Sidwaya (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: La CEDEAO gagne une bataille

La junte militaire qui a perpétré le coup d'Etat du 22 mars 2012 au Mali s'est finalement pliée aux exigences de la CEDEAO en acceptant que Dioncounda Traoré continue de présider la transition à la fin de son intérim.

La CEDEAO vient ainsi de gagner une bataille précieuse dans la « guerre » qu'elle mène d'une part pour le retour à l'intégrité du territoire malien (eu égard aux mouvements armés au nord-Mali) et d'autre part, pour un retour définitif à l'ordre constitutionnel (face à une junte ayant pris goût au pouvoir).

Car il est évident que le Comité national de redressement de la démocratie et de la restauration de l'Etat (CNRDRE) constitue une « couleuvre » difficile à avaler pour la CEDEAO.

Au terme des 40 jours (qui arrivent à terme ce mardi 22 mai 2012), Dioncounda Traoré (actuel président intérimaire) est autorisé à poursuivre son bail à la tête du Mali.

Quand on sait les velléités de la junte à vouloir « s'accaparer le pouvoir », ce succès, si minime soit-il, vient comme une bouffée d'oxygène pour la médiation de la CEDEAO, conduite par le Président du Faso, Blaise Compaoré.

Mais que ce fut difficile ! Depuis l'avènement du CNRDRE, la CEDEAO aura eu toutes les peines à faire entendre raison à la junte militaire conduite par le capitaine Sanogo.

Il a fallu que la communauté internationale, principalement la CEDEAO, accentue la pression sur les mutins et leur chef, en menaçant de sanctionner politiquement et économiquement le Mali, avec en sus des sanctions ciblées avant que le CNRDRE ne daigne fléchir dans sa position.

Mais au-delà de ce succès, nombre de questions restent en suspens. L'ordre constitutionnel sera-t-il effectif ? Avec quel pouvoir Dioncounda Traoré gouvernera le Mali ?

Quelle sera la place de la junte dans cette transition ? Comme l'affirment les observateurs, depuis son arrivée au pouvoir , le 12 avril 2012, Dioncounda Traoré n'a véritablement pas travaillé dans les conditions qu'il aurait souhaitées.

M. Traoré n'a présidé que deux conseils des ministres, en plus, il est resté impuissant face à la confrontation qui a opposé les éléments de la junte et les bérets rouges, fidèles à l'ex- président Amadou Toumani Touré (ATT).

Son autorité semble mise à mal par les mutins qui, quoiqu'on dise, restent un maillon essentiel de la crise. Ce qui amène à se demander s'il aura les mains libres pour mener à bien sa mission.

Difficile d'y répondre à moins que la CEDEAO ne continue de mettre la pression sur la junte afin qu'elle ne joue pas les trouble-fêtes durant la transition.

Mais à ce niveau, le chef de la diplomatie ivoirienne, Daniel Kablan Duncan a été clair : « la fermeté est nécessaire de manière à ce que qu'on comprenne que ce que nous recherchons, c'est que l'ordre constitutionnel revienne définitivement au Mali ».

En outre, à l'issue d'une réunion qui a eu lieu le samedi 19 mai à Abidjan, en Côte d'ivoire, la communauté ouest-africaine a rappelé qu'elle rétablirait des sanctions contre le Mali si la junte entrave le processus politique. Quant au Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, il est lui aussi dans la même « galère ».

Nommé chef du gouvernement, le 17 avril 2012, sur papier, il est un Premier ministre de « pleins pouvoirs », mais pour le moment, il n'est que l'ombre de lui-même, car il peine à s'exprimer.

La nouvelle transition qui s'amorce devrait lui permettre de jouer sa partition et exercer pleinement sa fonction. Un autre problème que la CEDEAO devrait s'atteler à régler est le rôle de la junte dans la transition.

Dans une brève déclaration, le 19 mai 2012, à la télévision, le capitaine Sanogo a parlé « d'accord de principe », entre les militaires et la médiation, comme pour dire qu'il faut encore compter avec la junte. Comment satisfaire donc les appétits du CNRDRE (qui se sont aiguisés au fil du temps) ?

Arrivé par coup d'Etat en ayant comme argumentaire le fait que ATT soit laxiste à combattre la rébellion au nord, le CNRDRE, avec à sa tête le capitaine Sanogo, semble avoir pris goût au pouvoir.

Mais qu'à cela ne tienne, le CNRDRE semble incontournable car, quoiqu'on dise, les mutins ont toujours les armes avec eux même s'il se susurre du côté de la communauté ouest-africaine que la junte est prête à appliquer toutes les mesures proposées par la communauté.

Pouvait-il en être autrement quand on sait que les députés maliens ont voté, à l'unanimité, le 18 mai 2012, une amnistie en faveur des auteurs du coup d'Etat du 22 mars alors que la majorité des élus était opposée au putsch.

En tous les cas, la CEDEAO devrait poursuivre dans la fermeté pour contraindre les putschistes à respecter l'ordre constitutionnel et pourquoi pas à se « caser », une bonne fois pour toute, dans les casernes.

Autre aspect important de l'équation malienne : les mouvements armés qui pullulent au nord-Mali. Comment Dioncounda Traoré arrivera-t-il à asseoir son autorité et à rétablir l'intégrité territoriale du Mali ?

Certes, le médiateur de la CEDEAO a entrepris des négociations avec les rebellions armées du nord, mais se plieront-elles aux bonnes volontés du président intérimaire ?

Quelle contrepartie la CEDEAO leur offrira pour un retour global et définitif de la paix et de l'intégrité du territoire ? Les négociations entamées nous situeront sur le règlement de cette autre équation.

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