Fratmat.info (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Gr Kouamé Kan Jean - 'La nappe phréatique d'Abidjan est menacée '

interview

Le Dr Kouamé Kan Jean, enseignant-chercheur en hydrogéologie à l'Université de Cocody-Abidjan, interpelle l'opinion sur leurs impacts sur le sous - sol.

Est-il vrai de dire que la nappe phréatique d'Abidjan est atteinte par les déchets toxiques déversés en 2006 ?

Répondre par oui serait, pour moi, ne pas être totalement scientifique. Par contre, nous pouvons affirmer que la nappe phréatique est menacée.

Quels sont les composants spécifiques des déchets qui confirment donc cette menace ?

Nous avons réalisé des études en 2006 et les informations obtenues à travers la presse et des séminaires sur ces déchets révèlent la présence de polluants, à savoir des éléments organochlorés. Ce sont des polluants persistants qui constituent une menace pour la nappe. En identifiant ces substances à une particule d'eau, nous avons estimé un temps moyen qui est de deux ans.

De façon simple, comment s'opère cette identification ?

Pour l'estimation de ce temps de transfert, une hypothèse pessimiste a été émise. Il s'agit de l'identification du contaminant à une particule d'eau et ne prenant pas en compte le caractère propre du polluant. Plus clairement, nous avons supposé que les particules d'eau ont été prises en compte en lieu et place des déchets.

En effet, le temps mis par une particule d'eau pour atteindre un forage est plus court que celui mis par un polluant (ici les organochlorés). Cela s'explique par le fait que les réactions de la zone non saturée (espace entre le sol et le niveau de l'eau) avec le polluant ne sont pas prises en compte.

Avez-vous effectué des analyses supplémentaires dont les résultats confirment vos craintes ?

Non. Nous n'avons pas fait d'analyses, parce que nous ne sommes pas habilités à faire le suivi des champs captants (ensemble de forages qui captent l'eau souterraine) dans la ville d'Abidjan qui sont menacés par ces polluants organochlorés. Cette tâche revient aux services identifiés par les autorités.

Voulez-vous parler de la Sodeci ou du Ciapol ?

Je ne veux citer personne, mais ce qu'il faut retenir, c'est que les autorités prennent des dispositions maintenant. Il y a le code de l'eau qui doit être mis en application, puisqu'il préconise de prévoir des périmètres de protection des ouvrages, par exemple.

A quel nombre estime-t-on ces champs captants et où sont-ils situés ?

Ils sont au nombre de trois. Un dans la commune de Yopougon Andokoi (zone ouest), un autre à Adjamé, vers la grande Casse (zone nord) et le dernier se situe toujours dans la commune, mais cette fois en allant vers Attécoubé.

Vous indiquiez que vous n'aviez jamais pu prélever et analyser les échantillons des déchets toxiques de 2006, chercheur que vous êtes ?

Nous n'avons pas du tout eu l'occasion de le faire en effet.

Ce sont donc les résultats du Ciapol qui ont constitué la base de votre étude?

Oui. Comme vous le savez, les universités ne sont pas équipées de laboratoires performants et il était aussi difficile d'avoir accès aux échantillons.

A cause de toute la pression qu'il y avait autour de cette histoire ?

Oui, a pression était très forte en ce temps-là.

L'accès à ces substances vous a-t-il été refusé ?

Non, cela n'a pas été le cas. En 2006, il était difficile d'en parler. Et même aujourd'hui encore.

Que préconisez-vous alors pour ces forages à risques ?

A ce stade, nous croyons qu'il faut, au plus vite, analyser l'eau des forages identifiés comme étant à risque. Et comparer les résultats obtenus à ceux qui ont été relevés au moment où le déversement a eu lieu.

Comment expliquez-vous qu'en 2006, à l'époque des faits, la Sodeci soit intervenue pour rassurer que la nappe phréatique était hors de danger, et qu'aujourd'hui, on parle encore de menace ?

Je le précise bien, la nappe phréatique est menacée. Le polluant l'a-t-il atteint? Seuls les tests pourront le dire. Deuxième chose, et j'insiste là-dessus, l'eau distribuée par la Sodeci est po-ta-ble !

La menace dont nous parlons concerne l'eau « brute » encore enfouie et non traitée. Pour que demain l'on ne se mette pas à la recherche de nouveaux points d'eau potable pour approvisionner les populations, il faut, dès maintenant, protéger la nappe et vérifier si les contaminants ne l'ont pas atteint cette dernière.

Et à combien de temps peut-on estimer ce « demain » ?

D'ici cinq à dix ans, pas plus, mais il ne faut pas se focaliser uniquement sur les déchets toxiques car il existe d'autres menaces comme les ordures ménagères et les eaux usées industrielles non traitées.

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