gap de 200 000 francs à combler, a-t-il ajouté.

"Si vous n'avez pas d'argent, ce n'est pas la peine de vous rendre dans un hôpital", lance tout de go Sokhna Ndiaye. "On m'a demandé de l'argent avant de me soigner, alors que je devais subir une opération chirurgicale", explique la jeune femme, portant son bébé. "Je n'avais pas la somme qu'il faut. Je suis donc restée chez moi en pensant que je pouvais mourir à tout moment".

"C'est quand j'ai rassemblé la somme demandée que je suis revenue pour faire mon intervention", a souligné Sokhna Ndiaye, venue prendre un rendez-vous à HOGGY.

Son voisin, assis sur le même banc, fait les mêmes remarques. "Je crois qu'à HOGGY, c'est plus grave. Ils devraient supprimer leur service des urgences parce qu'ils ne connaissent pas ce qu'est une urgence", fustige Martin Mendy. "Ce n'est pas humain. L'argent doit venir en dernier lieu. Les médecins doivent savoir qu'ils ont prêté serment", dit-il.

Sur les urgences, Mame Maodo Fall explique sa mésaventure, quand il a dû acheminer sur place un de ses neveux victime d'un accident de la route. "C'est l'ambulance qui l'a amené mais on ne l'a pas pris en charge. On l'a mis de côté et chacun vaquait à ses occupations alors qu'il perdait beaucoup de sang", regrette-t-il.

"Je n'avais même pas de crédit pour appeler ses parents. C'est une dame que j'ai trouvée dans le hall qui m'a prêté son téléphone pour prévenir ses parents. C'est quand ils sont venus avec un peu d'argent, qu'ils ont commencé à le soigner", raconte-t-il, quelque peu dégoûté. "C'est à la limite inhumain", juge Mame Maodo Fall, étudiant à ASAFIN (Association sénégalaise d'aide à la formation et à l'insertion).

Même son de cloche chez Pape Saliou Dieng, mécanicien de son état. "On ne te soigne pas sans argent au Sénégal. On te le laisse pourrir. Si tu n'a pas d'argent, mieux vaut rester chez toi en attendant la mort", déclare-t-il.

"Il y a des cas critiques comme les accidentés qu'on devait soigner avant de penser à l'argent", estime Marième Sy, qui tient un kiosque de pain. "Mais, tant que les parents ne viennent pas avec l'argent, on ne les touche pas", se désole-t-elle cependant. "Ce n'est pas normal de mettre l'argent au devant au moment où la personne souffre et risque de mourir".

"Le droit à la santé n'est pas garanti au Sénégal. Si tu es malade et que tu pars à l'hôpital sans argent, on ne te touche même pas", renchérit Mame Maodo Fall. "C'est fréquent tellement que c'est devenue la règle", regrette_t-il.

  • Comment

Copyright © 2012 Agence de Presse Sénégalaise. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment